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jeudi 5 avril 2018

La Suisse va expulser l'ex-imam radical de la mosquée An'Nur


L'ex-imam radical de Winterthour (ZH) condamné en novembre dernier à 18 mois de prison avec sursis et à l'expulsion du territoire suisse a disparu de la circulation fin février. Il a toutefois été arrêté entre-temps en Allemagne. Il sera finalement renvoyé en Ethiopie.

Après son procès, l'ex-imam de la mosquée An'Nur de Winterthour était détenu en vue d'une expulsion, lorsque sa détention a été suspendue fin février. L'homme âgé de 25 ans en a profité pour disparaître.

Accord avec l'Ethiopie

Les autorités allemandes l'ont arrêté entre-temps, indique jeudi à l'ats le porte-parole de l'office des migrations du canton de Zurich. Il confirme une information révélée par les journaux du groupe Tamedia. Le principal intéressé va être ramené en Suisse et placé à nouveau en détention en attendant son expulsion.

Cette expulsion est désormais rendue possible par un accord intervenu entre l'Union européenne et l'Ethiopie, qui intègre la Suisse. La demande d'asile du jeune homme avait été rejetée par la Confédération.

Avec les services secrets éthiopiens

Reste que le contenu de l'accord est explosif, soulignent le Tages-Anzeiger et le Bund, car il prévoit une étroite collaboration entre les autorités migratoires européennes et les services secrets éthiopiens (NISS). Des services dont les pouvoirs sont grands, connus en outre pour violer les droits humains et persécuter les opposants au régime, critiquent Amnesty International et Human Rights Watch.

Concrètement, l'accord conclu prévoit que si la Suisse veut expulser un requérant éthiopien, les autorités helvétiques devront envoyer toutes les données en leur possession aux services secrets éthiopiens. Et si celles-ci s'avèrent insuffisantes, Berne pourra amener le requérant à l'ambassade d'Éthiopie à Genève qui décidera si la personne est éthiopienne ou non. La Suisse pourra même faire venir un fonctionnaire du NISS directement d'Addis-Abeba pour ces entretiens.

Du côté d'Amnesty International, on s'étonne du rôle central donné au NISS et on estime que cette coopération aussi étroite avec les services secrets d'un État répressif est à la fois «extraordinaire» et «problématique». Car Addis-Abeba, connu pour ses activités d'espionnage d'envergure, pourra ainsi facilement obtenir des informations sur les activités politiques de ses opposants en exil.

Pour le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) en revanche, cet accord «ouvre à la Suisse la perspective d'améliorer la situation dans le domaine de l'exécution des expulsions». Il faut dire que l'Éthiopie figure depuis des années sur la liste noire des États non coopératifs du SEM. Selon les statistiques, plus de 1500 Éthiopiens engagés dans un processus d'asile en Suisse. Quelque 300 expulsions sont en attente.


Banni de la Suisse pendant 10 ans

L'ex-imam a été interdit du territoire suisse pendant dix ans. Cette mesure accompagne une condamnation à 18 mois de prison avec sursis pour incitation au crime ou à la violence, représentations de violence et activité rémunérée sans autorisation.

Lors d'un prêche tenu le 21 octobre 2016 devant environ 60 personnes, il avait déclaré que les musulmans qui ne priaient pas dans la communauté devaient être «bannis, rejetés, évités et calomniés jusqu'à ce qu'ils y reviennent». Et que s'ils persistaient, ils devaient être tués, même s'ils priaient chez eux.

ATS