Des services secrets, nous ne savons que les échecs et rarement les succès. Si l'échec provoque l'anathème, l'ingratitude est fille de la victoire. Quand à la gloire, il faut l'oublier, elle est pour les autres...

samedi 4 avril 2020

« Bureau des légendes » : Le personnage de Mathieu Amalric, référence directe à un célèbre espion


Mathieu Amalric (JJA) (Top The Oligarchs Productions / Canal+)


JJA est un personnage craint - voire détesté, dès son apparition au sein du « Bureau des légendes ». Il appartient pourtant à une catégorie d’espions indispensable à tout service secret : le contre-espionnage.

JJA est nommé, dans le début de la saison 4, directeur de la DSEC, la direction de la sécurité de la DGSE. C’est à ce titre qu’il décide de s’occuper du « cas » Malotru et d’enquêter sur son évasion du cargo où il était détenu au Liban.

Tous les services se dotent d’unités spécialisées pour repérer et combattre les éventuels espions ou agents doubles travaillant pour l’ennemi. Même si l’espionnage n’est pas interdit en droit international humanitaire (DIH), il est possible pour les Etats de le réprimer durement. Cependant, les espions ne peuvent pas être condamnés ou jugés sans un procès préalable.

JJA, référence à une figure de l’histoire de l’espionnage

Comme la plupart des noms de code choisis dans la série, JJA est une référence directe à un personnage ayant marqué l’histoire de l’espionnage : James Jesus Angleton. Angleton est un jeune agent américain formé au sein de l’OSS (Office of Strategic Service), l’agence de renseignement américaine créée pendant la Seconde Guerre mondiale et remplacée par la CIA dès 1945. Angleton a dirigé plusieurs opérations durant les premières années de la guerre froide et a fortement collaboré auprès des services israéliens et est-européens, où il a noué une amitié avec Kim Philby, un agent du MI6, le service de renseignement anglais. Au début des années 50, celui-ci, ainsi que plusieurs agents proches, font défection et « passent à l’Est ».

Trahi, Angleton développe alors une forte paranoïa et un anticommunisme viscéral. En 1954, il est nommé responsable du service de contre-espionnage de la CIA, service qu’il structure et développe fortement. Sa mission principale est alors d’identifier les « agents doubles », travaillant pour l’URSS et infiltrés au sein des services américains.

Durant plus de vingt ans, Angleton fera tomber des dizaines d’agents accusés de trahison, bien souvent sans avoir de preuves tangibles. Convaincu de l’existence d’un plan d’ensemble du KGB pour infiltrer la CIA et le FBI, ses méthodes de direction seront considérées comme délétères et coupent le contre-espionnage des autres services de la CIA. Confronté à un scandale lié à la surveillance d’opposants politiques, il devra démissionner en 1975.

L’héritage d’Angleton reste très important et la série y fait de nombreuses références. Dans le jargon, une paranoïa aigüe est parfois appelée « Syndrome d’Angleton ». On dit également qu’on voit des « rats bleus » lorsqu’on pense avoir démasqué un infiltré. Et, d’ailleurs, Henri Duflot glisse une référence à Angleton lorsqu’il dit à sa secrétaire : « Je vois des souris, des souris bleues. »