Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

lundi 16 février 2026

Ces Ukrainiens qui travaillent pour le compte des services de renseignement russes

 

Pour la majorité des Ukrainiens qui acceptent de travailler pour le compte de la Russie, la motivation est financière plus qu'idéologique. Photographies de sites militaires et d'usines, d'infrastructures énergétiques, de voies ferrées permettant à l'armée russe de localiser ses cibles, poses de bombes dans divers lieux tels que des commissariats ou des gares, incendies de véhicules militaires... Autant de missions allant de l'espionnage au sabotage auxquels ont cédé des Ukrainiens de divers profils. 

Un Ukrainien peut gagner jusqu'à 300 dollars pour enregistrer un terminal Internet par satellite Starlink qui puisse servir à l'armée russe. C'est en tout cas ce qu'a affirmé Serhiy Beskrestnov, conseiller du ministère de la Défense russe le 8 février, cité par le média ukrainien dev.ua. Les quelques centaines de dollars peuvent sembler bien peu au vu du risque encouru en Ukraine pour trahison. Compter entre 12 et 13 ans de prison voir la perpétuité, affirment nos confrères. Les sommes varient tout de même, selon les taches demandées par le Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie (FSB) et consorts.

"Les agents des services de renseignements russes recrutent principalement des personnes qui ont désespérément besoin d'argent, comme des chômeurs ou des personnes souffrant de diverses dépendances à la drogue, à l'alcool ou aux jeux de hasard", rapporte la chaîne américaine CNN, qui a interrogé le service de sécurité ukrainien (SBU). C'est sur la messagerie Telegram que s'effectuent le plus grand nombre de recrutements, sous forme d'annonces, confirme un membre du contre-espionnage du SBU joint par la télévision américaine. 

"Ils assignent progressivement des tâches. Au départ, celles-ci sont très basiques – acheter du café, prendre une photo d'un reçu dans un café. Pour cela, les fonds sont transférés sur une carte bancaire et le processus de recrutement commence progressivement", affirme l'agent qui conserve l'anonymat. Ce dernier explique que les "tâches plus sensibles" interviennent plus tard, comme "installer des caméras le long des voies ferrées, photographier des installations militaires, etc.", rapporte-t-il à nos confrères. 

Cela a été le cas d'Olena et Bohdan, 19 et 22 ans, un jeune couple ukrainien qui a expliqué en novembre 2025 au média américain Politico vouloir "vivre ensemble mais être endettés et travailler beaucoup", sans parvenir pour autant à joindre les deux bouts. Ils ont tous deux été arrêtés après avoir dissimulé des caméras devant un commissariat et devant une voie ferrée sur laquelle transitaient des trains transportant des équipements militaires occidentaux. Leur dernière tache: poser des caméras qui permettraient de repérer les emplacements de défense aérienne ukrainienne dans la région de Kiev, rapporte le média.

"Ces hommes-là ne vous laissent pas partir facilement", a affirmé le jeune homme, craintif de ce que les Russes auraient pu faire s'ils avaient cherchés à rompre leur activité avec les Russes. Une crainte confirmée par l'officier du contre-espionnage de la SBU interrogé par CNN. "Les gens ne peuvent pas faire machine arrière", explique-t-il, les Russes les menaçant de les livrer au SBU. 

Une jeune femme de 19 ans interviewée par CNN, Hrystyna Garkavenko, a avoué de son côté avoir noué des liens avec l'agent russe du FSB à qui elle fournissait notamment des renseignements sur la localisation de personnels militaires à Pokrovsk. "Je voulais lui parler davantage, et pour cela, j'ai accepté de l'aider", explique la jeune femme, sans donner plus de détails.

Des proies faciles, missionnées à distance, dont les services de renseignement russes ne se soucient pas vraiment selon le SBU. "Transmettre des informations aux services de renseignement russes est la trahison la plus courante en temps de guerre", rapporte d'ailleurs Ivan Kisilevych, chef du département du Bureau du Procureur général en Ukraine auprès de CNN. 

En Russie, de lourdes peines pour des adolescents accusés de trahison

Pour ces jeunes ukrainiens, les procès seront équitables et la procédure des tribunaux régulière, selon Andrii Yakovliev, un avocat de la défense à Media initiative for human rights, une ONG ukrainienne, interrogé par la chaîne américaine. Ce n'est pas forcément le cas des Russes accusés d'espionnage dans leur pays. 

"Toute personne acceptant d’aider l’ennemi sera identifiée et poursuivie en justice, et elle encourra des peines pouvant aller jusqu’à la prison à vie", avertissait le FSB dans un communiqué datant de janvier, consulté par le journal français Le Monde. Il y a deux mois, la loi abaissait d'ailleurs à 14 ans l'âge de la responsabilité pénale pour le "terrorisme" et le "sabotage" en Russie. 

Une vidéo publiée le 28 janvier par l'agence de presse russe Tass montre l'interrogatoire d'un garçon de 14 ans. Accusé d'avoir "comploté un incendie criminel contre un bâtiment du ministère de la défense" en mai 2025 pour le compte d'une "organisation terroriste ukrainienne", l'adolescent a été condamné à 7 ans de prison. Son procès s'était tenu à huis clos, tout comme celui de l'adolescente de 17 ans, Eva Bagrova, rappelle Le Monde. Condamnée à 4 ans de prison le 13 octobre 2025 pour avoir affiché des images de membres du Corps des volontaires russes combattant du côté de l’Ukraine à son collège, le procès s'est tenu sans sa famille ni aucun avocat. 

 Séraphine Charpentier

information.tv5monde.com