Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

vendredi 22 mai 2026

Un plan israélo-américain visait à Mahmoud Ahmadinejad au pouvoir, selon une enquête du «New York Times»

 

Remplacer l'actuel président iranien par un ancien. Voici la véritable intention des Etats-Unis et d'Israël lorsqu'ils ont frappé l'Iran le 28 février dernier, d'après les conclusions d'une enquête du «New York Times». Et la personne qu'ils avaient en tête n'est pas n'importe qui: il s'agirait de l'ancien président, Mahmoud Ahmadinejad. L'Iranien aurait même été consulté. 

Un choix qui semble particulièrement déroutant, compte tenu de ses positions anti-israéliennes et anti-américaines incendiaires. Le dirigeant iranien s'est illustré par ses discours virulents à répétition contre le sionisme, qualifiant fréquemment Israël de «honte pour l'humanité» et appelant à sa dissolution.

Son monologue d'une demi heure, qui s'attaquait à l'essence d'Israël et à ses actions «racistes», a même provoqué un tollé à l'ONU en 2009, et plus largement dans le monde diplomatique. A noter qu'à la tête de la République islamique (2005-2013), Mahmoud Ahmadinejad a accéléré le programme iranien d'enrichissement de l'uranium, combattu avec ferveur par les USA et Israël. 

Une coupure avec Téhéran

Malgré tout, les deux puissances alliées ont décidé de miser sur lui. En effet, Mahmoud Ahmadinejad incarnait une sorte d'espoir, au vu de sa rupture récente avec Téhéran. Il a multiplié les critiques contre le régime, l'accusant notamment de corruption. Résultat: il a été écarté de plusieurs élections présidentielles, et placé sous étroite surveillance, étant assigné à résidence. 

A noter aussi que son étrange silence depuis la Guerre des douze jours en été 2025 et ses compliments à Donald Trump dans une lettre ouverte ont alimenté les spéculations sur un potentiel retour sur la scène politique. L'ex-dirigeant combatif a-t-il délibérément joué la carte de la discrétion pour se rapprocher secrètement des Etats-Unis? 

Un plan qui a échoué

Dans tous les cas, la stratégie israélo-américaine ne se serait pas déroulée comme prévu, relève le NYT. Tout d'abord, les deux alliés pensaient gagner cette guerre rapidement, sous-estimant la réaction iranienne. Le média américain estime aussi que le choix de Mahmoud Ahmadinejad était contesté par plusieurs conseillers politiques de l'administration Trump. 

Par ailleurs, Mahmoud Ahmadinejad aurait été grièvement blessé à la suite d'un raid israélien qui a frappé son domicile, selon le NYT. Une démarche visant à lui permettre d'échapper à son assignation à résidence. Mais depuis, le dirigeant conservateur semble avoir disparu des radars. Et avec lui, ses ambitions de pouvoir. Son état de santé reste néanmoins flou: sa mort avait d'abord été annoncée, avant d'être démentie.

Interrogé par le «New York Times», le Mossad n'a pas souhaité s'exprimer. 

Olalla Piñeiro Trigo

blick.ch

Amérique latine : un cadre politique en évolution

 

Les dernières élections en Amérique latine révèlent un retour marqué des droites conservatrices dans plusieurs pays, comme au Chili, en Bolivie, en Équateur, ou au Honduras. Quels facteurs régionaux expliquent, selon vous, ce renversement politique ?

Les récentes élections traduisent avant tout un phénomène d’alternance politique. Le cycle électoral précédent, entre 2021 et 2022, s’était inscrit dans un contexte particulier marqué par la sortie difficile de la pandémie. À cette période, les sociétés latino-américaines étaient (et restent) profondément critiques envers leurs élites politiques et économiques, nourrissant une aspiration forte au renouvellement. Dans certains pays, comme au Chili, ce renouvellement s’est aussi manifesté par un facteur générationnel, avec l’élection d’un président progressiste très jeune, Gabriel Boric [40 ans au moment de l’élection].

Cependant, les gouvernements issus de ce cycle « de gauche » n’ont pas réussi à transformer durablement les dynamiques économiques et sociales, notamment en termes de croissance et de réduction des inégalités. Par ailleurs, si les enjeux en matière de migration, de sécurité, et de narcotrafic sont devenues centraux pour l’opinion publique ces dernières années, ils n’ont peut-être pas été suffisamment traités. Le sentiment d’insécurité, longtemps cantonné au Mexique et aux pays d’Amérique centrale, s’est étendu à toute l’Amérique du Sud, augmentant ainsi l’écho des discours de droite, voire d’extrême droite, qui ont su capitaliser sur ces préoccupations.

Cette alternance vers des gouvernements conservateurs s’accompagne d’un discours plus affirmé sur les thèmes de la sécurité, de la lutte contre le crime organisé et de la gestion de l’immigration illégale. Un exemple emblématique est la décision du président chilien d’extrême droite, José Antonio Kast [depuis le 11 mars 2026], de construire un mur de près de 500 kilomètres à la frontière péruvienne pour contenir l’immigration illégale. Une mesure qui était jusqu’alors inimaginable en Amérique du Sud. 

Quelles conclusions tirer des élections en 2025 de deux candidats de droite, Nasry Asfura au Honduras et Rodrigo Paz Pereira en Bolivie ? 

Le cas du Honduras illustre l’importance de l’influence exercée par la diaspora hondurienne aux États-Unis. Les envois de fonds des émigrés honduriens vers leur pays d’origine jouent un rôle économique crucial. Par ailleurs, le soutien de l’administration Trump à la candidature de Nasry Asfura, entrepreneur et représentant du Parti national du Honduras, a également pesé dans un scrutin marqué par un faible écart entre les principaux candidats. Seuls 27 000 bulletins les séparaient. Il faut rappeler que, selon les statistiques de la Banque mondiale (1), plus de 25 % du PIB du pays est le fruit des transferts monétaires des Honduriens vivant à l’étranger, et dans leur grande majorité aux États Unis, ce qui confère à ce pays une influence politique particulièrement significative au Honduras.

En Bolivie, le scrutin de 2025 marque la fin d’un cycle politique dominé pendant deux décennies par le Mouvement vers le Socialisme (MAS). En effet, si le passage d’un gouvernement de gauche à un gouvernement de centre-droit, incarné par Rodrigo Paz, peut sembler classique, il s’inscrit dans un contexte de transformation électorale majeure. Alors que le MAS disposait d’une assise politique et sociale considérable, notamment grâce à son enracinement dans les mouvements paysans, ces élections se sont traduites par son effondrement, notamment au Parlement. Ainsi, cette défaite illustre un changement profond dans la vie politique bolivienne, dépassant la simple alternance politique. 

Par rapport à 2022, des dynamiques sociales et économiques ont-elles influencé cette évolution électorale ? 

L’évolution électorale récente en Amérique latine s’inscrit dans un contexte social et économique complexe, marqué par une croissance économique limitée et des problèmes structurels persistants, notamment en matière de redistribution des richesses. Un indicateur clé à cet égard est le coefficient de Gini, qui mesure les inégalités au sein des sociétés. L’Amérique latine est malheureusement la région la plus inégale de la planète. Néanmoins, un pays a vu ce coefficient diminuer ces dernières années : le Brésil ; ce qui constitue un signe positif dans une région souvent confrontée à des perspectives économiques moroses.

Cette diminution relative des inégalités traduit des changements structurels importants. Parmi ceux-ci figure une réforme fiscale majeure, avec l’instauration d’une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) unifiée à l’échelle nationale. Cette harmonisation fiscale rompt avec un système antérieur fragmenté, où chaque État appliquait ses propres règles, entrainant une forme de concurrence fiscale interne. En unifiant et en rendant plus transparentes les modalités d’imposition, cette réforme contribue à renforcer la prévisibilité et la stabilité de l’économie brésilienne.

Par ailleurs, des ajustements fiscaux ont été opérés sur l’impôt sur les sociétés et les particuliers. Ces mesures ont consisté à alléger, voire exonérer, la charge fiscale pesant sur les ménages les plus modestes, tout en introduisant de nouveaux mécanismes pour taxer davantage les plus hauts revenus, notamment ceux qui échappaient jusqu’alors à l’impôt via des structures annexes, comme les holdings ou des biens détenus à l’étranger. Ces réformes structurantes jalonnent le chemin vers une transformation économique plus durable.

Fait notable, ces avancées ont été adoptées malgré des forces conservatrices majoritaires au Congrès brésilien, qui se trouvent régulièrement en décalage avec les priorités du président Luiz Inácio Lula da Silva. Ce paradoxe souligne la complexité du paysage politique et institutionnel brésilien, où des progrès importants peuvent néanmoins émerger dans un contexte de tensions idéologiques. 

Observe-t-on globalement une érosion de la confiance dans les institutions démocratiques ?

Les études d’opinion, telles que celles menées par V-Dem sur la qualité de la démocratie ou le Latinobarómetro, dirigé par Marta Lagos au Chili, montrent une tendance à l’érosion de la confiance des citoyens latino-américains envers leurs institutions démocratiques ainsi que leurs élites politiques et économiques. Cette dégradation varie toutefois selon les contextes nationaux. Par exemple, au Brésil, l’implication accrue des forces armées dans la gouvernance sous Jair Bolsonaro a contribué à une dégradation de leur image auprès de l’opinion publique. Ce phénomène s’inscrit dans ce que le professeur Manuel Alcántara de l’université de Salamanque qualifie de « démocraties fatiguées » en Amérique latine. Selon les termes d’Alcántara, il existe une lassitude croissante des citoyens, qui se manifeste par une crise de la représentation, comme en témoignent l’épuisement des partis politiques, la perte de confiance dans les institutions et les niveaux élevés d’insatisfaction démocratique, le tout dans un contexte de mutations socioculturelles rapides induites par la révolution numérique (2). Néanmoins, il demeure essentiel d’analyser ces évolutions en tenant compte des spécificités propres à chaque pays.

En matière d’ingérences étrangères dans les scrutins latino-américains, des exemples récents et significatifs sont-ils à relever ? Quelles menaces pèsent sur les prochaines élections dans la région et quels pays seront particulièrement sous surveillance ?

En 2025, l’ingérence étrangère dans les scrutins latino-américains s’est illustrée notamment par le soutien explicite de Donald Trump au candidat Nasry Asfura au Honduras, qui a finalement été élu. Par ailleurs, aux États-Unis, l’administration a également manifesté un appui marqué envers Javier Milei en Argentine, par exemple à travers un prêt du Trésor américain accordé au gouvernement argentin, accompagné du soutien public de Donald Trump à ce candidat. Ces exemples soulignent l’influence directe exercée par certains acteurs étrangers dans les processus électoraux de la région.

La question de l’ingérence, principalement attribuée aux États-Unis, mais potentiellement liée à d’autres pays, mérite une attention particulière à l’approche des prochaines élections majeures en Colombie [mai] et au Brésil [octobre] en 2026. Entre le cycle électoral précédent de 2021-2022 et aujourd’hui, les outils numériques ont considérablement évolué, facilitant la diffusion massive de fausses informations ainsi que la mise en œuvre de stratégies de diffamation et de manipulation. Face à ces enjeux, certains pays, comme le Brésil, ont adopté des mesures législatives visant à réduire l’impact des fake news et à mieux encadrer la communication électorale (3). Le tribunal suprême électoral (TSE) a créé une jurisprudence en matière de contentieux électoral afin d’éviter l’utilisation dévoyée de l’intelligence artificielle durant les élections de 2026. 

Cependant, la puissance croissante des technologies, notamment de l’intelligence artificielle, suscite des inquiétudes quant à une possible intensification des ingérences étrangères lors des scrutins à venir. Ces développements appellent à une vigilance accrue pour préserver l’intégrité des processus démocratiques dans la région.

Face à une instabilité politique persistante au Pérou, quelles sont les attentes des prochaines élections en avril 2026 ?

Le Pérou traverse depuis de nombreuses années une période d’instabilité politique profonde, caractérisée par une succession rapide de présidents. Cette instabilité s’explique en grande partie par une série de scandales de corruption touchant presque tous les présidents élus depuis 2000, à commencer par Alejandro Toledo (4). La quasi-totalité de ces dirigeants ont été mis en examen ou condamnés, et dans un cas tragique, un président (Alan Garcia, 2019) s’est même suicidé alors qu’il était inculpé pour des affaires de corruption.

Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large de crise institutionnelle, marquée par un affrontement récurrent entre le pouvoir législatif et l’exécutif. Ce déséquilibre des pouvoirs contribue à la fragilité gouvernementale et explique en partie la fréquence des changements à la présidence. Ces derniers mois, le pays a connu plus de trois chefs d’État successifs, sans compter les nombreux remaniements ministériels et les rotations à la tête du gouvernement. Cette instabilité politique chronique alimente une forte incertitude quant à l’avenir du pays et pose des défis majeurs pour les élections d’avril 2026.


En ce qui concerne le Brésil, quelles perspectives et quels défis anticipez-vous pour les prochaines élections présidentielles en octobre 2026 ? Le pays maintiendra-t-il son rôle de leader de la gauche latino-américaine ?

Les prochaines élections présidentielles au Brésil s’annoncent particulièrement disputées, opposant principalement Luiz Inácio Lula da Silva à Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro. Les études d’opinion révèlent une société profondément divisée, avec une cristallisation précoce des intentions de vote autour de ces deux figures majeures, incarnant des visions politiques opposées. Cette campagne s’annonce également historique, car il s’agira vraisemblablement de la dernière participation de Lula da Silva. En effet, depuis le retour à la démocratie en 1989, il a été directement ou indirectement présent à chaque élection présidentielle, que ce soit en tant que candidat ou à travers des proches comme Fernando Haddad en 2018 ou Dilma Rousseff en 2010 et 2014.

Même si l’héritage politique de Lula da Silva continuera probablement d’influencer la gauche brésilienne, notamment lors des scrutins futurs, son âge avancé (80 ans) rend improbable sa candidature au-delà de 2026. Ce contexte marque un tournant pour la démocratie brésilienne, qui a longtemps été centrée autour de sa personnalité et de son influence singulière. À l’avenir, le pays devra donc identifier de nouveaux leaders capables de porter les aspirations de la gauche dans un paysage politique en pleine évolution. Ce moment de transition sera crucial pour le maintien du rôle du Brésil comme leader de la gauche latino-américaine, un rôle qui reste à confirmer lors des prochains scrutins.

Comment analysez-vous les enjeux électoraux en Colombie à l’approche des prochaines échéances en mai 2026 ? Quels impacts ces élections pourraient-elles avoir sur la région ?

Les prochaines élections en Colombie seront particulièrement scrutées en raison de leur caractère polarisé. Les résultats des élections législatives de mars ont révélé une résilience notable de la base électorale du président Gustavo Petro, ce qui n’était pas acquis. En effet, lors des élections de mi-mandat, le président colombien semblait avoir une implantation territoriale limitée, même dans des zones clés comme la capitale, Bogotá. Plusieurs analystes avaient alors estimé que son influence était passagère et que les scrutins de 2026 pourraient ramener au premier plan des figures plus traditionnelles, notamment issues de l’opposition de droite.

Cependant, les élections législatives de mars 2026 ont démenti ces prévisions. Le parti de Gustavo Petro, le Pacto Histórico, a non seulement consolidé sa présence, mais a également amélioré ses résultats, devenant la première force politique au Sénat. Selon les chiffres disponibles, le nombre de sièges détenus par le Pacto Histórico serait passé de 16 à 25, confirmant une progression électorale significative. Ce renforcement du pouvoir législatif de Gustavo Petro pourrait avoir des répercussions importantes sur la scène politique nationale, notamment si le candidat soutenu par le président Petro est élu Président (5), rendant ces élections à venir d’autant plus cruciales.

Notes

(1) En 2024, les transferts monétaires représentaient 25,7 % du PIB hondurien. Sur ce total, près de 90 % provenaient des États Unis (https://​data​.worldbank​.org/​c​o​u​n​t​r​y​/​h​o​n​d​u​ras).

(2) Manuel Alcántara Sáez, Cristina Rivas Pérez et Cecilia Graciela Rodríguez Balmaceda, « Sociedades cansadas y democracias fatigadas en América Latina », Revista mexicana de sociología, vol. 86, juin 2024 (https://​tinyurl​.com/​2​z​s​e​b​4k4).

(3) Sara Reis, « Inteligência artificial nas eleições? Veja o que ficou decidido pelo TSE », Senado Verifica, 6/3/2026 (https://​tinyurl​.com/​b​d​f​w​j​kd2).

(4) Président du Pérou de 2001 à 2006, il a été extradé des États-Unis en 2023 et condamné en 2024 à 20 ans de prison pour pour avoir reçu des pots-de-vin d’un montant de 35 millions de dollars (notamment dans l’affaire Odebrecht), ainsi qu’à 13 ans de prison pour blanchiment en 2025. En janvier 2026, la moitié des 130 membres du Congrès péruvien étaient visés par des enquêtes judiciaires, la plupart dans des dossiers de corruption (NdlR).

(5) Le mandat présidentiel colombien est limité à quatre ans non renouvelables (NdlR).

Gaspard Estrada

areion24.news

Les renseignements américains sont surpris par la rapidité du rétablissement militaire de l'Iran

 

Ce processus implique le remplacement des lanceurs de missiles, des sites de déploiement et des capacités de production des principaux systèmes d'armes détruits lors du conflit.

Par ailleurs, l'Iran a relancé certaines chaînes de production de drones pendant la période de cessez-le-feu de six semaines qui a débuté début avril 2026.

Selon les services de renseignement américains, cela signifie que l'Iran reste une menace importante pour les alliés des États-Unis dans la région si le président Donald Trump décide de reprendre les frappes aériennes.

Un responsable américain, citant des évaluations des services de renseignement, a indiqué que l'Iran pourrait rétablir pleinement sa capacité de frappe par drones en six mois, bien que le temps nécessaire à la reproduction de chaque type d'arme varie. « L'Iran a dépassé tous les délais de reconstruction fixés par les services de renseignement », a déclaré ce responsable.

Les capacités de l'Iran en matière de drones sont particulièrement préoccupantes pour ses alliés américains. En cas d'escalade du conflit, Téhéran pourrait compenser la diminution de son arsenal de missiles en intensifiant l'utilisation de drones pour attaquer Israël et les pays du Golfe situés à portée.

Le président américain Donald Trump a averti à plusieurs reprises qu'il reprendrait les opérations militaires contre l'Iran si les deux parties ne parvenaient pas à un accord pour mettre fin au conflit.

La rapidité du rétablissement de l'Iran s'explique par plusieurs facteurs, notamment le soutien de ses alliés et partenaires, ainsi que par le fait que les attaques américaines et israéliennes n'ont peut-être pas causé le niveau de dégâts revendiqué par les deux camps.

Selon les dernières évaluations des services de renseignement américains, l'Iran a conservé d'importantes capacités en matière de missiles balistiques, de drones et de défense aérienne, malgré les frappes aériennes américaines et israéliennes. Cela signifie que le processus de reconstruction militaire de Téhéran ne part pas de zéro, mais s'appuie sur les capacités militaires subsistant après le conflit.

Les services de renseignement américains estimaient auparavant qu'environ la moitié seulement des lanceurs de missiles iraniens étaient encore opérationnels après les frappes américaines. Cependant, un nouveau rapport porte ce chiffre à environ deux tiers. Selon certaines sources, le cessez-le-feu a permis à l'Iran de remettre en service de nombreux lanceurs qui avaient été enfouis mais non complètement détruits.

Selon des sources du renseignement américain, l'Iran possède encore des milliers de drones, soit environ 50 % de sa capacité en la matière d'avant le conflit.

Par ailleurs, la majorité des missiles de croisière de défense côtière iraniens seraient restés intacts. Ces systèmes n'étaient pas la cible des frappes aériennes américaines. Ces missiles jouent un rôle crucial dans la capacité de l'Iran à contrôler le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, voie de transport stratégique pour l'approvisionnement mondial en énergie.

Selon de récentes évaluations des services de renseignement américains, Téhéran a démontré sa capacité à limiter l'impact à long terme des attaques grâce à un rythme de reconstruction relativement rapide. Cela se manifeste notamment par ses efforts pour restaurer son industrie de défense, un secteur que le commandant du CENTCOM américain, l'amiral Brad Cooper, a qualifié de gravement endommagé lors de la campagne militaire américano-israélienne.

Lors d'une audition devant la commission des forces armées de la Chambre des représentants, Cooper a déclaré que l'opération « Terreur » avait « considérablement affaibli les capacités de l'Iran en matière de missiles balistiques et de drones et détruit 90 % de sa base industrielle de défense », laissant Téhéran « incapable de se reconstruire pendant des années ».

Cependant, cette déclaration semble contredire de nombreuses évaluations internes des services de renseignement américains. Deux sources indiquent que les données disponibles ne reflètent pas pleinement l'ampleur des dégâts décrite par le commandant du CENTCOM. Selon ces évaluations, les dommages subis par l'industrie de défense iranienne pourraient ne ralentir le processus de reconstruction que de quelques mois, et non de plusieurs années comme l'affirme l'armée américaine.

Ces sources ont également souligné que plusieurs composantes clés de la base industrielle de défense iranienne restent intactes, permettant à Téhéran d'accélérer le rétablissement de certaines capacités militaires stratégiques.

znews.vn

mercredi 20 mai 2026

Y a-t-il une « économie de transition » en Syrie ?

 

À la suite du changement de régime intervenu en décembre 2024, la Syrie fait face à de nombreux défis. La reconstruction économique est l’un des enjeux majeurs de cette période de transition, car le pays et ses 24,17 millions d’habitants (2024) restent fortement impactés par près de quinze ans de guerre. Cette réalité ne doit pas masquer le fait que l’économie syrienne souffrait déjà, avant le déclenchement de la crise en 2011, de problèmes structurels importants dont hérite le nouveau pouvoir.

Une situation économique et sociale catastrophique

Selon la Banque mondiale, l’économie syrienne est au bord de l’effondrement : 80 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, le PIB est passé de 61,3 milliards de dollars en 2010 à 19,9 milliards en 2023, et le coût de la reconstruction est estimé entre 300 milliards et 500 milliards de dollars (1).

La présidence de Bachar al-Assad (2000-2024) se caractérise, à partir du milieu des années 2000, par un tournant néolibéral que le président déchu appelle « économie sociale de marché ». Dans l’alternative entre une « thérapie de choc » et une transformation graduelle d’un système présenté comme socialiste vers un capitalisme mondialisé, le pouvoir opte pour une formule singulière : une partie des entreprises publiques est privatisée de manière brutale, tandis que les autres sont délaissées jusqu’à leur disparition face à la concurrence du secteur privé. Ce passage suppose plusieurs étapes – de la transition à la mutation – qui conduisent à une rupture avec le socialisme (2). Mais cette transition exige aussi la mise en place d’institutions (fiscalité juste, cadre juridique clair, protection sociale minimale). Or ce n’est pas cette feuille de route qui est suivie : les options libérales adoptées par Bachar al-­Assad se traduisent par un « capitalisme de copains ». On observe alors une personnalisation extrême du pouvoir, un système fondé sur le clientélisme et la soumission de la sphère économique au politique, avec une bureaucratie hypertrophiée.

Dans ce système, gangrené à tous les niveaux par la corruption et les faveurs accordées par intérêt, ce ne sont pas les compétences techniques qui permettent d’obtenir les marchés, mais la proximité avec le clan présidentiel. Cela conduit à concentrer entre quelques mains la majeure partie de l’économie syrienne. La Cham Holding, dont la famille Al-Assad était l’actionnaire principal, symbolise ce fonctionnement, tant sa position dominante s’étendait à plusieurs secteurs. Dans la communication, elle détenait la chaîne de télévision Al-Dounia et le quotidien El-­Watan ; elle dirigeait des zones commerciales détaxées, l’entreprise de bâtiment Ramak et le groupe touristique La Corniche. Cham Holding contrôlait également l’un des trois opérateurs de téléphonie mobile syriens (Syriatel), secteur objet de nombreuses manipulations (3). Les proches du président déchu avaient aussi le monopole de la vente de cigarettes.

Dans le même temps, le retrait de l’État a impacté la société syrienne en supprimant les derniers avantages sociaux. En 2008, l’application stricte des recommandations du Fonds monétaire international (FMI) entraîne la fin des subventions sur plusieurs produits de première nécessité comme le sucre ou le riz. La fonction publique subit aussi une réduction massive des effectifs, ce qui provoque l’effritement des services à la population : fermeture de dispensaires, abandon de lignes de transports en commun. De manière mécanique, cela ouvre la voie à une offre privée dans des secteurs clés comme la santé ou l’éducation. Pour les classes moyennes et modestes, incapables d’accéder à cette offre onéreuse, une économie parallèle se développe, entraînant plus de corruption.

Le maintien de cette nomenklatura d’affaires qui entoure le régime devient un fardeau pour l’économie et le développement, par sa force centrifuge de captation des ressources. C’est dans ce contexte que la crise éclate en 2011, avec une forte participation des classes marginalisées aux soulèvements, puis aux groupes armés. Dès lors, une économie de guerre s’installe en Syrie. Les réseaux d’échanges sont perturbés au profit de nouveaux circuits fondés sur la violence et la prédation des ressources publiques et privées, les diverses milices ne reculant devant rien pour se financer et poursuivre leurs opérations militaires.

L’une des caractéristiques principales de l’économie de guerre est qu’elle entraîne de multiples fragmentations : celle de l’espace, avec des groupes armés contrôlant des checkpoints et ayant la mainmise sur de petits territoires qu’ils se disputent entre eux, et celle des marchés, avec des circuits d’échanges incluant des trafics divers et de la contrebande. Favorisées par la circulation des armes, ainsi que par la misère et les déplacements de population, les activités criminelles en tout genre prospèrent : kidnappings, rackets, trafics. Jabhat al-Nosra, le mouvement d’Ahmed al-Charaa devenu la Hayat Tahrir al-Cham (HTC), en fait partie.

Au fur et à mesure que le conflit s’enlise et que la violence s’impose dans les échanges quotidiens, émergent des « seigneurs de la guerre » occupant la place laissée vacante par les acteurs économiques précédents. De nouvelles alliances se forment aussi entre certains de ces « seigneurs » et Damas, en fonction des nécessités de chacun. En guise de « remerciement pour services rendus », Bachar al-Assad a permis à nombre d’entre eux de blanchir leurs activités, voire de devenir députés. Le régime se livre lui-même à des activités criminelles, notamment le trafic de drogues comme le captagon, au point que la Syrie est désormais considérée comme un « narco-État » (4).

Une continuité avec les anciennes pratiques ?

À la fin des années 2010, la HTC prend le contrôle de la ville d’Idlib et de sa région. Sur le plan économique, il est remarquable de constater à quel point l’administration de cette zone reproduit le système instauré par le régime syrien avant le conflit : économie de prédation, multiplication de monopoles concentrés entre les mains d’Ahmed al-Charaa et de son entourage. Le chef de l’État est le seul à pouvoir octroyer les diverses autorisations pour les activités économiques et possède à ce titre le monopole des ressources et du prélèvement des taxes… Sa gestion administrative réitère les méthodes de l’ancien régime, comme l’obligation d’obtenir un « bulletin de situation » auprès des services de sécurité pour décrocher un permis de construire. Ahmed al-Charaa détient également l’entreprise de construction ­Al-Raqi, seule attributaire des marchés de son secteur d’activité. Le fait de concentrer ainsi l’ensemble des ressources permet à la HTC et à son leader de s’assurer la loyauté d’une nouvelle classe dirigeante qui, profitant de cette rente, a intérêt à voir perdurer ce qui est devenu un véritable « micro-État personnel ».

La guerre en Syrie et ses conséquences économiques


La gouvernance actuelle d’Ahmed al-­Charaa découle de cette expérience, qu’il étend désormais à l’échelle nationale. Le pays n’est pas encore sorti de l’économie de la violence héritée du conflit, ni du mode de gestion économique qui a été celui du régime de Bachar al-Assad. L’attribution des marchés aux proches du président de transition en est un signe : depuis le printemps 2025, l’application mobile Sham Cash, développée à Idlib, remplace l’ancienne plate-forme de la Banque centrale syrienne (BCS) pour verser les salaires des fonctionnaires dans toute la Syrie. Les données personnelles de ces derniers ont dû être transférées à un entrepreneur privé lié au nouveau chef de l’État, en partenariat avec un opérateur turc, ce qui pose directement la question de la souveraineté syrienne.

Il est également édifiant de constater que certains des acteurs les plus importants de l’ère Al-Assad, parmi ceux qui ont le plus bénéficié du « capitalisme des copains », ont pu conclure des accords avec la présidence transitionnelle pour retrouver une place équivalente et se voir attribuer des marchés. Un cas emblématique est celui de Mohamed Hamcho, dont la sœur est l’épouse de Maher al-Assad, le frère de Bachar. Pour l’opposition syrienne comme pour les renseignements occidentaux, l’homme d’affaires a notamment été lié à la 4e division blindée et au trafic de captagon. En tant que proche du premier cercle du pouvoir, il avait développé un empire industriel estimé à 640 millions de dollars avec des entreprises dans la métallurgie, la fabrication de câbles, l’électronique… Pour conserver ses sociétés, il aurait négocié avec le nouveau pouvoir en versant environ 150 millions de dollars. Dans un contexte de privatisations massives de nombreux secteurs et services – dont ceux qui touchent aux enjeux vitaux comme l’eau potable et l’énergie –, le marché de l’électricité est attribué à Ramez al-Khayyat, son neveu basé au Qatar, pour un contrat estimé à 7 milliards de dollars destiné à développer des centrales : encore un exemple de corruption et de clientélisme.

Ces éléments confirment que la nouvelle présidence reproduit des structures économiques et politiques relevant du néopatrimonialisme. Ainsi, un pôle de décision économique s’est constitué au plus haut niveau, dans un cercle restreint de proches dominé par Hazem, le frère aîné ­d’Ahmed al-Charaa (5). Les décisions, opaques, de la nouvelle gouvernance oscillent entre discours de rupture avec le régime précédent et alliances renouvelées avec les mêmes acteurs. Aucun organe de contrôle ou de régulation ne semble avoir été créé. La libéralisation totale du commerce du pain, aliment de base de la population, illustre cette gestion hasardeuse : dans un pays majoritairement pauvre, les prix flambent dans un contexte de sécheresses à répétition et d’arrêt des subventions américaines aux ONG. Tandis que les familles survivent grâce aux transferts de la diaspora, le gouvernement a pris la décision de soutenir la livre syrienne, ce qui ampute encore le pouvoir d’achat. Dans le même temps, un fonds souverain a été confié… à Hazem al-Charaa.

Un butin de guerre ?

Épuisée par près de quinze ans de conflit, la population syrienne place de grands espoirs dans l’arrivée d’Ahmed al-Charaa, entretenus par ses engagements de retour à des conditions de vie normales – des effets d’annonce qui promettent la fourniture d’électricité, des augmentations de salaire, une hausse du pouvoir d’achat, mais qui ne débouchent pas sur des actions concrètes. La situation s’aggrave encore avec les vagues de licenciements massifs, justifiées au nom de la « débaasification », mais qui touchent environ 600 000 fonctionnaires, de tous les secteurs, souvent sans lien avec les crimes commis par l’ancien régime. La nouvelle gouvernance se prive ainsi de compétences précieuses, comme celles de pompiers ou de médecins.

La soi-disant libéralisation actuelle ressemble à une redistribution clientéliste des ressources, en échange de loyauté envers Ahmed al-Charaa, peu différente du système que la Syrie a connu jusque-là. Or, dans une période aussi cruciale où la production doit être relancée, où la pauvreté frappe massivement et où le sujet de l’unité nationale reste sensible, une réussite économique sans l’intervention de l’État et sans politique gouvernementale claire est-elle possible ? Faute d’intégrer en urgence la question sociale, Ahmed al-Charaa s’expose à de nouvelles crises. Quelques prémices de mouvements apparaissent déjà, mais les vagues de violences contre les minorités, en mars et juillet 2025, ont mis fin à la contestation. En tant que président de transition, Ahmed al-Charaa ne dispose pas d’un mandat lui permettant d’engager durablement l’avenir du pays. Ce déficit de légitimité, ajouté à des annonces sans suite concrète, confirme que la question économique est avant tout politique.

Notes

(1) Banque mondiale, Syria Economic Monitor. Conflict, Crises, and the Collapse of Household Welfare, ­printemps 2024. Sur l’évolution de l’économie syrienne, on peut lire les analyses de Jihad Yazigi sur : https://​syria​-report​.com

(2) Wladimir Andreff, La crise des économies socialistes. La rupture d’un système, Presses universitaires de Grenoble, 1993.

(3) Khadija Sharife, Roshanak Taghavi et Kelly Bloss, Syria’s Newest Mobile Operator Has A Hidden Link to Iran’s Revolutionary Guard, OCCRP/Opensyr, décembre 2022.

(4) Caroline Rose et Alexander Söderholm, The Captagon Threat: A Profile of Illicit Trade, Consumption, and Regional Realities, New Lines Institute for Strategy and Policy, 5 avril 2022.

(5) Timour Azhari et Feras Dalatey, « Syria is secretly reshaping its economy. The president’s brother is in charge », in Reuters, 24 juillet 2025.

Akram Kachee

areion24.news

En Allemagne, un couple aurait infiltré des milieux scientifiques pour le renseignement chinois

 

Ils sont accusés de recueillir pour le compte de la Chine des informations sur des hautes technologies à usage militaire. Le parquet allemand a annoncé l’arrestation, mercredi, d’un couple marié de nationalité allemande.

« Xuejun C. et Hua S. travaillent pour un service de renseignement chinois », a affirmé le bureau du procureur fédéral, dans un communiqué publié après ces arrestations et des perquisitions à Munich. Selon les enquêteurs, le couple a tissé des liens avec de nombreux chercheurs spécialisés « dans les domaines de l’aéronautique et de l’aérospatiale, de l’informatique et de l’intelligence artificielle » dans le but d’obtenir des informations sur « des technologies de pointe à usage militaire ».

Sous couverture

D’après la même source, ils se faisaient notamment passer « pour des interprètes ou des employés d’un constructeur automobile » pour approcher leurs cibles. « Certains scientifiques ont été attirés en Chine sous prétexte de donner, contre rémunération, des conférences devant un public civil. En réalité, ces conférences se déroulaient alors devant des représentants d’entreprises d’armement publiques », poursuit le parquet.

Les enquêteurs n’ont pas précisé depuis combien de temps le couple était actif. Ils n’ont ni évoqué l’ampleur ni la sensibilité des renseignements auxquels le couple a pu avoir accès.

Une campagne d’espionnage très active

La Chine, à la fois une rivale et une cliente pour l’économie allemande, est accusée de mener une campagne d’espionnage très active en Allemagne, et des arrestations interviennent régulièrement. En février, un citoyen américain, ex-employé civil d’une base militaire américaine dans le sud-ouest de l’Allemagne, a été condamné à deux ans et huit mois de prison ferme pour avoir offert ses services au renseignement chinois.

Et en septembre 2025, la justice allemande a condamné Jian Guo, un ex-collaborateur d’un député sulfureux de l’extrême droite allemande, à quatre ans et neuf mois de prison ferme pour espionnage au profit de Pékin. L’élu lui-même, Maximilian Krah, est soupçonné de corruption et de blanchiment d’argent en lien avec la Chine. Il a vu son immunité parlementaire levée en septembre 2025.

20min.ch