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jeudi 16 novembre 2017

Le dossier de Louxor pourrait être rouvert


Le massacre de Louxor est considéré comme le premier attentat islamiste majeur.
Image: Keystone



Il y a vingt ans, jour pour jour, 62 personnes dont 36 Suisses mouraient dans l'attentat terroriste de Louxor. L'enquête est close depuis plus de 15 ans. Mais le commanditaire présumé de l'attaque aurait entretemps été retrouvé et le dossier judiciaire pourrait être rouvert.

«Attenter de façon aussi odieuse à la vie, c'est se faire l'ennemi de toute l'humanité», avait déclaré le président de la Confédération d'alors Arnold Koller. Ce matin du 17 novembre 1997, armés de kalachnikovs et de poignards, les six tueurs du commando islamiste déguisés en agents de sécurité ont plongé dans la mort le temple d'Hatchepsout - dans la Vallée des rois, en Egypte - pendant 45 longues minutes.

Bilan: 62 morts, dont 36 touristes Suisses, quatre Egyptiens, dix Japonais, six Britanniques, quatre Allemands, un Français et un Colombien. Vingt-quatre autres personnes étaient blessées, dont 12 Suisses. L'attaque a été revendiquée par l'organisation islamiste Jamaa Islamiya («la communauté islamique», en arabe), active en Egypte depuis les années 1970.

Premier attentat islamiste

Selon un article de la NZZ paru samedi, les assassins auraient laissé - dans le ventre fendu d'un touriste japonais - une lettre pour remercier leur chef militaire, Mustafa Hamza. Ce dernier aurait commandité l'attentat à partir du Soudan. Les terroristes ont trouvé la mort durant leur fuite dans des circonstances peu claires, tués par la police ou suicidés.

Il s'agit de l'attaque terroriste qui a fait le plus de victimes helvétiques (12 cantons sont touchés au total), ainsi que du premier attentat majeur commis par des islamistes radicaux, dans le but de tuer au hasard le plus grand nombre possible de victimes.

Besoin de justice

Mais «aucune personne ne sera punie pour cet attentat», regrette Stephan Kopp, interrogé par la RTS dans l'émission Mise au point diffusée dimanche. Ce dernier a été blessé par balles lors de l'attaque et y a perdu son épouse.

M. Kopp, pour qui le besoin de justice reste présent, reproche aux gouvernements suisse et égyptien un manque d'efforts pour éclaircir l'affaire. La justice suisse a officiellement suspendu l'enquête trois ans après l'attentat sans que personne ne soit jugé. En cause, le manque d'informations.

Reconstitution impossible

La Police fédérale avait affirmé dans son rapport d'enquête final qu'il a été quasiment impossible de reconstituer le fil des événements. Elle avait estimé qu'il était désormais inutile d'espérer des informations complémentaires et concluait que la Suisse et ses citoyens n'étaient pas directement visés par l'attaque.

Mais Berne a manqué de persévérance. Selon d'anciens diplomates cités par la RTS, le Conseil fédéral de l'époque était plus occupé par les dédommagements qu'à chercher la vérité et les coupables.

Révélations

Quinze ans plus tard, des révélations de la RTS donnent la possibilité de rouvrir le dossier judiciaire: le commanditaire présumé de l'attentat, Mustafa Hamza, aurait été localisé. Il serait dans une prison au Caire pour des affaires de terrorisme, mais sans lien avec Louxor.

Le Ministère public de la Confédération a confirmé avoir des soupçons à l'encontre de M. Hamza. Il a indiqué qu'il incombe à l'Egypte, lieu de la commission des infractions, de le poursuivre sur le plan pénal.

Pas de cérémonie officielle

Le 17 novembre 2007, dix ans après l'attentat, une centaine de proches des victimes s'étaient recueillis dans une église à Kloten (ZH).

Aucune cérémonie officielle ne semble être prévue vendredi en Suisse - ni à Louxor, selon le Département fédéral des affaires étrangères. La Confédération saisit l'occasion pour faire part de ses condoléances aux proches des victimes.

La seule survivante romande est âgée aujourd'hui de 86 ans. Son témoignage avait fait le tour du monde à l'époque. Contactée, elle n'a pas souhaité s'exprimer.

ATS