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dimanche 3 décembre 2017

Londres : les attaques à l'acide en forte hausse


Londres est confrontée à un phénomène en forte progression, qui inquiète de plus en plus : les attaques à l'acide. Jabed Hussain en est l'une des victimes. Ce livreur était arrêté à un feu rouge quand deux hommes ont aspergé son visage d'acide avant de lui voler sa mobylette, un soir de juillet à Hackney, dans l'est de Londres. « S'ils voulaient prendre ma moto, ils avaient de nombreuses armes à disposition [...] Pourquoi ont-ils choisi l'acide ? » s'interroge-t-il, de retour avec l'Agence France-Presse sur les lieux de l'agression. Le jeune homme, encore très choqué, se rappelle avoir senti « une brûlure » sur son visage qui ne présente aujourd'hui pas de cicatrices, grâce à la protection offerte par son casque de moto.

Un livreur de pizza s'en est moins bien sorti début novembre : l'attaque, survenue dans le nord-est de la ville alors que la visière de son casque était relevée, lui a gravement brûlé les yeux et le visage. Les deux hommes comptent parmi les nombreuses victimes de ce genre d'attaques, en nette progression ces dernières années : 166 en 2014 puis 261 l'année suivante et 454 en 2016. Surtout localisées dans l'est de Londres, elles sont principalement le fait d'adolescents ou de jeunes âgés d'une petite vingtaine d'années, mus par des motivations variées, vols, règlements de comptes ou encore bagarres.

Jaf Shah, qui dirige l'association londonienne Acid Survivors Trust International, attribue cette recrudescence à la faible législation en vigueur pour encadrer l'achat d'acide. Il faut aux victimes « beaucoup de force pour se remettre », au vu de la nature de leurs blessures, souligne-t-il, se félicitant d'une amorce de prise de conscience des autorités. En octobre, la ministre de l'Intérieur Amber Rudd a annoncé vouloir criminaliser la possession sans raison de substances corrosives dans l'espace public, à l'exemple de ce qui a été instauré pour lutter contre le fléau des agressions au couteau. Elle veut aussi une licence autorisant l'achat d'acide sulfurique hautement concentré.

Dès juillet, le député d'opposition travailliste Stephen Timms avait plaidé devant le Parlement pour un changement de législation, à la suite d'une série d'agressions dans sa circonscription d'East Ham, notamment celle de deux cousins qui avaient été grièvement brûlés alors qu'ils étaient assis dans leur voiture. « On ne peut pas permettre une situation où les gens ont peur de se balader dans les rues » de Londres, dit-il. Selon lui, ces attaques pourraient être liées aux gangs, lesquels constituent « un problème croissant depuis trois ou quatre ans ». Dans son secteur, l'arrondissement de Newham a demandé aux commerçants de refuser de vendre de l'acide aux jeunes s'ils suspectent un possible usage violent.

La police s'équipe de kits de premiers soins

La police londonienne procède quant à elle à des confiscations dans la rue, mais le commandant Simon Laurence en appelle aussi aux parents, enseignants et travailleurs sociaux. « La police ne peut mettre fin à ça seule, nous avons besoin de l'aide de la communauté », dit-il devant le Mangle, discothèque où 22 personnes ont été blessées en avril par le jet d'une substance acide. « Cela a fait fondre leur peau et provoqué des douleurs atroces. Certains ont subi des blessures si graves qu'elles se rappelleront à eux pour toujours », raconte-t-il. Un homme de 25 ans a été condamné pour cette agression.

Les patrouilles de police ont commencé à s'équiper de kits permettant d'apporter les premiers soins aux victimes mais aimeraient aussi pouvoir tester les substances confisquées directement dans la rue. « Ce que nous devons améliorer, c'est notre capacité à identifier le contenu d'une bouteille quand quelqu'un en transporte une », pour empêcher les attaques, dit Simon Laurence. Jabed Hussain, qui a peur de se rendre au travail, pense qu'il faut en faire plus pour que les gens prennent conscience des effets dévastateurs de l'acide. « Pourquoi utilisent-ils de l'acide pour détruire le visage et la vie de quelqu'un ? » se demande-t-il inlassablement.