D’après les chiffres avancés par l’Institut pour l’étude de la guerre [ISW – Institute for the Study of War, États-Unis], l’armée russe n’a enregistré aucun gain territorial en Ukraine durant le mois de mars, ce qui n’était plus arrivé depuis septembre 2023. Si elle a progressé d’une cinquantaine de km² en direction de Kramatorsk et de Sloviansk, elle a en revanche dû reculer entre Donetsk et Dnipropetrovsk, cédant ainsi 56 km² de terrain aux forces ukrainiennes.
L’ISW met cet essoufflement de l’armée russe sur le compte de la décision d’Elon Musk de couper l’accès de la Russie aux terminaux de communications par satellite Starlink, ce qui a perturbé le fonctionnement de ses drones et autres systèmes robotisés.
Justement, pour la première fois depuis le début de la guerre, les forces ukrainiennes ont effectué un nombre record de frappes au moyens de drones contre les infrastructures critiques de la Russie, celle-ci ayant assuré avoir abattu 7 347 drones aériens en mars. De son côté, Kiev a affirmé avoir intercepté environ 90 % des 6 462 lancés par les forces russes au cours de la même période.
Par ailleurs, ayant avoir réussi à tenir la flotte russe de la mer Noire à distance grâce à une combinaison de missiles et de drones navals de surface [USV] chargés d’explosifs comme le Magura V5, les forces ukrainiennes seraient parvenues à s’emparer d’une position russe grâce à une unité entièrement robotisée. Une première.
«L’avenir est déjà sur le champ de bataille et l’Ukraine le façonne. […] Pour la première fois dans l’histoire de la guerre, une position ennemie a été conquise exclusivement par des plateformes sans équipage, à savoir des robots de combat terrestres et des drones. Les occupants ont capitulé et cette opération s’est déroulée sans la participation de l’infanterie et sans pertes de notre côté», s’est en effet félicité Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, via un message diffusé le 13 avril.
Dans sa nouvelle «Second Variety», publiée en 1953, l’écrivain Philip K. Dick avait imaginé un combat entre des soldats humains et des robots de combat [appelés les «Griffes»]. À en croire M. Zelensky, nous y sommes.
Et sans doute que l’on n’a pas encore tout vu. Le mois dernier, le magazine Time a rapporté que l’entreprise américaine Foundation [qui n’est pas sans rappeler la saga écrite par Isaac Asimov] avait livré à Kiev des robots humanoïdes Phantom Mk1, dans l’optique de remplacer, à terme, les fantassins.
«Le Phantom MK-1 a tout l’air d’un soldat IA [intelligence artificielle]. Enveloppé d’acier noir de jais et doté d’une visière en verre teinté, il inspire une terreur viscérale bien plus profonde que celle qu’un robot humanoïde classique pourrait susciter. Et en cette fin de matinée de février, il arbore un arsenal d’armes de haute puissance : un revolver, un pistolet, un fusil à pompe et une réplique de fusil M-16», a expliqué Time.
Quoi qu’il en soit, M. Zelensky n’a pas évoqué le Phantom Mk-1 mais des robots terrestres de facture plus classique, tels que le Ratel, le Termit, l’Ardal, le Lynx, le Zmiy, le Protektor et le Volya. Pour la plupart, il s’agit de plateformes robotisées, à roues ou chenillées, dotées d’armes téléopérées et de capteurs.
De tels «systèmes robotiques se voient dotés d’une certaine forme d’autonomie dans la fonction feux qui résulte de l’intégration croissante des progrès de l’intelligence artificielle. Ils entraînent une mutation profonde des conditions d’engagement des armées et de ses modes d’action tant chez nos alliés que chez nos compétiteurs», avait expliqué le Centre de recherche de l’Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan, lors d’un colloque intitulé «Quelle autonomie pour les robots armés de demain ?», en octobre dernier.
Par ailleurs, les affirmations de M. Zelensky suggèrent de gros progrès ont été accomplis en l’espace de quelques mois. En juin 2025, dans un commentaire sur les retours d’expérience [RETEX] de la guerre en Ukraine, le Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations [CICDE] avait souligné les difficultés des robots terrestres à se déplacer sur des terrains accidentés – car «travaillés» par l’artillerie – et à maintenir une liaison avec leurs téléopérateurs. Et d’ajouter que, à cause de leur lenteur, ils étaient vulnérables face aux drones aériens.
Reste que, selon l’état-major ukrainien, le recours aux robots terrestres a significativement augmenté au cours de ces dernières semaines, ces derniers ayant réalisé 9 000 missions en mars, soit 50 % de plus par rapport au mois précédent.
«Cette augmentation est substantielle par rapport aux périodes précédentes, l’armée ayant donné la priorité au déploiement de plateformes sans pilote dans des environnements à haut risque afin de réduire les risques pour le personnel. Les robots étaient principalement utilisés pour un soutien logistique essentiel, comme la livraison de munitions et l’évacuation des soldats blessés, le nombre d’unités utilisant cette technologie passant de 67 fin 2025 à 167 au printemps 2026», a rapporté le site ukrainien d’informations United Media.
Cette robotisation passe aussi par l’utilisation d’exosquelettes, encore appelés cobots [pour robots collaboratifs]. Munis de jambes et de bras mécatroniques, un tel dispositif forme une armature qui permet à un individu qui est en revêtu de soulever des charges lourdes sans le moindre effort. Des unités de la 147e brigade d’artillerie des forces aéroportées ukrainiennes en ont été récemment dotées.
Cela étant, une question reste en suspens après l’annonce faite par M. Zelensky : si une unité robotique a pu s’emparer d’une position russe, qui en assure désormais le contrôle ? Sur ce point, l’infanterie demeure incontournable. Avec ou sans robots.
