mercredi 31 mai 2017

Quelle sécurité pour les concerts en Suisse?




En visant un concert, l’attentat de Manchester ébranle toute l’Europe à la veille de la saison des grands rassemblements musicaux. En Suisse également, la question de la sécurité est sur toutes les lèvres. «C’est une priorité, bien sûr. Elle l’est d’autant plus depuis l’assaut du Bataclan en 2015, qui a été le véritable déclencheur pour tous les organisateurs», relève Pascal Viot, coordinateur de la sécurité du Paléo et fondateur de l’Institut suisse de sécurité urbaine et événementielle (ISSUE). Un important travail de réflexion a été mené, de nouvelles procédures ont été mises en place. L’année passée, après l’attentat de Nice, survenu à quelques jours du festival, des blocs de béton ont été posés pour éviter une attaque au véhicule-bélier. Cet été, pas moins de 1500 personnes, dont 300 policiers et agents de sécurité, seront mobilisées sur la plaine de l’Asse pour assurer la sécurité. Mais Pascal Viot ne veut pas en dire plus sur un dispositif qui doit rester secret, également pour ne pas créer un climat anxiogène.

Un membre de la sécurité demande à une jeune femme d'ouvrir son sac pour vérifier qu'elle ne transporte rien de dangereux: une scène ordinaire de la vie festivalière, l'été en Suisse romande. Photo: Getty Images


Une attitude de retenue que partagent les autres festivals. Ainsi, le Montreux Jazz ne souhaite pas expliciter les mesures prises et renvoie à un bref communiqué, où on lit que la coordination est assurée par le «Centre d’engagement sous la conduite du commandant de police, en contact avec les plus hautes autorités du pays en cas de menaces». Reste que tous accentuent leur sécurité, comme l’Open Air de Saint-Gall qui scanne les sacs aux rayons X depuis 2016. Le SonntagsBlick révélait même dimanche qu’un grand festival suisse – sans le nommer – allait positionner un tireur d’élite sur un toit environnant. Une mesure extrême.

Contrairement à d’autres festivals, comme les Vieilles Charrues, en France, le Paléo n’impose cependant pas de fouilles systématiques à l’entrée. «Nous ne nous interdisons pas de procéder à des contrôles à l’entrée, comme nous le faisons d’ailleurs depuis plusieurs années. Mais les concentrer en un seul endroit, le plus prévisible par ailleurs, n’a qu’une efficacité relative, explique Pascal Viot. Nous préférons les effectuer sur tout le périmètre du festival, parking compris, en étroite collaboration avec les autorités compétentes.» Un choix que comprend Frédéric Esposito, directeur de l’Observatoire de la sécurité de l’Université de Genève: «Fixer à un moment donné et en un point des milliers de personnes peut poser problème, créant des attroupements, voire des mouvements de foule potentiellement dangereux.» Il en appelle à des contrôles en amont et en aval, avec l’aide de moyens technologiques (détecteurs de métaux, par exemple). «Dans leurs aéroports, les Israéliens travaillent notamment avec des physionomistes», souligne le politologue. Reste que pour le Genevois, le cas de Manchester pose des questions existentielles à nos sociétés: «L’attentat a eu lieu entre la sortie de la salle de concert et la gare, en pleine rue. Faudra-t-il en arriver à «bunkériser» l’espace public? Les citoyens en accepteront-ils les contraintes?»

Surtout, pour Frédéric Esposito, il est nécessaire de travailler davantage à la racine, d’anticiper, de donner plus de moyens à la police fédérale pour «en faire une sorte de FBI», améliorer le poids des villes – plus proches du terrain – dans le système sécuritaire, etc. Des mesures impératives. «Les terroristes ne s’attaquent plus à des pays ou à des villes symboles, mais à notre manière de vivre, en Occident. Notre pays est donc susceptible d’être visé», prévient-il, contredisant une certaine image idyllique d’un îlot de paix. Vendredi encore, une enquête de l’Académie militaire de l’EPFZ révélait que 93% des Suisses se sentent en sécurité ici.