Le chef d’Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) ne sait plus quoi faire des cinq otages français, du Malgache et du Togolais, détenus au nord du Mali par ses acolytes.
Ces derniers sont détenus depuis près de trois mois déjà dans le Sahel, plus particulièrement dans le désert malien. En effet, le chef d’Al Qaïda au Maghreb islamique, Abou Mossaâb Abdelouadoud, a espéré, lorsqu’il a confié la négociation de la libération des otages français au chef d’Al Qaïda mère, en l’occurrence Oussama Ben Laden, s’approcher de ce chef spirituel d’origine saoudienne et gagner sa confiance.
Contrairement à ce que Droudkel attendait, Oussama Ben Laden ne s’est plus montré à travers des enregistrements sonores pour réclamer ou négocier la libération des otages français.
Ce premier fugitif dans le monde ne peut en aucun cas arriver à ce stade, à savoir «commercer» la vie des otages français contre des «gages» très intéressants. Aujourd’hui, il est clair qu’Oussama Ben Laden ne peut se montrer à travers des vidéos ou même négocier avec de simples civils détenus par Aqmi au nord du Mali.
Dans ce contexte, le n° 1 d’Al Qaïda au Maghreb, Abdelhamid Droudkel, alias Abou Mossaâb Abdelouadoud s’est piégé lui-même en appelant, dans son dernier communiqué, la France à négocier avec Ben Laden pour la libération de ses cinq ressortissants.
Un choix qui peut coûter très cher au chef terroriste d’Aqmi, d’autant plus que cet homme ne sait plus quoi faire des sept otages détenus par l’autre chef terroriste, Abou Zeid. Une véritable impasse dans laquelle se trouvent aujourd’hui Droudkel et ses sbires. Aujourd’hui, la vie des otages français et des deux autres ressortissants africains est sérieusement mise en danger.
Seule une grosse rançon peut les sauver, expliquent les observateurs. Le chef d’Aqmi peut sauver sa peau en bénéficiant d’une rançon très importante afin de regagner la confiance de ses acolytes. Rappelons que le 16 novembre dernier, un communiqué d’Aqmi signé et rédigé par Droudkel, a été diffusé sur la chaîne satellitaire qatarie Al Jazeera et dans lequel il a appelé la France à négocier désormais avec Oussama Ben Laden, en temps que chef suprême de leur organisation.
Avant ce dernier communiqué, le n° 1 d’Al Qaïda, Ben Laden, avait à son tour appelé la France à retirer ses troupes d’Afghanistan, et à abroger la loi sur le voile intégral, si Paris veut récupérer sains et saufs ses cinq ressortissants détenus par le groupe d’Abou Zeid dans le nord malien. Cette sortie d’Oussama Ben Laden a poussé, d’autre part, le chef d’Aqmi à ressurgir pour faire «plaisir» au n°1 d’Al Qaida.
Aujourd’hui ce n’est plus un secret, Droudkel veut à tout prix «enrôler» son organisation à Al Qaïda mère. Alors qu’Oussama Ben Laden, contrairement à Al Zawahiri le n°2 de cette organisation criminelle, n’a pas encore donné sa «bénédiction» à Aqmi. Une situation qui agace Droudkel qui tente tant bien que mal de «charmer» le chef spirituel d’Al Qaïda.
Une tentative qui pourrait mal finir pour Droudkel et ses sbires, d’autant plus qu’Oussama Ben Laden refuse toujours cette «bénédiction» pour Aqmi. Le Quai d’Orsay a précisé, il y a moins d’un mois, que le nouveau message de Droudkel était «en cours d’identification et d’authentification».
«La France fait tout ce qui est en son pouvoir pour que tous les otages, où qu’ils soient, soient libérés sains et saufs», a réagi dans un communiqué la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie. «La France ne peut accepter que sa politique soit dictée à l’extérieur par qui que ce soit». Pour autant que les autorités françaises sachent, les otages sont toujours en vie, a répondu le porte-parole du Quai d’Orsay, Bernard Valero, interrogé sur leur sort lors de son point de presse hebdomadaire.
Dans l’extrait audio diffusé récemment sur la chaîne Al-Jazeera, Abou Mossaâb Abdelouadoud explique que pour «assurer» la sécurité des otages, les troupes françaises doivent se retirer d’Afghanistan. «Toute négociation doit être menée avec Oussama ben Laden et selon ses conditions», déclare une voix présentée comme celle de Abdelouadoud.
Le message ne comporte aucun détail sur la manière dont Ben Laden, qui se cacherait à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan, pourrait être contacté. Ce message est intervenu plus de deux semaines après un autre message dans lequel le chef d’Al Qaïda fustigeait la présence de soldats français en Afghanistan et la loi interdisant le port du voile intégral dans l’espace public en France.
Abdelouadoud demande de nouveau à Paris de retirer ses hommes d’Afghanistan et de cesser de causer du tort aux musulmans. «Si vous souhaitez la sécurité des Français, vous devriez retirer rapidement vos forces d’Afghanistan». La France a déployé environ 3 850 soldats en Afghanistan dans le cadre de l’opération de l’OTAN. Le président Nicolas Sarkozy s’est dit, à son tour, «spécialement inquiet pour nos otages français au Mali».
Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) avait revendiqué l’enlèvement du 16 septembre dans la ville minière d’Arlit, dans le nord du Niger. Cinq Français, un Togolais et un Malgache travaillant pour Areva et une filiale du groupe Vinci ont été faits prisonniers par des hommes armés. Des responsables français estimaient fin septembre que les captifs pourraient désormais se trouver au Mali.
Sofiane Abi
WikiLeaks/Otages au Sahel, un marché juteux
Dans la région du Sahel, il est très difficile de trouver à qui se fier après un enlèvement par Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Et pour cause, tout le monde s’improvise négociateurs et médiateurs. Les télégrammes émis par l’ambassade américaine de Bamako et rapportés par le quotidien Le Monde (Mali), après le rapt, le 22 février 2008, de deux touristes autrichiens, décrivent l’extrême complexité de la tâche des diplomates dans un univers de manipulations.
Cette fois, l’épisode a connu une fin heureuse puisque Wolfgang Ebner et Andrea Kloiber, enlevés dans le sud tunisien et transférés dans le nord malien, ont été libérés après 252 jours de captivité. Mais pas pour les cinq Français qui sont à leur troisième mois de captivité.
Les diplomates américains décrivent la façon dont leurs deux collègues autrichiens arrivés de Vienne «tentent de naviguer dans la bureaucratie malienne tout en subissant un cours intensif sur les dynamiques sécuritaires et politiques complexes du Nord Mali».
Ils notent le naïf espoir des Autrichiens de «capitaliser leurs bonnes relations avec le monde musulman» et le rôle de négociateur qu’entendent jouer «le Libyen Mouammar Kadhafi et le leader d’extrême droite autrichien Jörg Haider».
Comment entrer en contact avec l’AQMI ? Les Américains analysent les raisons pour lesquelles les Libyens recherchent des intermédiaires non pas chez les Touareg mais parmi les Arabes berabiches «qui parlent une langue similaire à l’arabe algérien», «ce qui ne signifie pas qu’ils soient plus réceptifs au message» islamiste. Trois personnes identifiées comme des «hommes d’affaires» pourraient jouer ce rôle, dont l’un est proche des services secrets maliens.
De ce fait, si une rançon est payée, analyse un télégramme, un pourcentage pourrait échoir non seulement à l’intermédiaire berabiche, mais aussi au fonctionnaire ma-lien qui l’informe et qui le protège. Un peu plus tard, un responsable de la rébellion touaregue, présenté comme «un trafiquant de renom», propose aux Américains de «chasser les islamistes des territoires touareg».
Il accuse les autorités de Bamako de «collaborer avec AQMI», en jouant sur deux tableaux : d’abord en tentant de discréditer les Touareg en les assimilant à des islamistes, et en traitant avec AQMI «afin de s’assurer un pourcentage sur une éventuelle rançon». Le responsable touareg en question propose d’aider les Américains à repérer les ravisseurs des Autrichiens.
Les diplomates américains n’ont aucune confiance en cet intermédiaire, notant qu’il est réputé avoir aussi prêté main forte à AQMI dans le passé. Mais ils comprennent l’intérêt que peuvent avoir les Touareg à défendre une certaine autonomie à l’égard du pouvoir pour protéger leurs trafics, et leur hostilité à l’égard de l’aide que les Etats-unis apportent au pouvoir de Bamako, au nom de la lutte contre le terrorisme.
Au nord du Mali, les groupes terroristes trouvent une grande facilité de communication avec les plus hautes autorités de Bamako pour négocier des rançons ou faire passer des quantités de drogue. Dans ce marché, chacun des intervenants trouve son compte. La bataille entre vrais négociateurs et agents doubles, faux intermédiaires et vrais profiteurs bat ainsi son plein dans cette région.
H.L.