Sauf avis de recherche, nous ne publions plus de photographies, vidéos ou articles d'auteurs d'attentats, afin d'éviter d'éventuels effets de glorification posthume. Les rendre anonymes, c'est les combattre !

mercredi 22 novembre 2017

L'assassinat de JFK : autopsie d'un coup d'Etat (1/7)


A  Jim Garrison

"Lee Harvey Oswald n'a jamais tué personne"
District Attorney Jim Garrison




Partie 1

L’assassinat de Kennedy revient régulièrement hanter le net, vous avez certainement pu le constater.

L’enquête, finalement, avance toujours, plus de 54 ans après les faits, avec la divulgation progressive de documents restés inédits éclairant les activités des services secrets américains durant cette période.  Ce que ne semblent pas avoir lu mes deux « références », partisans d’une version officielle verrouillée par un pouvoir qui ne peut et ne veut se remettre en cause, à moins d’effondrer tout un système axé sur la dissimulation et le mensonge, qui perdure comme on a pu le voir avec le prompt escamotage du cas Ben Laden.

Voici donc le fruit de mes longues recherches (échelonnées sur trois années au moins), qui vous promet quelques surprises, je pense, tant des éléments surprenants sont apparus ces cinquante dernières années.

Mon intérêt pour Kennedy est simple, à vrai dire : il provient de celui sur le 11 Septembre, car les deux affaires reposent sur les mêmes principes.  Ceux d’une dissimulation évidente des faits.

Un pays capable de supprimer son propre président n’en est pas à 3000 victimes anonymes près, comme à maintenir plus de dix ans la farce complète de la chasse à un terroriste mythique.  Et à créer de toutes pièces une capture pas moins manipulée, loin s’en faut.  On a menti sur toute la ligne sur l’assassinat de Kennedy.  On ne voit pas ce qui aurait pu empêcher de continuer à le faire… après une telle réussite ! Pour Kennedy, c’est simple, en effet : il n’y a que la solution du complot de… plausible !

Ce qui ne fait pas pour autant de moi un complotiste forcené, je le rappelle :  j’ai déjà assez écrit, ici ou ailleurs sur les dadas des complotistes de cet acabit (ovnis, chemtrails, crop-circles, et j’en passe !).

Tout a débuté dans la Baie des Cochons


Cela démarre non pas à Dealey Plaza (en tête d’article) mais avec l’épisode de la Baie des Cochons, opération américaine ratée contre Fidel Castro, et l’humiliation des mercenaires anticastristes prisonniers sur la plage après la défaite (cf photo ci-dessous).  Une tentative de renverser le pouvoir dans un autre pays.  « Beaucoup de choses ont été écrites sur le climat de méfiance créé par la politique vacillante de Kennedy sur Cuba. Kennedy a été amèrement blâmé par beaucoup pour avoir omis de fournir un soutien crucial à la Baie des Cochons, lorsque l’invasion a tourné à l’aigre.  L’idée moins connue, c’est que tout le monde ne partageait pas l’idée moderne que la résolution de la crise des missiles de Cuba avait été une réussite.



Le chef de la Force aérienne Curtis LeMay, avait clamé partout que je c’était « pire que la paix de Munich », charge spéciale étant donné que le père de JFK s’était montré opposé à l’entrée dans la Seconde Guerre mondiale (ps : comme beaucoup de personnes de la droite dure US, tel que… Lindbergh, qui était pro-nazi, ce qui situe aussi le père de Kennedy très à droite, ce que tous les historiens reconnaissent sans peine).

« L’armée avait proposé plus tôt en 1962 la création de prétextes pour une invasion de Cuba ( c’est « Opération Northwoods », sur laquelle je reviendrai un peu plus loin).  Les missiles avaient fourni à Kennedy une véritable raison d’envahir l’île, mais il avait choisi de ne pas le faire », note la Mary Ferell Foundation (dont le site regorge de documents passionnants à consulter).



Les militaires, on l’a vu, ont donc blâmé Kennedy pour l’affaire de la Baie des Cochons qu’ils espéraient voir réussir.  Les militaires, mais aussi ceux qui avaient fourni une bonne partie du contingent sacrifié, à savoir les réfugiés cubains opposés au communisme, dont le fief principal était la Floride et le secondaire la Nouvelle-Orléans; sans oublier la base aérienne d’attaque située au Nicaragua (voir plan ci-dessus qui décrit très bien le processus d’attaque prévu !).  Dans cet étouffoir, quel à été le rôle exact du seul accusé du meurtre de Kennedy, voilà qui est passionnant à étudier.  S’il demeure bien une énigme, c’est bien celle de la personnalité qui se cachait derrière Lee Harvey Oswald.

La chape de plomb imposée par Helms



Les auteurs de l’attentat sont à l’évidence à rechercher dans cette mouvance qui était celle qui exprimait une rancœur tenace contre JFK, rendu responsable de ce qui a bien été une reculade et une trahison en 1961.  Des documents sur eux ont été collectés après l’attentat, ce n’est pas ce qui a manqué.  Des enquêtes ont eu lieu et des témoignages ont été recueillis.  Mais rien n’a été utilisé ou révélé au public.


Ou fort peu, grâce notamment à des actions individuelles de citoyens demandant à l’Etat américain de répondre à des questions, comme le permet une loi précise, et non grâce à un vaste mouvement citoyen.  C’est au départ l’ancien directeur de la CIA, Richard Helms, directeur de la Central Intelligence Agency (CIA) de 1966 à 1973, qui a tout bloqué pendant des années.


La biographie de Thomas Powers sur Richard Helms,« L’homme qui a gardé les secrets », ne pouvait en effet pas avoir un titre plus approprié, tant notre homme a dissimulé d’actions douteuses.  D’abord, il est évident que c’est bien lui qui a supervisé de bout en bout l’élimination physique du dirigeant sud-vietnamien Ngo Dinh Diem, l’ex-chouchou du président américain Eisenhower (ils sont ici tous deux), et son jeune frère – et conseiller – Ngo Dinh Nhu, le 2 novembre 1963, soit à peine 20 jours avant la mort de Kennedy. L’analyse de leur élimination est pleine d’enseignements, et c’est pour cela que je vais tout d’abord y revenir.  Revenons donc sur les faits.


L’ambassadeur à Saïgon Henry Cabot Lodge avait été mis au courant avant l’élimination, en ne souhaitant pas recevoir Ngo Dinh Diem la veille de son assassinat.  Les deux hommes, embarqués dans un véhicule militaire US blindé M113 au sortir de la messe (ils étaient catholiques et non bouddhistes), sont lâchement abattus dans le véhicule blindé par des putschistes soutenus directement par Helms et la CIA.

Une CIA qui essaiera d’échafauder des thèses plus que farfelues pour expliquer leur mort dans ces conditions et à cet endroit (ils devaient être conduits à la base aérienne US de Tan Son Nhat), la pire du genre étant qu’ils se seraient « mutuellement suicidés » au fusil mitrailleur, dans ce petit espace clos !  Voilà qui vaut bien les explications sur la fameuse balle magique de Dallas !  La parution des photos de leur supplice mettra à mal les piteuses explications de Richard Helms, qui accusera alors leurs gardes du corps de les avoir supprimés.



Si les Diem étaient détestés (la femme de Ngo Dinh, la sinistre « Madame Nhu » avait dit du bonze Thich Quang Duc en juin 1963, qui s’était suicidé par le feu, quelle était prête à fournir la moutarde pour son « barbecue ») celui qui les remplace, Dương Văn Minh ne vaut guère mieux… mais il est favorable au moins au plan de Kennedy de retrait des troupes US.  Ce qui n’était pas pour plaire aux généraux américains, désireux de continuer le plus longtemps possible une guerre qu’ils estimaient gagnable et rentable pour leurs fournisseurs (dont ils recevaient en douce des subsides)… en méprisant totalement l’adversaire et son incroyable capacité de résistance et sa science de la stratégie de terrain.  Son architecte est disparu le 4 novembre 2013, salué par l’ensemble de la classe militaire.  Maladroitement, l’ambassadeur Henry Cabot Lodge (2) avait envoyé le 30 octobre 1963 à Washington, au Conseiller de Sécurité Nationale George Bundy l’information suivante : « quant à demander aux généraux, ils peuvent très bien avoir besoin de fonds au dernier moment, afin d’acheter de l’opposition potentielle.

Dans la mesure où ces fonds peuvent être transmis discrètement, je crois que nous devrions leur fournir, pourvu que nous sommes convaincus que le coup d’état proposé est suffisamment bien organisé pour avoir une bonne chance de succès « .   Spécifiant donc noir sur blanc que la CIA avait bien fourni l’argent (3 millions de piastres, environ 40 000 dollars de l’époque) aux complotistes pour qu’ils se débarrassent des frères Diem… le plus discrètement possible.  Le 2 novembre 1963, l’ambassadeur en recevant le putschiste Tran Van Don ne dissimulera même pas sa joie en s’exprimant (en français !)  « C’est formidable ! ».   C’était déjà une certitude : la CIA avait bien les moyens de recruter des hommes de main pour tuer des hommes d’Etat.  Ce qu’elle fera aussi sur une grande échelle en Amérique du Sud. c’est ce que démontrera également avec éclat la commission Church, une tentative de redorer le blason de la CIA, cet état dans l’état aux pouvoirs immenses.  Une tentative dont les conclusions de moralisation n’ont pas tenu longtemps, à vrai dire.

Organisation des assassinats


Le premier signe des préparatifs du coup d’État contre Diem remonte à août 1963, lorsqu’un agent de la CIA le colonel Lucien Conein (un français d’origine, né à Paris en 1919, et qui avait rejoint l’OSS, l’ancêtre de la CIA, pour préparer le débarquement), avait rencontré secrètement un certain nombre d’officiers de l’armée sud-vietnamienne de haut rang, tels les généraux Duong Van Big Minh, Tran Van Don, Le Van Kim et Tran Thien Khiem, tous décidés à renverser le régime, pour faire cesser les manifestations dans le pays.  Conein était un vétéran de la Seconde Guerre et de l’OSS, au sein du Jedburghs (associant OSS et British Special Operations Executive -SOE-, le pré-MI5 anglais) qui pouvait approcher Diem car il était en bons termes avec lui.  C’est lui qui avait servi d’intermédiaire entre les conspirateurs et l’ambassade américaine.


A la réunion, Minh avait évoqué d’emblée l’assassinat des deux, Diem et Nhu.  Lorsque l’ambassadeur Lodge avait appris le contenu de la réunion clandestine ; il l’avait aussitôt câblée à Washington.  A sa réception, Kennedy avait répondu en déclarant qu’il n’y avait pas de retour en arrière possible : c’était le feu vert donné à l’élimination physique des deux dirigeants.  Fait relevé par Spartacus International :  la branche de la résistance sur laquelle s’était appuyé Conein était… corse :  « Alors qu’en France Conein travaillait avec la « Fraternité Corse », une organisation sous-terraine alliée à la résistance.

Plus tard Conein a été dire :  » Quand les Siciliens ont un contrat, il est généralement limité à la zone continentale des États-Unis, ou peut-être au Canada ou au Mexique.  Mais avec les Corses, c’est international.   Ils vont partout.  Il y a un vieux proverbe corse qui dit : « si vous voulez vous venger et vous agissez dans 20 ans, c’est que vous agissez en toute hâte. « Avec la mort d’Adolf Hitler et la capitulation de l’Allemagne en Avril 1945, Conein avait été envoyé au Vietnam où il avait aidé à organiser des attaques contre l’armée japonaise ».



Lucien Conein deviendra un proche de William Colby, alors responsable de la CIA à Saigon.  Parmi ces contacts corses, on trouvait un certain Lucien Sarti, lié à Paul Modolini et Lucien Rivard, les partenaires du mafieux Santo Trafficante, responsable de casinos et du trafic de drogue à la Havane.



On retrouvera un temps Conein dans le bureau de Miami de la CIA, la célèbre JM/WAVE, en compagnie de Ted Shackley et William Harveyat, Conein étant aussi en relation avec E. Howard Hunt et Mitchell Werbell.  Il ne rejoindra la DEA que sous Nixon, où il s’occupera… de faire disparaître proprement quelques figures du milieu !

Un « spécialiste », aussi efficace qu’un drone actuel !  En haut de chapitre, serrant la main de LB Johnson, en 1961 (il est alors vice-président) c’est Ngô Đình Nhu, le frère de Ngo Dinh Diem : il a lui aussi été assassiné le 2 novembre 1963.  En photo ci-dessous, si l’on reconnaît bien Ngo Dinh Diem au milieu, et si l’homme à gauche est le Cardinal Spellman, c’est celui à droite dont on retiendra le nom : c’est Henry R. Luce, magnat de la presse US, né en Chine, à la tête de LIFE notamment, mais aussi de Time, de Fortune, et de Sports Illustrated, avec sa femme Clare Booth.

Se disant ne pas vouloir faire de politique, cet anticommuniste viscéral avait par le passé admiré les fascistes européens et n’avait laissé tombé Hitler qu’à la signature du pacte germano-soviétique.  Ses magazines influençant, bien sûr le choix électoral des électeurs… l’ouvrage « Henry R. Luce, Time, and the American Crusade in Asia » de Robert E. Herzstein décrit très bien cette ambition a réguler le monde, en commençant chez lui… par l’Asie, où il était né.  Une véritable obsession chez lui de la mission d’évangélisation politique et économique, voire religieuse, des USA dans le monde…

Dissimulation des assassinats


Kennedy avait pourtant offert aux frères Diem une porte de sortie qu’ils n’avaient pas su saisir ou accepter.  On ne peut effectivement pas comprendre son propre assassinat si on ne comprend pas la méthode insidieuse utilisée pour se débarrasser des deux frères Diem, décrite ici dans un morceau de bravoure assez savoureux :  « le plan suivant serait d’expédier les Diem à l’étranger.  Des plans ont été tirés pour qu’ils assistent à une réunion importante en Europe et ils ont même formellement reçu des invitations.  Un avion spécial les amènerait là-bas.  À l’approche de leur date de départ la CIA a chargé ses agents de travailler plus étroitement avec les nouveaux régimes potentiels. Cela a accéléré la désintégration de garde d’élite des Diem.  Ensuite, pour des raisons qui n’ont jamais été éclaircies, les Diem se sont rendus à l’aéroport mais arrivés devant, ils sont retournés en arrière et sont repartis dans leur voiture pour rejoindre rapidement leur palais.  Ils ne devaient pas avoir compris comment le jeu fonctionnait.  S’ils ne quittaient pas le pays, ils courraient à la mort.  Ils sont retournés dans un palais vide.  Tous leur gardes avaient déjà fui.  Le meurtre lui-même était une seule chose – « pour le bien de la cause « .  Les États-Unis et la CIA pouvaient s’en laver les mains, car ils ont reconnu ne rien à voir avec lui.  Comme tous les assassinats, il s’était juste produit, c’est tout ».  Tout avait été organisé, les tueurs payés, le piège prévu et refermé, sans jamais que la CIA organisatrice des meurtres n’apparaisse nul part.  Glaçant !!!

Le double jeu trouble de l’ambassadeur


La conversation entre Diem et Cabot Lodge (ici avec sa femme à Saïgon en 1963, photographié par LIFE, appartenant à Luce) avait été enregistrée à l’ambassade des Etats-Unis, et elle démontre toute la perversité du système mis en place, avec l’assentiment de JFK, Lodge évoquant à deux reprises quelques heures avant son élimination « la sécurité personnelle » de son correspondant :

Diem « Quelques unités de l’armée se sont révoltées et je vaudrais connaître l’attitude des Etats-Unis. »

Lodge : « Je ne me juge pas suffisamment bien informé pour vous répondre.  J’ai entendu la fusillade, mais je n’ai pas de renseignements sur les faits.  De plus, il n’est que 4 h 30 à Washington, il est donc impossible que le gouvernement des Etats-Unis ait un avis sur la question. »

Diem : « Mais vous devez avoir des idées générales sur la question.  Après tout, je suis un chef d’Etat ! J’ai toujours essayé de faire mon devoir.  Je veux à présent faire ce que le bon sens et mon devoir me commandent.  Je crois par-dessus tout à la vertu du devoir. »

Lodge : « Vous avez très certainement fait votre devoir.  Comme je vous le rappelais ce matin, j’admire votre courage et la grande contribution que vous avez apportée à votre pays.  Etant donné tout ce que vous avez fait, nul ne peut nier vos mérites.  A présent, c’est votre sécurité personnelle qui m’inquiète.  On m’a rendu compte que les responsables des événements en cours sont prêts à vous offrir, ainsi qu’à votre frère, des sauf-conduits pour quitter le pays, ceci à condition que vous démissionniez.  Etes-vous au courant ? »

Diem : « Non. (Une pause.)  Avez-vous mon numéro de téléphone ? »

Lodge : « Oui. Appelez-moi, je vous prie, si je puis faire quelque chose pour votre sécurité personnelle. » Diem : « J’essaie de reprendre la situation en main. »

(Cité dans « Le Dossier du Pentagone« , extrait de l’ouvrage « Les complots de la CIA » chez Stock, 1976).



Quand les USA tuaient leurs propres alliés


La suite est elle aussi connue.  La scène, surréaliste, est décrite page 207 dans « Des cendres en héritage » autre ouvrage indispensable :  Kennedy, qui joue avec ses enfants, enregistre en même temps sur son dictaphone un mémo destiné à ses proches conseillers, dans lequel il évoque ce qui vient de se passer à Saïgon.  « Seul dans le Bureau ovale, le lundi 4 novembre 1963, John Kennedy dicta un mémo sur le maelstrom qu’il avait déclenché à l’autre bout du monde :  l’assassinat d’un allié de l’Amérique, le président du Sud- Vietnam, Ngo Dinh Diem.  « Il nous faut assumer une grande part de responsabilité dans cette affaire », dit John Kennedy.  Il s’arrêta un moment pour jouer avec ses enfants qui entraient pour ressortir aussitôt, puis reprit :  « La façon dont il a été tué » – nouvelle pause – « a rendu cet acte particulièrement horrible ».  L’agent de la CIA Lucien Conein était l’espion de Kennedy parmi les généraux mutins qui assassinèrent Diem.


« Je faisais partie intégrante du complot », reconnut Conein des années plus tard dans un testament extraordinaire.  On le surnommait Black Luigi, et il avait le panache d’un bandit corse.  Engagé dans l’OSS, il avait été formé par les Britanniques et parachuté en France occupée.  En 1945, il gagna l’Indochine pour combattre les Japonais ; il était à Hanoï avec Ho Chi Minh et ils furent un moment alliés.  Il y resta ensuite pour devenir membre à part entière de la CIA.  En 1954, il était l’un des premiers officiers du Renseignement américain au Vietnam.  Après la défaite des Français à Dien Bien Phu, une conférence internationale partagea le Vietnam en deux, le Nord et le Sud.  Durant les neuf années suivantes, les États-Unis soutinrent le président Diem en qui ils voyaient l’homme capable de combattre le communisme au Vietnam.  Conein servit sous les ordres d’Ed Lansdale, le nouveau chef de l’antenne de la CIA à Saigon.  La mission de Lansdale était « assez vague, dit Rufus Phillips, de la CIA.


« C’était littéralement “Ed, faites ce que vous pouvez pour sauver le Sud- Vietnam” ».  Conein n’en aura pas vraiment fini pour autant avec  l’histoire intérieure américaine  nous apprend Spartacus:  « Conein a quitté la CIA en 1968 et il est devenu un homme d’affaires au Sud Vietnam.  En 1970, E. Howard Hunt a présenté Conein au président Richard Nixon.  Deux ans plus tard, Nixon a nommé Conein à la Drug Enforcement Administration, où il a dirigé une unité de collecte de renseignements et d’opérations.  William Turner et Warren Hinckle ont affirmé dans leur livre, Deadly Secrets, que ce travail comprenait «des complots pour assassiner les principales figures internationales de la drogue».



En 1972, E. Howard Hunt envisage d’embaucher Conein pour le groupe qui du cambriolage de 1972 Watergate au siège du Comité national démocratique.  Conein a ensuite dit à l’historien, Stanley Karnow: «Si j’avais été impliqué, nous l’aurions fait correctement. »  Or Conein, quel hasard, on va le retrouver aussi cité dans l’attentat de Dallas.  « Il a été suggéré que Conein aurait pu être impliqué dans l’assassinat de John F. Kennedy.  Dans son livre « The Last Investigation » (1993), Gaeton Fonzi souligne que Conein était étroitement lié à E. Howard Hunt et Mitchell WerBell, deux hommes soupçonnés du crime.  Joseph Trento a également souligné que Conein a travaillé avec Ted Shackley et William Harvey à la station JM / WAVE CIA à Miami en 1963″ ajoute Spartacus.  Mais l’homme semblait bien ne pas avoir quitté Saïgon à l’époque…

Du grand art


Tout s’était passé à Saïgon sans que jamais la CIA n’apparaisse, en tout cas : du grand art.  Ne restait plus qu’à masquer les responsabilités.  Lorsque Helms sera interrogé par le Congrès, il niera complètement être intervenu, bien sûr.  Il refera la même chose en 1973 après l’assassinat d’Allende, mais cette fois avec beaucoup moins de succès (il sera alors obligé de démissionner).  Des documents déclassifiés en 1998 montreront que la CIA était pour beaucoup, en effet, dans la chute d’Allende, avec le « Project FUBELT« , à savoir toute une organisation d’actes de sabotages et de terreur dans le pays que l’on connaîtra aussi sous le nom plus générique, touchant d’autres pays, d’Operation Condor.

C’est bien la CIA et Kissinger qui avaient eu la peau d’Allende, nul ne peut le contester de nos jours (à droite Allende et Castro (3).  Helms suivra de près tout ce qui sera lié à l’événement de Dalllas :  le juge Jim Garrison notera dans son livre qu’il tenait une réunion journalière durant le procès de Clay Shaw, alors accusé d’être une partie du complot ayant mené à l’assassinat…


C’est Victor Marchetti, ex responsable de la CIA, qui avait fait la confidence à « True Magazine » en 1975 (voir page 224 du livre cité).  Lors de ses réunions, Helms avait dit à plusieurs reprises selon lui « est-ce que nous leur apportons toute l’aide dont ILS ont besoin » ?

Helms, l’homme qui se cachait derrière des assassinats d’hommes d’Etats, est aussi un élément clé de la dissimulation du rôle de la CIA dans la mort de Kennedy.  Il a en effet gardé constamment le dossier de George Joannides et ses connexions secrètes avec les exilés cubains durant les quatre enquêtes successives sur l’assassinat de Kennedy.  Il est mort en 2002 en emportant ses secrets dans sa tombe… ou presque.

Or ce fameux Johannides, dont on refuse toujours 50 ans après d’ouvrir le dossier malgré les demandes répétées d’un journaliste tenace, est un élément clé de la mort de JFK.  A ce jour, cela reste la pierre d’achoppement principale des demandes réitérées au nom de la liberté de savoir.  Le dossier Johannides est en effet celui qui peut confirmer ce dont on se doute désormais depuis des années :  Oswald était bien un agent de la CIA, qui se serait fait tout simplement berner par ses commanditaires.  Le pigeon parfait, pour résumer ce qu’il avait été.

L’approche des assassins potentiels de Castro


L’extraordinaire de l’assassinat de JFK est qu’au départ ce n’était pas lui qui était visé, et que c’est Kennedy lui-même qui a mis en marche un engrenage et toute une organisation bien rodée qui lui sont retombés dessus.

Les frasques sexuelles de Kennedy (révélées par Seymour Hersh) et de son clan bien trop méprisant semblent avoir beaucoup embrumé son discernement et sa vigilance lors du voyage de Dallas.

L’équipe de Kennedy n’avait visiblement pas saisi la dangerosité de l’endroit où elle mettait les pieds, le Texas étant aux mains de ces pétroliers dont la plupart étaient soit d’extrême droite soit pro-hitlériens, ouvertement.  Des symptômes d’hostilité montante auraient dû davantage l’alerter, comme aurait dû l’interpeller les agissements de son propre co-listier avec qui il avait des relations exécrables.

Le choix de son second était un pur calcul politique, Kennedy ayant choisi de s’allier à son pire adversaire au sein de son propre parti, en croyant ainsi pouvoir mieux le contrôler.  Il devait le freiner tout le temps, ce que résume bien un seul cliché, visible ci-dessus.  Un calcul délicat et une cohabitation toujours au bord de la rupture sur beaucoup de sujets, notamment la guerre, qui avait en la personne de Johnson un chaud supporter.

L’homme étant fort lié aux industriels texans de l’industrie militaire.  Kennedy aurait dû prendre en compte l’hostilité à sa venue de la mairie de Dallas, pour une raison que l’on va découvrir dans cette enquête.



Le parcours que devait emprunter le véhicule présidentiel avait été modifié pour passer en faisant un détour devant la bibliothèque… et le tertre de verdure pour offrir une cible plus avantageuse aux comploteurs.  Étrange paradoxe en effet.  Les fameux réfugiés cubains sur lesquels il avait bâti une armée de bric et de broc s’étaient retournés contre lui, bien manipulés par la CIA en cheville directe avec les militaires, tous désireux de se débarrasser d’un président perçu comme hostile, des mafieux recrutés à l’extérieur fournissant les porte-flingues.  Tout était en place…

Au départ c’était Fidel qui était visé


D’abord, donc, ce n’est pas JFK qui était visé par un attentat, donc… mais Fidel Castro, dont l’assassinat était programmé par la CIA… et par Kennedy, qui avait déjà donné son plein accord.  Les historiens sont tous d’accord sur le sujet.  Le sort de Fidel Castro était chez lui franchement obsessionnel.  Un ouvrage affirmera que la CIA s’était bien cassée la tête sur le sujet, en proposant pas moins de 634 façons différentes de l’éliminer, selon Fabián Escalante (dans « Executive Action : 634 Ways to Kill Fidel Castro (Secret War) »  !!   Le problème c’est que le compte, sidérant, y était en effet !


Dans le Chicago Tribune, de juillet 1992, on trouve un indice intéressant avec un texte sur l’approche précautionneuse des exilés cubains, et même des gens en place sur l’île, durant le mandat de JFK.  « En juillet 1962, la CIA a fait une percée importante dans ses plans d’assassinat quand elle a été établi contact avec Rolando Cubela (ici sur la photo), qui était devenu maintenant un haut fonctionnaire du gouvernement cubain (…).

En mars 1961, Quand Cubela à rencontré un homme de la CIA à Mexico, l’agence avait reçu plusieurs rapports de son intention indirecte de faire défection au communisme et à Fidel Castro…  » Tout avait été défini, même les noms de code : AM/LASH pour Cubela et JM/WAVE pour son contact.  En fait, JM WAVE était le nom de code de la station de la Central Intelligence Agency de Floride, qui pilotait donc toute l’opération.  À croire qu’on ne s’en cachait pas trop à l’époque !  À sa tête il y avait le redoutable Theodore G. « Ted » Shackley, Jr (« The Blond Ghost« ), omniprésent et dirigeant plus de 400 personnes en relation avec 2000 exilés et possédant près de 400 navires disponibles.

Il avait une vraie machine de guerre sous ses ordres !  A ses côtés, comme chef du « Psychological Warfare » on trouve George Joannides, celui que l’on a déjà évoqué.


Dans ces tentatives, des proches de Fidel avaient été « naturellement » approchés.  Les plans d’élimination physique changeront plusieurs fois de suite, et même encore pendant l’année 1963 : « FitzGerald et Nestor Sanchez et Cubela se sont réunis à Paris le 29 octobre 1963.  Cubela a demandé un « fusil de forte puissance avec silencieux avec une portée effective de centaines de mètres » pour tuer Fidel Castro.

La CIA a refusé et a insisté pour que sur place Cubela utilise plutôt le poison.  Le 22 novembre 1963, FitzGerald lui remettra un stylo / seringue.  « On m’a dit d’utiliser le Black Leaf 40 (un poison mortel) pour tuer Castro » dira-t-il.  Comme Cubela quittait la réunion, j’ai été informé que le président John F. Kennedy venait d’être assassiné…

Tout le monde aura noté l’arme souhaitée au départ, et le mode d’élimination choisi.  Comme plus tard Castro racontera tous les préparatifs contre lui, avec force détails, on se demandera si Cubela n’avait pas joué durant tout le temps de l’approche des agents doubles.  En fait, il sera arrêté le 1er mars 1966 par ses coreligionnaires, et sera condamné à mort, mais ne sera pas exécuté. Il sera même autorisé à quitter l’île pour aller vivre librement en Espagne !  Ce qui laisse entendre plein de choses en effet !  Plus tard, un ouvrage sensationnel (et fort savoureux) expliquera que les cubains ont fait entretenir par une CIA une bonne vingtaine d’agents de Castro sans jamais s’apercevoir qu’il s’agissait d’agents doubles (3) !

L’enjeu que représentaient ces cubains exilés était donc énorme : le pouvoir américain comptait beaucoup sur eux pour rééditer le coup du Viet-nam.  Dans les débats télévisés qui joncheront la campagne électorale de 1960, leur poids représentera un boulet pour chacun des prétendants à la fonction suprême, car il leur sera difficile de parler de préparatifs d’opérations dans lesquels le gouvernement US n’était officiellement pas présent.  C’est dans ce décor pas mal glauque, dès le départ, qu’émergera le nom de Lee Harvey Oswald, ce que nous verrons plus tard, si vous le voulez bien.

(1) Selon Oliver Stone, il aurait reçu un témoignage d’un mourant voulant soulager sa conscience, un ancien membre du service d’ordre de Kennedy qui aurait sur son lit de mort avoué.  A l’heure où vous lisez ces lignes, l’ouvrage est sorti depuis longtemps en librairie, sans avoir eu de succès, en réalité, si bien que j’y consacrerai (peut-être) un épisode le long de cette saga.  Quoique la thèse me semble complètement… ridicule !

(2) il faut savoir qu’Henry Cabot Lodge entretenait une relation spéciale avec John Kennedy, car il avait aussi été son adversaire en politique, l’homme ayant été choisi comme colistier (républicain donc) par Richard Nixon en personne.  Cabot Lodge pouvait en vouloir doublement à JFK : au début de la carrière politique de l’ancien héros du PT-109, c’est grâce à la défaite de Cabot Lodge que Kennedy était en effet devenu député !

(3) on trouvera plus tard un autre élément plus que troublant sur l’implication de la CIA dans la mort d’Allende.  JohnMcCone, devenu responsable de la CIA sous Kennedy avait accordé 20 millions de dollars à ses opposants.  Devenu dirigeant d’ITT, il avait offert personnellement 1 million de dollars aux opposants, dont 400 000 directement à Jorge Alessandri, ancien président et candidat ayant perdu face à Allende, avec le plein accord de Kissinger… Allessandri deviendra président du Conseil d’État préparant la nouvelle constitution après le coup d’état de Pinochet.

(3) le livre, savoureux, s’intitule… « Nos agents à la Havane« , de Jean-Marc Pillas.



On peut aussi regarder l’amusant « Notre homme à la havane« , adaptation du livre de Graham Greene, qui montre bien de façon drôle ce qu’étaient les casinos ou les bars à La Havane, avant Fidel Castro,  sous la dictature de Batista, et le petit jeu de l’espionnage ) – anglais ici – plutôt incompétent dans l’île.  Alec Guinness fait office d’espion dans le film : il vend en fait des aspirateurs dans la capitale !  « Par mollesse, par incapacité de prendre une décision, fût-ce celle d’un refus, il se laisse enrôler comme agent des services secrets britanniques.  Wormold, abandonné par sa femme, élève seul leur fille Milly, jolie adolescente qui a des goûts dispendieux.  Wormold n’aura aucune activité d’espionnage, mais amassera pour sa fille un pécule en envoyant des rapports et des notes de frais concernant ses missions et celles des collaborateurs qu’il prétend avoir recrutés ; missions et agents sont purement imaginaires ; seul son compte en banque est réel ».  Une vision du MI6 (et de la CIA, indirectement) vue comme dispendieuse et surtout inefficace, dont les relents apparaissent lors de l’affaire de Dallas, tant les services secrets US accumuleront les interventions sans intérêt ou à côté de la plaque.


Partie 2

Si l’on cherche l’origine de la mort de Kennedy, la rancœur des militaires et du responsable de la CIA limogé, l’omniprésent Allen Dulles, les deux jouent un rôle très important.

Durant la campagne électorale Nixon-Kennedy, les deux leaders joueront au chat et à la souris avec ce qu’il savaient des opérations en préparation pour renverser Fidel Castro, ce que tous deux souhaitaient ardemment, mais à condition d’en tirer avantage personnel.  Les voilà donc à s’espionner mutuellement pour savoir ce que l’autre va dire à la télévision sur le leader cubain, Dulles fournissant les informations au compte-gouttes aux deux partis… mais en tablant semble-t-il sur l’élection de Kennedy davantage que sur celle de Nixon, directement renseigné par la frange extrémiste de son parti, proche des anti-castristes.

Les téléspectateurs verront débattre pour la première fois sur leurs écrans deux leaders qui dissimuleront ce qu’ils savaient réellement de ce qui se tramait pour Cuba.  Présenté souvent comme une victoire de la démocratie, ce genre de débats biaisé fut en fait l’entrée de plein pied dans le monde de la parfaite duplicité électorale !

Une forme de surréalisme, à bien réécouter ce qui a pu être dit par les deux candidats ; les deux dissimulant habilement aux téléspectateurs et à leur adversaire ce qu’ils savaient vraiment !

La Baie des Cochons, le dilemme des républicains, et le boulet des démocrates



On ne comprend pas non plus le cheminement à l’élimination de Kennedy si on n’étudie pas la déception considérable qu’avait causée l’expédition ratée de la Baie des Cochons, véritable humiliation que Kennedy devra avaler et subir à peine débarqué à la Maison Blanche (l’événement à lieu le 17 avril 1961, et Kennedy a prêté serment le 20 janvier).  L’embarras est à la une des journaux et des magazines, et il durera tout au au long du mandat de Kennedy.



Deux ans encore après les faits, le magazine LIFE, fort peu amène avec JFK, malgré les « unes » vantant le nouveau style présidentiel façon pré-people, faisait encore le 10 mai 1963, deux éditos ainsi libellés : « c’était la Baie des Cochons : les hommes qui ont combattu.  Récit vu sur place de l’histoire de la protection intégrale prévue dans une bataille où tout va aller mal et qui révèle les erreurs de calcul choquants qui ont produit le Fiasco.  Par John Dille.

Washington recherche dans sa mémoire pour les réponses.  Par Tom Flaherty ».

Le plus méconnu de l’affaire du débarquement raté de la Baie des Cochons, c’est l’enjeu qu’elle avait pu auparavant représenter, lors de l’élection de 1960, où s’opposèrent vivement Kennedy et Nixon, le second perdant ses débats télévisés en raison d’un manque de charisme flagrant, JF Kennedy ayant joué sur le « look » et l’allure en préfigurant le côté « people » qui est devenu la marque de fabrique de tous ses successeurs ou presque.



Eisenhower, un républicain, ayant promu l’invasion en fournissant armes et matériels à des exilés revanchards, les deux candidats en lice à sa succession se disputaient à la télévision à l’avance la paternité d’une éventuelle intervention qui ne devait être qu’une formalité, mais que le manque de préparation des exilés avait hélas retardée.

Dans l’indispensable « Le gouvernement secret des USA » de Robert Wise, on en apprend de belles en effet sur le combat feutré entre Kennedy et Nixon.  Par exemple, avec un fax balancé par JFK à quelques heures du 4eme débat télévisé (celui qui fera verser l’opinion en faveur de Kennedy dans l’élection la plus serrée de toute l’histoire des USA, gagnée on le sait à l’aide de l’influence de la mafia et des dollars du père de Kennedy). John Kennedy, plus « télégénique » que Nixon, tentait alors de prendre de vitesse son adversaire sur son propre terrain, les républicains étant par principe proches des initiateurs du projet d’invasion.  Et ce terrain, c’est celui des exilés cubains désireux de revenir vainqueurs à la Havane.


JFK ne tablait pas que sur son look de jeune premier.  Tous les coups ont été en effet tentés entre les deux opposants politiques lors des débats télévisuels, premiers du genre.  Un conseiller de Kennedy, William Atwood, était chargé de surveiller attentivement les préparatifs de l’invasion des anticastristes, faits par des gens plus proches des républicains que des démocrates. « Attwood appelait St George pour avoir des renseignements sur le degré d’entraînement des exilés cubains.



Selon St George, Attwood exprima la crainte que les républicains ne tentassent de lancer l’invasion de Cuba avant le jour de l’élection.

Toujours selon St George, la question que le collaborateur de Kennedy avait en tête, ce n’était pas s’il y aurait une invasion, mais quand elle aurait lieu.  St George répondit à Attwood que les chances en faveur d’une invasion imminente lui paraissaient minimes, à en juger par le degré d’alors de l’entraînement des exilés.  Cette information fut communiquée à Robert Kennedy, qui servait de manager à la campagne de son frère.  A un moment donné, les stratèges de Kennedy avaient âprement discuté de la possibilité que le candidat prononçât un discours anticipant l’invasion qui semblait très proche, et neutralisant par là son effet politique.  L’idée d’un discours officiel fut cependant abandonnée quand l’enquête d’Attwood révéla que, selon toute vraisemblance, l’invasion n’aurait pas lieu avant le jour de l’élection ».  L’enjeu de qui récupérerait une opération que tous les camps politiques estimaient immanquable était considérable en effet.

Qui rejetait alors Castro à la mer était certain de faire deux mandats !  L’image en revanche de prisonniers américains, en cas d’échec, serait un désastre !  Et c’est hélas la seconde image que l’on allait avoir, plombant dès le départ le mandat de Kennedy …


La presse, et le magazine Life, prennent parti


Derrière cette guerre des nerfs s’en cachait une autre.  Celle qu’alimentait la presse partisane, et spécialement le magazine LIFE, aux mains d’un couple aux idées (très) larges dans les années trente, capable d’aider à la fois les insurgés espagnols contre le franquisme, ou pour le mari d’avoir soutenu au départ Hitler, mais devenu violemment anticommuniste après guerre.

« Clare Boothe Luce et Henry Luce étaient forts adversaires de Fidel Castro et son gouvernement révolutionnaire à Cuba.  Ils se sont joints à Hal Hendrix , Paul Bethel, William Pawley (on reparlera de lui ici), Virginie Prewett, Dickey Chapelle, Edgar Ansel Mowrer, Edward Teller (le faucon de la bombe atomique, inventeur de la bombe H), Arleigh Burke, Leo Cherne, Ernest Cuneo Sidney Hook, Hans Morgenthau et Frank Tannenbaum pour former le Comité des Citoyens de Cuba libre (FCMII) .

Le 25 Mars 1963, la FCMII avait publié une déclaration : « Le Comité est non partisan.  Il estime que Cuba est une question qui transcende les différences de parti, et que sa solution exige l’unité nationale, celle que nous avons toujours manifestée dans les moments de grande crise… cette croyance se reflète dans la composition large et représentative de la commission « .

Une belle profession de foi, mais suivie d’actes un peu moins idylliques, le soutien effectif à des groupes armés, dont un en particulier : « la famille Luce a également financé Alpha 66.  En 1962, Alpha 66 a lancé plusieurs raids sur Cuba.  Cela comprenait des attaques sur les installations portuaires et les navires étrangers ».


L’auteur de « Deadly Secrets : The CIA-Mafia War Against Castro and the Assassination of JFK (1981) « soutient que Clare et Luce Boothe ont financé l’un des bateaux utilisés dans ces raids :   » La blonde anti-communiste a pris une participation maternelle pour les trois hommes d’équipage , elle les a adoptés … elle les a amenés à New York trois fois pour les materner « .


On comprend soudain mieux la couverture de ce début d’épisode, ou le nombre important de reportages sur les lieux d’entraînement… qu’indirectement le magazine versé très à droite désormais finançait !

Parmi les relations du couple, on note aussi Arlen Dulles, le responsable de la CIA.  On peut voir ici en photo Henry Robinson Luce, Allen Dulles, Clare Boothe Luce (alors ambassadrice en Italie) et Billie Cassady, à bord du yacht « Niki ».  Le couple gravitait constamment dans les sphères du pouvoir, elle, en tant qu’ambassadrice ou ex-ambassadrice, se prenant pour une star de l’écriture théâtrale (ses premières pièces seront des échecs) reconvertie en prêtresse de la mode et de condition féminine, lui en chevalier d’une croisade catholique en Orient, et de la prééminence des USA dans le concert mondial.  Leur influence sera catastrophique dans les médias, car ils manipuleront et leurs lecteurs et les hommes politiques qui avaient le tort de leur prêter une oreille.  Il haïssaient ouvertement les Kennedy, vécus par eux comme des pervers, sans morale, et des arrivistes (ce qu’ils étaient aussi !)

Le retour des Flying Tigers 


Clare Booth Luce, donc, et William Pawley, un multi-millionnaire de Miami, ancien de la Curtiss-Wright Corporation, devenu ambassadeur d’Harry Truman au Pérou en 1945 et au Brésil en 1948 (où il était informateur du FBI), et ancien propriétaire des bus de La Havane et des compagnies aériennes cubaines avant Castro (il était proche de Fulgencio Batista), un homme qui avait surtout un beau passé militaire.

C’est en effet lui qui avait aidé le général Claire Chennault, alors rejeté par l’armée, ami de Chiang Kai-shek, de former les « Tigres Volants » d’origine pendant la Seconde Guerre mondiale pour aller se battre en Chine contre les japonais.  Il avait aussi organisé les transports à base de DC-2 et de C-46 vers la Chine avec Tommy Corcoran.


Il a également été ambassadeur des États-Unis au Brésil et au Pérou.  Proche de la CIA partisan de « l’Executive Action« , pour tuer les responsables étrangers jugés gênants, ami d’Allen Dulles (et d’Eisenhower), c’est lui qui en fait avait persuadé Clare Booth Luce de financer une flotte de bateaux à moteurs pour attaquer Cuba…. un peu comme les Flying Tigers avaient combattu les Japonais : on reverra des symboles similaires (crânes de pirates ou dents de requins) sur les bateaux des exilés  !

La blonde intriguante à la plume d’acier (en photo ici à droite avec Eisenhower) avait ses entrées en effet, et jusqu’au fin fond des services secrets :  on raconte qu’elle aurait vu les photos prises par l’U-2 au dessus de Cuba, montrant les missiles, au Centre national d’interprétation photographique des armées, avant même qu’elles ne soient révélés au président Kennedy !



Fait à ne pas oublier durant la lecture de toute cette série :  le couple Clare Boothe Luce et Henry Luce était viscéralement opposé à JFK :  or ce sont eux qui achèteront plus tard pour LIFE  le film de Zapruder… pour finalement ne pas le montrer, ou quand ils accepteront qu’il puisse être vu, ce sont eux qui charcuteront la scène où le président recevait une balle… tirée en plein front, de face.

Avaient-ils perçus tout de suite que la divulgation immédiate du film intégral ruinait le rapport Warren ?  Sans aucune hésitation !

Quelle était en ce cas leur degré d’implication pour désirer autant falsifier l’histoire ???

Le document du 5 novembre 1963 qui dit le contraire de la télé


Kennedy l’avait bien compris, semble-t-il, cette importance cruciale des préparatifs de l’invasion de Cuba.

Mais cela c’était pour la façade : en secret, il tablait déjà sur une autre option… située à l’inverse de ce qu’il prônait alors à l’extérieur ou en meeting !  Car Kennedy jouait constamment sur les deux tableaux.  On découvre tous les jours des documents étranges, lorsque l’administration US veut bien les lâcher.

Celui obtenu en 2003, par Peter Kornbluh, un analyste du National Security Archive à Washington est un joyau véritable, qui évoque un tout autre rôle pour son envoyé Attwood. Selon ce document, en, effet, Kennedy envisageait l’inverse même de l’opération de la Baie des Cochons en 1961 et ce, au même moment !

« Les recherches de Kornbluh vont à l’encontre d’une opinion récente comme quoi JFK aurait été un conservateur. En fait, Kennedy s’est approché plus près de la normalisation des relations avec le gouvernement communiste de Castro à Cuba que n’importe quel président américain depuis Jimmy Carter à la fin des années 1970.  Sur la bande enregistrée, JFK discute de la possibilité d’envoyer un haut diplomate américain, William Attwood, à La Havane pour une réunion secrète avec Castro.  L’ordre du jour de la réunion était : parler  » des termes et conditions d’un changement dans les relations avec les Etats-Unis .  »

Selon le chercheur « l’assassinat de JFK a tué les efforts d’escalade vers des négociations en 1963 qui, en cas de succès auraient pu changer les décennies qui ont suivi d’hostilité perpétuelle entre Washington et La Havane.



« Le journaliste français Jean Daniel (directeur du Nouvel Observateur), approché par Pierre Salinger, participera lui aussi à ces tentatives de rapprochement, il ira même rencontrer Castro à l’hôtel Riviera photo Marc Riboud de Magnum) pour lui proposer de rencontrer Kennedy, mais la mort de ce dernier mettra fin à la proposition.

Kornbuch décrivant plus loin le frère de Kennedy qui en avait fait part à l’Armée et à la CIA, ce qui n’était peut-être pas très judicieux :  « Kornbluh cite le procureur général Robert Kennedy, qui a dit à un groupe de haut niveau de responsables de la CIA et du Pentagone au début de 1960, que « la priorité absolue dans le gouvernement des États- Unis – tout le reste est secondaire – nous de devons pas épargner de temps, d’argent, ou d’efforts, pour le faire » à savoir de trouver une« solution » au problème de Cuba.  L’avis du président, selon le compte-rendu de la CIA à la réunion, était que  » le dernier chapitre (à Cuba) n’avait pas encore été écrit.  »


L’auteur révèle aussi qu’en face, contrairement à l’opinion perçue habituellement, on n’y était pas opposé :  « Castro est également apparu intéressé.

Dans les journaux télévisés de mai 1961 sur ABC, dans une émission spéciale sur Cuba, Castro avait dit à la correspondante Lisa Howard qu’il considérait un rapprochement avec Washington « possible » si le gouvernement des Etats- Unis le souhaitait.  Dans ce cas, a-t-il dit, « nous serions d’accord pour chercher et trouver une base pour l’amélioration des relations »…

Robert Kennedy ayant donc averti dès 1962 l’armée et la CIA que c’était la normalisation des relations qui était prévue…. se mettant automatiquement à dos les deux organismes, envahis par des anticommunistes virulents.

De quoi signer un arrêt de mort, quand on a affaire à un gars comme Curtis LeMay !

Une âpre bataille Kennedy-Nixon



Pour l’instant, en 1960 on en est encore loin de cet espoir de paix.  Le problème des exilés cubains, baptisés pompeusement « Combattants de la Liberté » par les américains anticommunistes, alors qu’ils n’étaient souvent que des mercenaires ou des repris de justice, et de ce qu’ils allaient faire ou non, était en effet devenu un enjeu crucial de l’élection de 1960.

Autant ne pas chercher à décevoir à ce moment là l’opinion publique qui était alors favorable en masse à une invasion de l’île : et c’est exactement ce que firent les deux candidats.  Mais ce soir là on eut droit aussi à une belle joute, dans laquelle Nixon fut plus que méritant : il roula même Kennedy dans la farine !

« Mais le problème cubain n’en fut pas pour autant laissé de côté.  Le 20 octobre, les pistes de Kennedy et de Nixon se croisèrent à New York, où tous deux se préparaient pour leur quatrième et dernier débat télévisé du lendemain soir.  Dans l’après-midi, les journalistes accrédités auprès du candidat démocrate apprirent qu’il leur serait remis un important communiqué de Kennedy.  La distribution de ce texte subit quelque retard, et quand les exemplaires ronéotypés finirent par arriver dans la salle de presse du Biltmore Hotel, il était plus de dix-huit heures.

Sur la dernière page, les journalistes lurent ces phrases essentielles :  « Nous devons nous efforcer de raffermir les forces démocratiques non-Batista et anti-Castro en exil, et à Cuba même, qui offrent l’espoir final de renverser Castro. « Jusqu’ici, ces combattants pour la liberté n’ont pratiquement reçu aucun soutien de notre gouvernement », disait solennellement Kennedy.



L’heure était toujours à une solution militaire, donc, pour Nixon comme pour Kennedy, les deux marchant alors dans le sens du vent de l’opinion américaine, et Kennedy avait choisi ce soir là de tenter de dynamiter son adversaire en s’appropriant carrément les efforts en douce de Nixon, qui n’aurait plus qu’à contenir sa rage, ce qu’il fit très bien d’ailleurs.

« Au Waldorf-Astoria, à huit blocs de là, l’effet sur Nixon fut immédiat et explosif.  Un an et demi plus tard, dans son livre « Six Crises », Nixon écrivit que, lorsqu’il lut la déclaration de Kennedy au Biltmore, il devint « fou » l’entraînement clandestin des Cubains en exil par la C.I.A. était, pour une partie substantielle au moins, la conséquence de ses efforts, cette politique avait été adoptée à la suite de son intervention personnelle.

« Maintenant, estimait Nixon, Kennedy essayait de se prévaloir d’une politique que le Vice-Président proclamait sienne ».  Nixon raconte qu’il ordonna à Fred Seaton, secrétaire à l’Intérieur et conseiller de Nixon pour la campagne, d’appeler immédiatement la Maison Blanche sur la ligne de sécurité et de découvrir si oui ou non Dulles avait informé Kennedy du fait que, depuis des mois, la C.I.A. non seulement avait soutenu et aidé les Cubains en exil mais les entraînait réellement dans le dessein de les lancer dans une invasion de Cuba.


«  Seaton vint me rapporter la réponse une demi-heure plus tard : Kennedy avait été informé de cette opération « . Kennedy, continua Nixon, se faisait donc l’avocat de « ce qui était déjà – secrètement – la politique du gouvernement américain et Kennedy avait été informé… Kennedy était en train de compromettre la sécurité de toute l’opération… »

Je ne pouvais faire qu’une seule chose.  Il fallait que l’opération clandestine fût protégée à tout prix.  Je ne devais même pas suggérer par des sous-entendus que les États-Unis accordaient leur aide aux forces rebelles dans et hors de Cuba ». « En fait, je devais aller à l’autre extrême : attaquer comme nuisible et irréfléchie parce qu’elle violerait nos engagements diplomatiques la proposition Kennedy visant à fournir une aide pareille ».  Le lendemain soir, au cours de leur quatrième débat dans le studio de télévision de la chaîne ABC à Manhattan, Nixon sauta sur la proposition Kennedy qu’il qualifia de « dangereusement irréfléchie ».  Il déclara qu’elle était en contradiction avec « cinq traités » entre les États-Unis et l’Amérique latine ainsi qu’avec la charte des Nations Unies.

Le camp Nixon fut aux anges.  Toute la journée du lendemain, tandis que le candidat républicain effectuait sa tournée électorale dans la Pennsylvanie orientale, des membres de l’état-major de Nixon laissèrent percer leur sentiment qu’en fin de compte Kennedy avait commis une grave erreur. »  Toute cette effervescence était plutôt adroite de la part de Nixon, qui entraînait Kennedy sur la pente glissante d’avoir à révéler d’où provenaient ses informations :  Kennedy entretenait des relations suivies avec la CIA depuis toujours, comme le notera Hersh.

Le petit milieu New-Yorkais des personnes influentes que fréquentait sa famille avait tissé des liens depuis longtemps, initiés par le père dont l’hostilité à Roosevelt avait valu quelques amitiés dans la frange droitière de la CIA.  A peine si on avait noté dans cet incroyable jeu de billard politique ou celui qui devait supporter le plus l’invasion reprochait à son adversaire de la préparer en secret, et de mensonges réciproques, le rôle trouble d’un homme :  Allen Dulles, qui avait déjà choisi de jouer sur les deux tableaux, en travaillant toujours pour Eisenhower, toujours son président…. et en informant en douce l’adversaire de son successeur désigné… au cas où celui-ci gagnerait les élections !  du machiavélisme ?  oui, car Dulles l’était bien, machiavélique !  Ce qu’il ignorait, c’est que Kennedy l’était tout autant, machiavélique !!!

Nixon, bien plus au courant qu’on ne le croyait


Lors des débats télévisés, chacun des adversaires avait soigneusement caché à l’autre ce qu’il savait de l’adversaire.  Et Richard Nixon en savait beaucoup, c’est évident.  Le vice-président du moment était en effet à l’origine du « Groupe des 40« , qui rassemblait des exilés cubains et des mercenaires désireux de renverser militairement Castro.

« Tricky Dicky » le surnom qu’il gagnera lors du Watergate était déjà l’œuvre, en manigançant en douce une intervention dans laquelle la CIA était directement impliquée.  Le groupe était présidé par Richard Nixon et incluait l’amiral Arleigh Burke, Livingston Merchant, du Département d’Etat, le conseiller à la sécurité nationale Gordon Gray, et bien entendu Allen Dulles, de la CIA.

A la tête du mouvement, côté CIA, on trouvait « Tracy Barnes (qui) a fonctionné en tant que chef de la Task Force cubaine (c’est un ancien de l’Office of Strategic Services ou OSS, l’ancêtre de la CIA).  « Il a convoqué une réunion le 18 janvier 1960, dans son bureau à Quarters Eye , près du Lincoln Memorial à Washington, qu’avait prêté la Marine à la CIA tandis que de nouveaux bâtiments étaient construits à Langley.

Ceux qui se sont réunis, il inclut l’excentrique Howard Hunt, futur chef de l’équipe du Watergate et un écrivain de romans policiers et égocentrique, Frank Bender, un ami de Trujillo, Jack Esterline, qui était venu tout droit du Venezuela où il a dirigé un groupe de la CIA; l’expert psychologique de la guerre David A. Phillips , et d’autres participants (…) L’équipe responsable des plans pour renverser le gouvernement de Jacobo Arbenz au Guatemala en 1954 était reconstituée, et dans l’esprit de tous ses membres ce serait donc une répétition du même plan.  Barnes a parlé longuement des objectifs à atteindre.

Il a expliqué que le vice-président Richard Nixon était « le responsable du dossier cubain », et qu’il avait réuni un groupe important d’hommes d’affaires dirigé par George Bush [Snr.] et Jack Crichton, deux pétroliers texans, pour recueillir les fonds nécessaires à l’opération.  Nixon était un protégé du père de G.W. Bush, qui en 1946 avait soutenu la candidature de Nixon pour le congrès. En fait, Prescott Bush était le stratège de la campagne qui avait porté Eisenhower et Nixon à la présidence des États-Unis.  Avec de tels clients, Barnes était certain que l’échec était impossible… »

La CIA à côté de la plaque à propos de Cuba


L’ouvrage  indispensable « Des cendres en héritage » de Tim Weiner a presqu’autant d’importance que celui de Ross et Wise quand on étudie la période.  Son analyse de la situation d’alors est plutôt… cinglante envers la CIA :  « les élections de 1960 approchaient, plus il devint clair aux yeux du président Nixon que la CIA n’était pas encore prête, et de loin, à attaquer Cuba.  Fin septembre, Nixon, très nerveux, ordonna au corps expéditionnaire :  « Ne faites rien maintenant, attendez que les élections soient passées. »

Ce délai rendit un précieux service à Castro.  Ses espions lui dirent que le débarquement soutenu par les Américains pourraient être imminent et il renforça ses troupes et ses services de renseignement en frappant sans pitié les dissidents politiques dont la CIA espérait qu’ils serviraient de troupes de choc pour l’opération.  Cet été là, la résistance intérieure à Castro commença à s’affaiblir, mais il est vrai que la CIA n’attacha jamais grande importance à ce qui se passait sur l’île.



Tracy Barnes fit discrètement procéder à un sondage d’opinion à Cuba qui montra qu’une proportion écrasante de la population soutenait Castro.  Ce résultat ne lui plaisant pas, il n’en tint aucun compte.  Les efforts de l’Agence pour parachuter des armes aux rebelles se soldèrent par un fiasco.  Le 28 septembre, une palette de mitraillettes, de fusils et de Colt 45 pour équiper une centaine de combattants tomba sur Cuba d’un avion parti du Guatemala.



Le parachutage rata la cible de douze kilomètres.Les forces de Castro s’emparèrent des armes, capturèrent l’agent cubain de la CIA qui devait les réceptionner et le fusillèrent.  Le pilote se perdit sur le trajet du retour et se posa dans le sud du Mexique où la police locale saisit l’appareil.  Il y  eut trente missions de ce genre : trois au plus réussirent.  Au mois d’octobre, la CIA se rendit compte qu’elle ne connaissait  vraiment rien des forces anti-castristes à Cuba. «Nous n’étions  pas certains qu’elles n’avaient pas été infiltrées » par les espions de Castro, dit Jake Esterline.

Il était maintenant convaincu que ce ne serait que par une subtile subversion qu’on réussirait à renverser Castro. »  Les armes gratuites fournies par mégarde par la CIA… ce ne sera pas la première fois de son histoire : en Afghanistan aussi elle récidivera… ce n’est pas toujours l’adresse qui a caractérisé les actions de la CIA!

Les mercenaires de Nixon



Pour superviser les mercenaires installés en plein Bayou de Louisiane, Nixon avait en effet fait appel à John Alston Crichton, appelé « Jack Crichton », (ici à droite) un personnage fort impliqué dans le monde de l’espionnage et admirateur de Huey P. Long (il est ci-dessous en photo au milieu dans son groupe d’aviation appelé « 487eme Groupe », qui donnera son nom au groupe suivant de Chrichton) :  cet ancien de l’OSS, à l’origine de la CIA, lui aussi, comme Barnes, était devenu après guerre un industriel florissant, grâce aux revenus du pétrole texan et ses sociétés San Juan Oil Company, une des premières à avoir foré au Texas, ou Nafco Oil & Gas, Inc.

Politiquement, il avait été recruté par Everett DeGolyer, ancien de l’équipe Roosevelt mais surtout très en cheville avec les plus gros industriels du pays, dont Bronfman (le créateur de Seagram) ou la famille DuPont (les chimistes fort tentés par l’hitlérisme, eux aussi).



Parmi les dirigeants des multiples sociétés créées par Chrichton, on trouve aussi D. Harold Byrd, le proprétaire du Texas School Book Depository building (l’immeuble duquel aurait tiré Oswald, quel « curieux » hasard !).  Juste après guerre, Chrichton avait négocié avec une de ses sociétés, Delta Drilling, dirigée par Joe Zeppa, des concessions de forage avec le gouvernement franquiste, en Espagne, en association avec DeGolyer et le pétrolier néo-nazi Clint Murchison.

Obsédé par la sécurité, Chrichton avait formé sa propre agence de gardes du corps et de surveillants, en association avec l’Empire Trust Company.  Celle-ci avait passé des accords avec General Dynamics, où Chrichton était actionnaire.  Ses mercenaires prirent le nom de 488th Military Intelligence Detachment, placés sous la direction du Colonel George Whitmeyer, alors responsable de l’Army Reserve du Texas, qui fournissait le plus gros contingent des policiers de Dallas. De tout cela, Nixon n’en avait rien dit devant les caméras, bien sûr.  Et Chrichton ne sera jamais non plus interrogé par la commission Warren.

Beaucoup plus en effet…



Nixon n’avait rien dit sur ses informateurs, lors des débats.  Comme il n’avait rien dit de ses financiers.  Pour mettre en place l’organisation de mercenaires de Louisiane, Richard Nixon avait fait aussi appel à un ami, le dirigeant de Pepsi-Cola, firme qui avait mal pris l’arrivée de Castro à Cuba :  l’une des premières décisions de Fidel ayant été, en plus de chasser les pétroliers, de demander à la firme de payer un « prix décent » pour les montagnes de sucre de canne qu’elle exploitait à Cuba.  L’éviction de la firme, devant son refus, avait entamé les bénéfices de Pepsi-Cola, dont les contrats d’exploitation cubains avaient été signés par Fulgencio Batista… le 30 novembre 1956, et ce n’était pas rien :  ils portaient au total sur 15 millions d’hectares de terrains.

On trouvait à l’origine de la signature un homme dont on reparlera un peu plus loin ici :  « une figure clé là-bas fut George de Mohrenschildt, qui à l’époque travaillait pour une société appelée Société fiduciaire cubano-vénézuélienne d’huile (CVOVT) qui avait été établie par William Buckley Sr ».  Notez bien ce nom, car le dénommé de Mohrenschildt (en photo ici avec sa femme Jeanne) reviendra plus loin en bonne place dans notre enquête.



Castro avait mis les propriétaires US en fureur lorsqu’il avait limité à 20 000 hectares les parts de sol cubain que pouvaient désormais détenir des sociétés étrangères, au grand dam des sociétés US, principalement représentées dans le pays.  Mais Chrichton avait d’autres liens inquiétants, notamment dans son fief de Dallas.  Outre son 488th Military Intelligence Detachment, il était aussi à la tête du Dallas Civil Defence, un groupe anticommuniste virulent d’extrême droite, dont Chrichton fera un mouvement purement activiste, déclenchant en 1961 une campagne « Know Your Enemy », dirigée à partir d’une sorte de bunker installé au Dallas Health and Science Museum, censé continuer à « diriger le pays en cas d’attaque communiste ».

Vendeur de bunker anti-attaque soviétique


Un fêlé de plus de la clique des constructeurs de bunkers souterrains, un agitateur de la peur du communisme à la Curtis LeMay ou à la Hoyt Sanford Vandenberg.  « Au début de 1961, Crichton était la force motrice derrière un programme de préparation de la guerre froide appelée « Know Your Enemy », qui mettait l’accent sur l’intention communiste de détruire le mode de vie américain.  En octobre 1961, le maire de Dallas, Earle Cabell (retenez bien aussi ce nom !) avait présenté un court documentaire sur « l’encerclement communiste ».

Par la suite, le journal Dallas Morning News a écrit que le Canal 8 a été « inondé d’appels de téléspectateurs applaudissaient le programme, qui traitait ouvertement de l’infiltration communiste ».  Si grande était l’alarme qu’à la Texas State Fair de Dallas, 350 personnes par heure sont venues de loin pour visiter l’abri d’un exposant. »


Mais c’est autre chose encore que l’on découvre et qui est beaucoup plus inquiétant chez cet ami de Richard Nixon.  Charles Cabell, devenu général, il faut le noter, était devenu directeur adjoint de la CIA sous Allen Dulles (il est ici à droite aux côtés de Dulles, entre le général Ed Lansdale, et Nathan Twining).  Il sera forcé de démissionner par le président Kennedy, le 31 janvier 1962 à la suite de l’échec de la Baie des Cochons.

Or son propre frère, Earle Cabell, était aussi le maire de la ville quand Kennedy a visité Dallas et qu’il y a été assassiné, le 22 Novembre 1963.  Earle passera son temps sur les plateaux TV pour disculper fort maladroitement sa ville, alors qu’il était responsable de la préparation du trajet dans une voiture ouverte, malgré les menaces…  Dans cette affaire, car c’est fou le nombre de « coïncidences » qu’il peut y avoir !!!

Un autre homme-clé : le faucon William Pawley



Un site passionnant décrit l’attitude d’un autre homme un peu oublié dans l’affaire de la Baie des Cochons. « More Ruthless Than The Enemy » décrit en effet la vie d’un homme au moment de l’arrivée au pouvoir de Kennedy.  C’est de William Douglas Pawley qu’il s’agi, et qui s’est suicidé en 1977 .  Sa carrière d’homme de droite US, un « faucon », obnubilé par les communistes, est entièrement liée à la CIA :  après guerre, et la co-fondation des Flying Tigers, il réussit tout d’abord « à transporter des tonnes d’uranium hors de l’Inde afin qu’elles ne tombent entre les mains des communistes de Russie ou de Chine ».  Il devient ensuite assistant spécial du Secrétaire de la Défense Robert Lovett, s’occupant « de la création des terrains d’aviation tactiques en France et en Allemagne pour le soutien des forces terrestres de l’OTAN ».

« La CIA s’intéresse alors de près à l’investissement de Pawley dans le transport aérien civil qui commence fournir une couverture pour les opérations de la CIA en Asie du Sud-Est, ce qui deviendra Air America ».


C’est aussi Pawley qui préparera l’intendance du coup d’état au Guatemala contre Abenz dans l’opération PBSUCCESS.  Eisenhower l’appelle alors à la tête du Doolittle Committee, chargé de surveiller les opérations clandestines de la CIA (ou plutôt de ne rien laisser fuir de ses opérations).

Doolittle, a auparavant été l’un des pilotes de Pawley.  Ce dernier a investi alors dans le pétrole et la bauxite en République Dominicaine, et averti Batista de la montée en puissance de Castro, lui demandant même de démissionner pour éviter qu’il ne prenne plus d’importance.  « Le 29 décembre, 1959 Pawley reçoit à nouveau une autorisation de sécurité secrète pour les contacts avec le programme de la CIA JM WAVE et anti-Castro, il est est impliqué dans la planification de la baie des Cochons.«  Dans l’équipe figure Maj. Pedro Diaz Lanz, qui travaille avec Frank Fiorini (alias Frank Sturgis, le futur plombier du Watergate avec E. Howard Hunt !).  Nixon ne peut donc alors ignorer les préparatifs de la baie des cochons ! (Pawley lui a aussi versé 100 000 dollars pour sa campagne électorale) !

Pawley aide aussi le Dr. Juan Antonio Rubio Padilla, à s’exiler aux States pour préparer le renversement de Castro.  Pawley est en effet un grand partisan de l’Exécutive Action que prône Allen W. Dulles : celui de supprimer tous les dirigeants d’Amérique du Sud s’opposant aux USA…



Une violente diatribe anti-Kennedy

En septembre 1960, Pawley s’en prend violemment à Kennedy, continue l’excellent « More Ruthless Than The Enemy »: « la perte de la Chine, constitue pour moi ce que je crois être l’une des plus grandes pertes et qui, à mon avis pourrait être la cause inévitable de la troisième guerre mondiale. » Pauley blâme ensuite les fonctionnaires du Département d’Etat, Roy Rubottom et William Wieland pour favoriser selon lui « obliquement » Castro.

Pawley blâmera plus tard «la pensée brumeuse des ultra-libéraux, des utopistes à tête cotonneuse et des radicaux, sans parler des communistes clandestins, qui continuent à présenter Castro dans le rôle d’un visionnaire et d’un champion issu du peuple» et il cite John F. Kennedy parmi eux ».  L’autre homme visé étant le journaliste Herbert L. Matthews du New York Times; trop conciliant selon lui avec Castro.  Pawley soutient alors le plan d’invasion cubain d’Eladio del Valle Gutierrez, le supporter de Fulgencio Batista (il avait été un de ses députés) qu’on retrouvera mort le 22 février 1967, tué d’une balle en plein cœur et le crâne fendu en deux d’un coup de hache, trois jours avant que le juge Garrisson ne le convoque !).

Gutierrez étant en cheville avec Fabian Escalante, des services secrets cubains… il connaissait Ferie (on verra plus loin qui est-ce), et était aussi soupçonné de travailler pour le FBI. Kennedy élu, Pawley regardera la cérémonie d’investiture à la télévision, chez le couple  Henry et Clare Boothe Luce… dont il est très proche, donc.



En photo, la remise de médaille à Pawley en 1946 par le président Truman, en présence de Clare Booth (encore elle !!!).  Pawley prépare toujours de son côté l’invasion de Cuba.  La CIA, elle, contacte au même moment la mafia pour tuer Castro. L’invasion de l’île mal préparée, rate, faute du soutien aérien qu’avait pourtant requis avec insistance Pawley.  Reçu après coup par Kennedy, il lui demande à nouveau 10 000 hommes pour envahir Cuba : « Kennedy le jette alors dehors de la Maison Blanche », selon le site.

Pawley s’investit après  financièrement pour la libération des 1'113 prisonniers de l’expédition ratée.  Ayant appris par la bande (la CIA ?) l’arrivée des missiles russes, il réclame aussitôt que Cuba soit immédiatement bombardé !



On le retrouvera bien plus tard… en Inde.  Un faucon, décidément, qui ne voit que la solution guerrière.  Mais aussi un industriel de l’armement : c’est lui qui sera à l’origine de l’usine d’aviation indienne de Bangalore (créée effectivement par l’Intercontinental Aircraft Corporation de Pawley après avoir déjà créé auparavant Aircraft Manufacturing Company Central (CAMCO) en partenariat avec le gouvernement nationaliste chinois en Chine).  Pawley avait réussi à obtenir un grand nombre de machines-outils et d’équipement des États-Unis pour que l’Inde construise son premier chasseur à réaction, signé Hindustan Aircraft Company devenue Hindustan Aeronautics Limited (HAL). L’avion était le HF-24 Marut, dessiné par l’allemand Kurt Tank (le créateur du le chasseur Fw 190, entre autres !

Une autre expédition ratée


L’activisme  anticommuniste de Pawley ira très loin.  Lors de l’hiver de 1962, un événement ravivera les tensions.  Eddie Bayo (le pseudonyme à la CIA d’Eduardo Perez), un americano-cubain, agent des services secrets, prétend que deux officiers de l’Armée Rouge basés à Cuba voudraient faire défection aux États-Unis.  « Les deux hommes selon lui pourraient fournir des détails sur les ogives et de missiles atomiques à Cuba » qui y étaient encore semble-t-il encore après la crise passée, selon ses renseignements.

Bayo avait initialement lutté contre Fidel Castro, Fulgencio Batista et il s’était installé à Miami dans le groupe Alpha 66; on le trouvait parmi les anti-Castristes notoires tels que Gerry P. Hemming, John Martino, Felipe Vidal Santiago et Frank Sturgis. Pawley, convaincu qu’il était d’une importance vitale d’aider à sortir ces officiers soviétiques de Cuba prend l’initiative de tenter une opération isolée personnelle, dans un but bien précis qui n’est pas l’extraction des deux russes seule, car il a une arrière pensée derrière la tête :« son yacht personnel avec lequel il navigue, le Flying Tiger II,  s’approche de la côte cubaine pour un raid dont le but est de prendre en otage deux techniciens de missiles russes hors de l’île communiste.


En cas de succès, le président Kennedy sera publiquement humilié avant la prochaine élection par ses techniciens qui prouveront qu’il y a encore des missiles à Cuba.  Au sein de la CIA, Les gens sont pleinement au courant du projet et lui ont donné le nom de code TILT et utilisent le nom « QDDALE » comme nom codé pour Pawley.

Les rédacteurs du magazine de Luce  sont impliqués dans le projet ainsi que John Martino, un individu avec des contacts avec la Mafia de l’époque car il  faisait partie de la sécurité cubaine dans un casino.  C’est Jay Sourwine du Comité de la sécurité intérieure du Sénat [dirigé par le sénateur Eastland] qui avait demandé que « QDDALE » participe à l’opération. Le raid de Pawley ne parvint pas à revenir… » Bayo, lui; ne reviendra jamais de l’expédition et nul ne sait ce qui lui est arrivé (en photo ci-dessus Martinez, Martino, Bayo et Gonzalez).

Dans l’affaire, on notera que la CIA avait clairement aidé Pawley pour humilier Kennedy  (aidé par le couple Luce, prêt à rédiger sur le thème) !!! … un Kennedy assassiné, on le sait, en novembre 1963, à peine un an plus tard.

Or il faut noter une chose : alors que le nom de Lee Harvey Oswald venait tout juste d’apparaître, Pawley, Clare Boothe Luce et leurs associés clamaient déjà à qui voulait l’entendre qu’Oswald travaillait pour Castro… Clare Booth le déclara même en personne au FBI. A peine Kennedy refroidi, toute la sphère droitière autour du couple Booth s’activait déjà pour noyer les médias avec la thèse d’un assassin pro-communiste ayant agi seul !!!  Des gens retrouvés aussi ailleurs : un site référencie de bien étranges photos d’anti-castristes semblant bien avoir été présents sur Dealey Plaza, à Dallas.

Une attitude bien particulière



Plus étonnant encore (ou pas surprenant pour certains !) Clare Luce (toujours elle) et Pawley seront même à la base de la création de la (si décriée) commission Warren : « plus tard, la même Booth tentera d’expliquer au directeur de la CIA (Colby) la façon dont elle avait su immédiatement reconnaître  les tendances politiques d’Oswald en affirmant qu’un ami de la DRE (pour Directorio Revolucionario Estudiantil) anti-castro lui avait dit.

Elle déclare en effet: « que vous le sachiez ou non, c’était moi qui ai fourni ses missiles à Keating.  Je connais un certain nombre de ces dirigeants de la DRE : ils circulent dans et dehors de Cuba, et j’ai payé pour l’un de leurs moteurs de bateaux. Bill Pawley l’a fait aussi. Nous avons pensé que nous aurions ou faire un autre « Flying Tiger ». D’autres personnes autour de Pawley et le CCFC  vont faire des déclarations similaires sur Oswald.

Le magazine Life de Luce achètera le film de Zapruder.  L’ami de Pawley, le sénateur Eastland, qui par la loi était destiné à enquêter sur l’assassinat du président Kennedy, selon le président Johnson, était prêt à «montrer que cet homme [Oswald] était l’assassin. » L’enquête d’Eastland a été remplacée par la création de la Commission Warren, dont des membres comprennent les amis de Pawley, le directeur de la CIA Allen Dulles, et l’associé d’affaires John J. McCloy, dont le principal partenaire, Morris Hadley, était un membre de Pawley au Comité Doolittle. le directeur du FBI Hoover, qui avait remercié Pawley pour son amitié deux ans plus tôt, a fourni les éléments de preuve pour prouver qu’Oswald avait agi seul ».

Plus tard, Pawley choisira Goldwater comme champion politique.  Il réussira ensuite dans les affaires en fondant Talisman Sugar Corp., un des plus grands groupes industriels de Floride, dont Mike Cervera, sera le manager ; or c’était aussi un ancien participant de la Baie des Cochons !  En 1968 il soutiendra Nixon en espérant un poste gouvernemental.  Le Watergate montrera que les plombiers E. Howard Hunt et Frank Sturgis travaillaient aussi pour la CIA. Et on les soupçonnera eux aussi d’être impliqués dans l’assassinat de Dallas !

Une fin minable qui en dit long…


La fin de Pawley sera moins glorieuse.  La presse révèle sa mort en 1977 après avoir précisé des choses fort troublantes à son sujet :  « Des bombes explosent à Miami alors qu’un des vétérans la baie des Cochons appelle le secrétaire d’Etat américain « l’ennemi public n °1 »

Des apports apparaissent dans le Washington Star et Soldat of Fortune selon lesquels Pawley aurait été impliqué dans « The Bayo-Pawley Affair. »  Il contient des détails de l’opération pour détruire la réputation de Kennedy, mais aucun des documents classifiés de la période de l’opération TILT.  Clare Boothe Luce répond à l’appel du directeur de la CIA William Colby et tente d’expliquer pourquoi elle avait été si rapide à identifier le pro-Castro Oswald et lui révèle alors comment elle et ses amis, dont Pawley, ont mené des missions contre Cuba.

En décembre, le Miami Herald rapporte que William Pawley va être cité à comparaître par le Sénat et ses enquêteurs et que des appels téléphoniques arrivent au sein du Comité du renseignement de Frank Church. Il est également signalé que «Mme Luce ne presse pas Pawley pour avouer le nom [de l’exilé cubain qui savait qu’Oswald était pro-Castro] au panel du Sénat, parce que, dit-elle, Bill est en train d’écrire ses mémoires ».


En réalité, Pawley ne témoignera jamais ni ne rédigera ses mémoires : on le retrouve suicidé, le 7 janvier 1977, « et d’autres impliqués dans ses activités de JMWAVE meurent en quelques années de lui de crises cardiaques, des blessures par balles, d’attentats à la voiture, et ou sont frappés ou poursuivis. »

Selon des proches, « il souffrait le martyr d’un herpès » et c’est pourquoi il avait mis fin à ses jours. Il n’empêche : la thèse d’un Oswald pro-communiste ayant agi seul a bien été l’objet d’une manipulation médiatique dans lequel le couple à la tête de LIFE et l’ancien Flying Tiger se sont énormément démenés. Dans quel but, voilà bien tout le mystère.

En tout cas une chose est sûre : ils avaient pleinement l’aval… de la CIA !  Pawley craignait-il d’avoir à témoigner de cette fabrication de la thèse si pratique de l’assassin unique téléguidé par Castro ?

L’a-t-on empêché de parler ???

Partie 3

Les exilés anti-castristes ont été manipulés aussi bien par Kennedy que par Nixon, c’est une évidence depuis longtemps.  Des dirigeants d’extrême droite, tels George Whitmeyer ou Jack Chrichton (Mr « Private CIA »), ou le texan Haroldson L. Hunt, les ont menés par le bout du nez en leur promettant de reconquérir leur pays, ce que la mafia avait traduit par « retrouver nos casinos ».

Nixon dans cette manipulation s’est beaucoup démené si bien que de le voir à Dallas la veille même de l’assassinat de son grand rival pose aujourd’hui encore question.  Pour ce qui est des anticastristes, avant la décision de l’invasion la Baie des Cochons, deux moyens de reprendre la main à Cuba cohabitaient : l’option débarquement armé, et l’option des actions intérieures de déstabilisation, ce qu’on a appelé les Opérations Northwoods et Mongoose, catalogues hallucinés d’activisme provocateur sur place, totalement déjantés, comme on va le voir.

Des opérations préparées aussi bien en Floride que dans un autre foyer anticastriste qu’était alors devenue la Louisiane.


On semble l’avoir oublié, visiblement, en effet, mais lors de la terrible journée, le chauffeur de la toute première voiture de la police de Dallas en tête du parcours s’appelait George L. Lumpkin, et c’était l’un des responsables de la police de la ville.

Son voisin à ses côtés n’était autre que le colonel George Whitmeyer, et tous deux étaient comme par hasard des membres de la fameuse 488th Military Intelligence Detachment de Chrichton.

Or, à Dallas, ce 22 novembre, cette fameuse voiture, ouvrant le défilé, se fera remarquer en faisant une bien étrange pause à l’angle de la rue de Houston et celle de la rue Elm, Lumpkin ayant alors baissé sa vitre pour parler avec l’agent régulant la circulation à cet endroit.


Pour beaucoup d’observateurs, le geste signifiait tout autre chose :  il permettait visiblement à des tireurs embusqués de régler pendant ce temps la hausse de leurs fusils à lunette.

Plus intriguant encore : « dans le Rapport de la Commission Warren, il est déclaré que Chrichton a recruté un membre de la communauté russe locale, Ilya Mamantov (un russe blanc violemment anticommuniste de plus !), pour travailler avec le Service de police de Dallas en tant que traducteur pour Marina Oswald peu de temps après l’assassinat de John F. Kennedy.

Le bénévole de Chrichton l’a traduite lors de son premier interrogatoire par les autorités de Dallas dans les heures qui suivirent celles où son mari Lee Harvey Oswald avait été arrêté ».  Selon Russ Baker, l’auteur de « Family of Secrets » (2009), il « était loin dans ses traductions de ses mots en russe, et avait eu surtout pour effet d’impliquer son mari dans la mort de Kennedy. »  On ne pouvait mieux faire, pour charger Oswald !

Nixon en embuscade à Dallas ?


La chose la plus étonnante dans ce premier témoignage, c’est que Marina Oswald, qui parlait pourtant anglais, y avait affirmé n’avoir jamais vu son mari avec un fusil chez elle, témoignage sur lequel elle reviendra après (et nous un peu plus loin).

« Marnantov était, curieusement, l’un des membres de la communauté russe en plus de Mohrenschildt qui connaissait le couple d’ultra-libéraux Paine » note Dick Russell, dans « The Man Who Knew Too Much« .

Nous reviendrons plus loin sur le cas du couple Paine, chaperons en chef d’Oswald à Dallas.  En prime, à la commission Warren, Mamantov avait déclaré que c’était Lumpkin en personne qui l’avait appelé au téléphone !


Sacré Tricky Dicky (Nixon) et ses amis de Dallas : ce funeste 22 novembre, c’est lui également qui avait rendez-vous (« une visite éclair » titre la presse locale) dans l’immeuble de Pepsi-Cola, avec son directeur Donald M. Kendall, dont Nixon était aussi l’avocat d’affaires : Kennedy devait d’ailleurs aussi visiter l’entreprise sur son trajet s’il en avait le temps.

Nixon était arrivé la veille sur place, au prétexte d’une convention de « l’American Bottlers of Carbonated Beverages » qui sentait fort l’excuse pour assister au spectacle ou à la foire au tirs aux pigeons.

Il était arrivé en avion privé, le même qui emmenait l’actrice Joan Crawford, veuve du précédent directeur de Pepsi, Alfred Steele.

Etrange apparition de l’adversaire télévisé (et le perdant de l’élection !) sur sur les lieux du crime !  En photo, le Président de Pepsi-Cola, Donald M. Kendall, en train de se rendre au Yankee Stadium avec Richard M. Nixon, le 1er novembre 1963 (Kennedy sera tué le 22).

Il crurent à Kennedy… et furent amèrement déçus


Nixon avait fait mouche avec le coup des traités (voir épisode précèdent).  Kennedy avait imprudemment agi, mais il se reprit vite, en politicien roué qu’il était : « il dit à Stevenson  (alors simple député démocrate, pas encore devenu ambassadeur US l’ONU) qu’il allait s’en dégager pour regagner une position moins dangereuse.

En conséquence, Kennedy adressa le même jour un télégramme à Nixon pour préciser qu’il n’avait « jamais préconisé, et ne le préconisait pas davantage maintenant, une intervention à Cuba en violation des obligations de nos traités ».  Et il ne parla plus d’aider les exilés cubains.

Trois jours plus tard, le numéro du 31 octobre de LIFE parut avec les photos prises par St George et Walker et montrant les exilés cubains à l’entraînement.

«  Des clichés pris à No Name Key, en Floride, un endroit désert idéal (dans « Confession of an Assassin » un documentaire de 1994, un dénommé James Files affirmera à la fois s’y être entraîné, y avoir rencontré Oswald, le mafieux Charles Nicoletti – lié à John Roselli-; et participé à l’assassinat de Kennedy, sous la direction de l’agent de la CIA David Philips Atlee.

Son témoignage est néanmoins peu crédible (même s’il cite des gens qui y étaient effectivement).


Le débarquement de la baie des Cochons en gestation ?

En somme, on était en train médiatiquement de préparer le public US à l’invasion de Cuba, ce qui dictait carrément la position politique des deux candidats, placés au pied du mur !

Or, fait étrange mais qui semble faire partie du système politique US, un candidat à la Maison Blanche pouvait en effet demander à la CIA d’être reçu pour qu’elle l’informe de ce dont elle s’occupe : c’est ce qu’allait faire Kennedy en convoquant un homme qu’il va retrouver plus tard en travers de sa carrière comme on va le voir : « la campagne approchait de son point culminant.

Le 2 novembre, Kennedy eut son dernier « briefing » de la C.I.A., cette fois avec le général (Charles Pearre) Cabell (ci-dessus).  C’était Kennedy lui-même qui avait sollicité cet exposé afin d’être mis au courant des derniers développements de la situation internationale.  Le directeur-adjoint de la C.I.A. prit l’avion pour Los Angeles et s’entretint avec le candidat à bord du « Caroline », le Convair de Kennedy (voir ci-dessous), pendant le trajet Los Angeles-San Diego.


Les deux hommes étaient seuls dans le compartiment arrière de l’avion.  Cabell quitta Kennedy à San Diego.

En mars 1962, quand Nixon accusa Kennedy, dans son livre, d’avoir été mis au courant de l’invasion cubaine et d’avoir délibérément compromis la sécurité de l’opération, la Maison Blanche publia aussitôt un démenti, que confirma Allen Dulles.

Pierre Salinger dit qu’avant l’élection de 1960, Kennedy « n’avait pas été informé de l’entraînement de soldats hors de Cuba ni de l’existence des plans destinés à appuyer une invasion de Cuba».  Ce qui était effectivement un mensonge éhonté !

Avec le recul, on comprend aussi pourquoi Cabell, qui avait révélé tous les préparatifs du débarquement à Kennedy, en étant lui-même chaud partisan de ce même débarquement, s’estimera floué quand celui-ci, raté, sera proprement arrêté par Kennedy avant même qu’il ne soit terminé !  Avec le recul, on constate aussi les dons certains de Dulles pour nier la réalité…

Kennedy certes mentait, mais Dulles mentait bien davantage encore !

L’élection de Kennedy en 1960 a reposé… sur un mensonge entretenu (des deux côtés !)



A bien regarder en effet, l’élection de 1960 est aussi teintée d’une bonne dose de surréalisme, avec deux candidats qui évoquaient des opérations secrètes, sans en parler véritablement au public nous disent Wise et Ross.  « En fait, les candidats à la présidence des États-Unis avaient accepté que la stratégie de leur campagne et leur prise de position publique soient influencées par une opération secrète du gouvernement invisible.

Les trois grands problèmes débattus dans les derniers jours de la campagne de 1960 étaient liés à des opérations clandestines.  D’abord, il y avait Cuba.  Ensuite, Quemoy et Matsu (1).  Enfin : les excuses qu’Eisenhower aurait dû présenter à Khrouchtchev à Paris, lors de l’affaire de l’U-2, pour sauver la conférence au sommet.  L’intéressant, c’est qu’en raison des opérations du gouvernement invisible, le processus de la consultation électorale – rouage essentiel d’une démocratie – s’est trouvé faussé et déréglé.

Dans le cas de l’invasion de Cuba, ce qui préoccupait les candidats, c’était un plan secret dont le corps électoral ne savait rien.  Pour choisir l’homme apte à assumer les plus puissantes fonctions du monde, les électeurs ont dû fonder partiellement leurs décisions sur des déclarations fallacieuses.  Ainsi qu’il l’a été noté plus haut, l’un des deux candidats, le vice-président Nixon, a avoué par la suite qu’il avait adopté publiquement, pendant la campagne, une attitude mensongère, exactement à l’opposé de ses véritables convictions, dans le but, selon lui, de protéger les plans de la C.I.A.

Mais les millions de téléspectateurs qui voyaient et entendaient Nixon et Kennedy discuter du problème cubain n’avaient pas le moyen de savoir que les faits étaient déformés ou tenus sous silence.  Ce qui ne veut pas dire que le plan d’invasion aurait dû être claironné à la télévision pour mettre toute la nation au courant.  Mais il paraît logique de demander comment l’électeur peut procéder à un choix informé quand le candidat ne dit pas la vérité, quels que louables que puissent être les mobiles de ce qu’il faut bien appeler un mensonge. »


Pour Wise et Ross, le bourbier cubain était à l’origine d’une pratique éhontée du mensonge auprès des citoyens : « tel est l’argument.  Qu’advient-il de cette théorie, cependant, quand le processus électoral s’enlise dans les tentacules du gouvernement invisible au point qu’un candidat en arrive à dire aux électeurs qu’il est partisan de telle politique alors qu’en réalité il croit exactement en la politique contraire ?

De toute évidence, le processus électoral s’en trouve fondamentalement affaibli.  C’est ce qui s’est produit en 1960 ; aucune raison ne permet de penser que cela ne pourra pas se répéter (on note attentivement l’expression !).

Quand les attitudes publiques de candidats à la présidence des Etats-Unis sont façonnées par des opérations secrètes que les auteurs ne sont pas habilités à connaître, on peut dire qu’il est arrivé quelque chose au système américain, et que ce quelque chose n’est pas bon » concluent en chœur les deux auteurs.  Le gouvernement américain, dès 1960, s’appuyait effectivement sur une politique d’opérations clandestines douteuses, dont les maîtres d’œuvre n’étaient pas les présidents eux-mêmes. La CIA et le FBI étaient devenues des entités incontrôlables, dépositaires de pouvoirs exorbitants dans le pays.  Deux monstres, qui faisaient désormais la pluie et le beau temps en politique.  Ce que JFK apprendra à ses dépens, en ayant tenté de réformer leurs statuts.

Il existait déjà bien aux USA en 1960 ce que Wise et Ross appellent « Le gouvernement invisible » : celui à qui va se heurter Garrison à la Nouvelle-Orleans, par exemple.  Si on ajoute à ça le fait que la mince victoire de Kennedy s’est jouée grâce au coup de pouce de la mafia envoyée à la rescousse à la demande du père Joe, aux tendances extrémistes de droite bien connues, on obtient un président né au forceps sous de forts mauvais auspices.  Le cocktail était explosif à l’origine.  En accumulant très vite les rancœurs, par un mépris systématique de l’adversaire, les frères Kennedy (car c’était bien un clan qui avait été élu) et des frasques de vie privée à répétition débutaient leur mandat de façon fort peu engageante.  La disparition tragique du premier incluait par définition celui du second.

D’autres approches


Ces fameux exilés étaient nombreux… et organisés, d’où l’idée de s’en servir pour renverser eux-mêmes Castro :  c’est à quoi s’emploient les frères Kennedy dès leur arrivée au pouvoir.  Dans l’autre ouvrage (« Executive Action : 634 Ways to Kill Fidel Castro (Secret War) », on tombe sur ce type d’approche pour assassiner Castro ou renverser son régime par une invasion :  « un autre organisme qui a éclipsé Alpha 66 et sa détermination à mélanger sabotage et publicités a été la Direction des Étudiants Révolutionnaires (Directorio Revolucionario Estudiantil) ou DRE (…) Alpha 66 était une organisation anti-communiste terroriste formée par des exilés Cubain à Puerto Rico en 1961.


Son leader, Nazario Sargen (ci-dessus), était un membre du célèbre « Mouvement du 26 juillet » dirigé par Fidel Castro.

« En 1960, après que Rolando Cubela soit arrivé à la tête de la nouvelle Fédération Etudiante de Castro (FE), plusieurs leaders étudiants indépendants ont fui vers les États-Unis et ont créé la DRE.

Deux d’entre eux, Alberto Muller et Manuel Salvat Rogue, étaient infiltrés à Cuba à la fin de 1960, et un troisième, Isidro Borja se trouvait au Mexique, sa ville natale, et voyageait à Cuba en tant que touriste ».  Dans son livre de 2004 sur l’assassinat de Kennedy, le chef du renseignement américain pour Cuba, David Atlee Phillips, a affirmé qu’il avait recruté Salvat pour la CIA en 1959-60.  Phillips a confirmé qu’il travaillait effectivement avec des « groupes d’étudiants » cubains.

Atlee avait auparavant agi au Guatemala contre le président Jacobo Arbenz, dans un plan pour l’éxécuter sous le nom « d’Executive Action«  (titre du premier film à redécouvrir de David Miller, daté de 1973, sur l’attentat, en France devenu « Complot à Dallas »)…



Un plan destiné à éliminer les partisans ou les tromper : pour se faire, seront distribuées à la population des photos trafiquées de cadavres mutilés soi-disant tués par les gens d’Arbenz. Des militaires aussi seront arrosés pour faire défection ou se retourner contre le président : on proposera 60 000 dollars à un général, une fortune à l’époque.

Bref du bien sale boulot de la part de la CIA.  En même temps, Philips dirigeait un groupe anti-castriste au sein de l’ambassade de Mexico, dont l’argent été géré par un certain George Joannides, un des piliers des recrutements de terroristes assassins.  On notera l’usage de photos manipulées, élément qu’on retrouvera dans la saga de Lee Harvey Oswald comme élément à charge contre lui.

Dans le dossier, c’est simple, la signature de la CIA est partout !  En photo, au mess des anticastristes de Floride, un Browning Automatic Rifle (BAR) M1918A2, adopté en 1918 par l’US ARMY, et largement utilisé pendant la guerre de Corée... par les français – de l’ONU- comme par les américains !

Le catalogue à la Prévert des attaques imaginées contre Cuba


Pour dénigrer tout rôle important à Castro, la CIA s’est effectivement beaucoup démenée.

Paleofuture, a répertorié les pires idées issues de l’imagination de la « firme » pour agir en ce sens, en 1962.  L’ensemble porte le nom d’Opération Northwoods, gérée par  la CIA et les militaires dirigés par un anticommuniste « hystérique », le général Lyman Lemnitzer.

Les idées révoltantes qui y figurent ont  été déclassifiées tardivement, le 18 novembre 1997, par le « John F. Kennedy Assassination Records Review Board », qui affirme que Kennedy s’y était vivement opposé (il expédiera ce fou de Lemnitzer en Europe, à la direction de l’Otan, après l’avoir viré de toute responsabilité sur le territoire US – Lemnizer prenant un malin plaisir alors de détruire avant de partir tous les documents sur ses fantasques projets !!!).

La plus choquante, note le site est retrouvée dans un « mémo » signé du General William H. Craig en date du 13 mars 1962 et adressée au brigadier général Edward Lansdale. Celui-ci, intitulé « Justification for US Military Intervention in Cuba » recommande en effet  de faire sauter des navires de guerre américains vides, de fomenter des émeutes mises en scène aux portes de Guantanamo Bay, ou même de mener ensuite des fausses funérailles pour les soldats américains qui auraient été tués lors de ces fausses attaques de navires !


Une manipulation complète de l’opinion !

Un plan de Craig était plus insidieux encore, en préconisant de faire exploser un avion téléguidé de la CIA, peint pour ressembler à un avion civil ( un DC-3 de SouthEast desservant Cuba) censé transporter en fait des étudiants américains .  « Un avion de la base d’Eglin (Air Force Base) serait peint et numéroté comme le double exact d’un aéronef immatriculé civil appartenant à une organisation exclusive de la CIA dans la région de Miami », dit le plan de 1962.

«À un moment désigné, le double serait substitué, à la place de l’avion civil réel, et serait chargé avec les passagers sélectionnés, tous montés à bord avec des noms d’emprunts entièrement préparés.  L’aéronef immatriculé réel serait converti en un drone « . Le document poursuit en expliquant comment le drone de la CIA émettrait (automatiquement) un appel de détresse, en expliquant qu’il faisait l’objet d’attaques par des avions cubains.  Le drone serait alors détruit par télécommande au milieu de sa transmission radio de détresse.  « Cela permettra aux stations de radio de l’OACI dans l’hémisphère occidental de dire à la place des États-Unis ce qui est arrivé à l’avion pour essayer de mieux « vendre l’incident », expliquait le document ».



Voilà qui sonne bien étrangement, plusieurs années avant le 11 Septembre, cette histoire d’avion téléguidé, vide (ou rempli « d’étudiants ? »), et explosé en vol avec de faux passagers déclarés à bord !

Et il y en a eu d’autres, dont certaines plutôt farfelues, telle celle d’introduire dans les pétroliers russes approvisionnant l’île en carburant des bactéries bouffeuses de pétrole, ou de terroriser tous les jours les cubains avec des « bangs soniques » à répétition, ou encore l’incroyable projet d’Operation Raindrop, consistant à arroser l’île de pluies par insémination (ci-dessus le procédé utilisé au Viet-Nam), l’agent de la CIA proposant même d’y ajouter un « coloris » pour faire pleuvoir en rouge ou en veut pour effrayer davantage  la population !

L’envoi de de faux avions cubains pour aller violer l’espace aérien d’États voisins avait aussi été envisagé… ci-dessous, l’illustration en BD signée Mack White, sur l’Operation Northwoods et son lointain et sinistre héritage.  Kennedy y est présenté un peu trop comme sauveur de la paix dans le monde, et la BD reprend le thème d’un conflit mondial possible, la thèse dont se targuera Johnson pour réussir à réunir la commission Warren, réticente au départ..



Une équipe de tueurs ?



Dans l’indispensable ouvrage « Des cendres en héritage », on trouve également ceci à propos des opérations de folie de la CIA : « Helms choisit pour diriger l’équipe de Mangouste William K. Harvey, le responsable de la construction du tunnel de Berlin » (on verra plus loin son importance en électronique, notamment).


« Harvey (ci-dessus) baptisa le projet « Force opérationnelle W » en souvenir de William Walker, l’aventurier américain qui, dans les années 1850, à la tête d’une armée privée, tenta de conquérir l’Amérique centrale et se proclama empereur du Nicaragua.

Un choix bizarre – pour qui ne connaissait pas Bill Harvey.  On présenta Harvey aux Kennedy comme le James Bond de la CIA (2).  Cela semble avoir intrigué John Fitzgerald Kennedy, grand amateur des romans d’espionnage de Ian Fleming, car Bond et Harvey n’avaient en commun qu’un goût certain pour les martinis.  Obèse, les yeux exorbités, toujours armé d’un pistolet, Harvey buvait des whiskies doubles au déjeuner puis retournait travailler en maudissant le jour où il avait rencontré Robert Kennedy.  Bobby Kennedy « exigeait des mesures immédiates et des solutions rapides », raconta l’adjoint de McCone, Walt Elder.  «Harvey n’avait ni mesure immédiate à proposer ni solution rapide à offrir ».  Il disposait cependant d’une arme secrète.

La Maison Blanche de Kennedy avait ordonné à la CIA de créer une équipe d’assassins.  Interrogé par une commission d’enquête sénatoriale et une commission présidentielle en 1975, Richard Bissell déclara que ces ordres étaient venus du conseiller à la Sécurité nationale, McGeorge Bundy, et de son assistant, Walt Rostow, ajoutant que les hommes du Président « n’auraient pas donné ce genre d’encouragement s’ils n’avaient pas eu l’assurance d’avoir l’approbation du Président » (on notera le coup de la patate chaude refilée !!!).


« Bissell (Richard M. Bissell, ci-dessus) avait transmis l’ordre à Bill Harvey qui fit ce qu’onlui demandait.  Il était rentré de Berlin en septembre 1959 pour prendre le commandement de la Division D du service d’action clandestine.

Les officiers de la Division D s’introduisaient dans les ambassades étrangères situées hors des États-Unis afin de voler des livres de code et de chiffre pour les petits curieux de la National Security Agency.  La Division D avait dans les capitales étrangères des contacts avec des criminels auxquels on pouvait faire appel pour des cambriolages, l’enlèvement de courriers diplomatiques et autres crimes commis au nom de la sécurité nationale des Etats-Unis. »

Pour trouver des recrues, ses futurs tueurs, Harvey trouvera un moyen très simple : le 20 juin 1963, il tiendra par exemple un pot d’adieu en compagnie de Johnny Rosselli, le recruteur de tueurs de Castro de Sam Giancana chez Tino (Tino Trakas), au Continental Restaurant de Georgetown, note H. Ford.  Aurait-il déjà à ce stade décidé de se la jouer « solo » ?



Des actions sans accord présidentiel

Le rôle trouble d’Harvey se précisera très vite explique ici Trowbridge H. Ford : « quelques années plus tard, alors que Harvey était profondément impliqué dans une autre chasse à l’oie sauvage – l’assassinat de Fidel Castro – il avait appris à quel point l’opération du tunnel de Berlin avait été doublement inutile.

En 1959, Wright en avait eu assez de la CIA à Cuba, et en septembre 1960, Robert Maheu, un autre ancien agent du FBI, avait arrêté avec le directeur de la CIA Richard Bissell l’utilisation des tueurs de la mafia contre Castro.  Harvey avait immédiatement reçu le contrôle général du programme, et avait planifié deux fois de suite, avec l’aide de sa Division de services techniques et un homme de Sam Giancana, mais sans succès, l’empoisonnement de Castro, finalement pour se fixer et coordonner son assassinat avec l’invasion de la Baie des Cochons.


Sans le soutien suffisant du président aux rebelles anti-Castro, et sans que E. Howard Hunt (l‘homme de la CIA enferré jusqu’au coup dans le Watergate) ne garde du dictateur cubain ce que la CIA avait en réserve pour lui, les plans n’aboutirent à rien »(…)  Mais l’homme était plutôt entêté, semble-t-il : « une fois que Harvey s’est calmé assez pour voir Wright lors des dîners chez James Angleton et dans un restaurant, bien qu’il l’ait toujours appelé un « fils de sa mère non fiable », il a à nouveau souligné la nécessité d’assassiner Castro ce que Harvey était de nouveau en train de travailler avec la Mafia, sur le projet (ZR / RIFLE –License to Kill), derrière le dos du président, dans le cadre de l’ensemble de l’effort anti-cubain de la CIA (Task Force W) au sein de l’Opération Mongoose (3).

Le point culminant de cet effort a eu lieu pendant la crise des missiles cubains lorsque Harvey, contrairement à l’ordre du procureur général Robert Kennedy, a envoyé une équipe de commandos à Cuba pour tuer Castro ».

Les avions « KUBARK »


Lors des débuts de l’opération de la baie des cochons un scénario de ce type avait aussi été élaboré.  Deux avions avaient ainsi atterri le 15 avril 1961 en catastrophe sur l’aéroport civil de Miami.  L’un d’entre eux, montré dans le New-Yorkais Times du 16 avril, était un B-26… aux couleurs cubaines, immatriculé 933.

La télévision US avait effectué un reportage sur son pilote, qui aurait fait défection du régime de Castro.  On avait bien pensé à faire quelques marques de tirs, contre lui, quelques indentations, sur les ailes, montrés en zoomant lors du reportage : son départ n’aurait pas été apprécié par les cubains !


C’était en fait deux jours avant l’invasion de la Baie des Cochons (mais alors que Cuba est déjà bombardé) : l’idée était de faire croire à une révolte interne des aviateurs cubains, qui auraient fait défection et auraient fui avec leurs propres appareils.

Une manipulation de l’opinion américaine comme cubaine.  En réalité des avions US, provenant des stocks de l’Air Force et avaient été repeints adroitement par la CIA aux couleurs des avions de Castro.

On retrouvera plus tard en 1998 deux câbles signés de la station IMWave de la CIA dont un annonçant l’arrivée du fameux « B-26 NBR 933 » à Boca Chica, le 18 avril, et plus tard le 21 novembre 1961 comme quoi le même appareil avait été retrouvé après s’être écrasé près de Jinotega, près de la rivière Boca, au Nicaragua, avec deux corps de pilotes encore à l’intérieur.  Le télégramme évoquait clairement un « KUBARK aircraft« .  Or « KUBARK » n’était autre que le nom de code du quartier général de la CIA à Langley… certains journalistes avaient essayé à l’époque de démontrer que c’étaient bien des avions de « cover-up ».

Les avions posés à Miami avaient en effet des nez « pleins » à 8 mitrailleuses, alors que tous les B-26 cubains présentaient des nez transparents en plexiglas…



L’un d’entre eux qui aurait été photographié « le 27 décembre 1958 » ayant déjà fait défection, affirmait alors après coup la CIA, photo à l’appui.  « Ce coup ci-dessous est le B-26  original qui a fait défection et le vrai A-26 cubain dans leur modèle Invader « C ».

Lorsque le fiasco de la Baie des Cochons a été lancé, la CIA avait envoyé un équipage et avion de retour au même aéroport pour représenter « plus d’équipages encore de la Force aérienne cubaine qui font défection ». Le petit problème était que que l’Invader portait exactement le même numéro mais c’était un modèle «B».

La ruse, apparemment avait été détectée rapidement par d’autres autorités américaines qui n’avaient pas été mises au courant de l’invasion, mais qui se souvenaient de la défection précédente »… note ici le judicieux site dédié au B-26 (3).  Deux avions, portant le même numéro d’escadre, mais au look différent ?  A noter que lors du rejet du plan d’invasion proposé par Bissell, ce dernier avait proposé le soutien aérien de 16 appareils B-26, mais que Kennedy, le 14 avril, ne lui en avait autorisé que 8.

Quand Kennedy se retrouve avec un mensonge de la CIA à faire gober


Comme le racontent très bien David Wise et Thomas B.Ross l’atterrissage impromptu des deux appareils semblait avoir surpris Kennedy lui-même, alors en week-end dans sa propriété de Glen Ora en Virginie (où Jackis faisait du cheval, et dans laquelle un équipement conséquent de radio avait été installé pour tenir d’heure en heure JFK de l’avancée des événements à Cuba, comme le révèle la photo ici).  Indiquant par la même occasion que la CIA avait résolument agit seule, sans même lui demander son aval !!!


« Ce qu’il lisait dans son New York Times dominical n’était certes pas fait pour lui plaire et le rendait profondément soucieux.  Ni lui ni ses conseillers n’avaient prévu qu’une telle publicité, et d’une telle nature, entourerait les bombardements de Cuba et l’histoire du mystérieux pilote « déserteur » qui s’était posé à Miami.

Dans tout le pays, les journaux du matin avaient relaté l’histoire des raids de bombardement avec plus ou moins de circonspection.  De nombreux organes de presse se contentèrent de reproduire la brève dépêche de l’Associated Press, datée de Cuba qui disait sèchement :  « La Havane, 15 avril.  Des pilotes appartenant aux forces aériennes du premier ministre Fidel Castro se sont révoltés aujourd’hui et ont attaqué, à la bombe et aux roquettes, trois des principales bases aériennes castristes  ».  Jusqu’ici, l’intox fomentée par la CIA avait donc marché !

La presse s’oppose à la version officielle de l’événement


Selon Wise et Ross toujours, « mais l’influent New York Times refusa d’accepter dans sa totalité cette version des faits.  L’article envoyé de Miami par le reporter Tad Szulc posait par exemple une question embarrassante : comment le conseil révolutionnaire cubain avait-il pu connaître à l’avance la désertion des pilotes puisque celui qui avait atterri à Miami déclarait que leur fuite avait été précipitée?


De La Havane, le correspondant Kuby Hart câblait un compte rendu dans le même sens.  A Washington, aux bureaux du Times, où l’on essayait de rédiger un article mettant en relief les « circonstances troublantes », on essayait de joindre chez eux par téléphone certains hauts fonctionnaires de l’administration.

Il s’agissait de savoir, en dehors de la façon dont Cardona avait pu être au courant à l’avance des désertions des pilotes, pourquoi le nom de l’aviateur arrivé à Miami avait été tenu secret alors que l’on avait autorisé la publication de photos qui montraient nettement son visage et le numéro 933 sur le nez de son bombardier.


En outre, le Times demandait si La Havane ne serait plus en mesure de connaître promptement l’identité d’un pilote de l’aviation militaire cubaine qui avait pris la fille de l’air avec un bombardier B-26.  D’autres journalistes de Washington et de Miami voulaient savoir où se trouvait le troisième avion, puisque trois pilotes avaient paraît-il, déserté.



Un reporter, à Miami, vit les impacts des balles, mais il remarqua que de la poussière et de la graisse recouvraient les charnières de la soute à bombes du B-26 933, et que les mitrailleuses de l’avion ne semblaient pas avoir tiré. Par ailleurs, alors que dans l’armée de l’air de Castro les B-26 avaient un nez en plexiglass transparent et des mitrailleuses dans le fuseau de l’aile, ce B-26 avait huit mitrailleuses de 50 dans un nez métallique ». 


Bref, la fausse information de la « défection » de pilotes cubains avait rapidement été éventée  grâce à la perspicacité de la presse US  !!!  Ce qui ruinait déjà l’invasion à venir !!!

« Ainsi, par suite de la collision inévitable entre le mécanisme secret du gouvernement et une presse libre, à ce point de choc entre le gouvernement invisible et le monde extérieur, le monde réel, l’opération de la baie des Cochons commençait-elle à perdre sa consistance.  Comme le président Eisenhower l’avait découvert un an auparavant lors de l’affaire de l’avion U-2, et comme le président Kennedy s’en apercevait maintenant, essayer de tromper la presse et le pays pour protéger une opération clandestine c’était pour le gouvernement, une affaire extrêmement délicate et risquée » écrivent les deux journalistes, qui avaient donc perçu très vite, et avant tout le monde, avec cet exemple, l’écart grandissant entre les deux pouvoirs en place, entre la CIA et un président pas même mis au courant de ce que celle-ci faisait exactement !!!

Le contre-pouvoir présidentiel était déjà là, présent, sous la forme d’images destinées à intoxiquer les foules  (ci dessous le télex envoi aux rédactions par la CIA et ci-dessus l’intox du faux pilote cubain au visage à moitié masqué (4)) !!!


Un terrorisme intérieur, en Floride, préconisé à la place !


La CIA était-elle déjà devenue folle (trois B-26 photographiés à Opa-Locka – Miami : les fameux  « défecteurs cubains » tout droit sortis des stocks de l’armée US !) ?  On serait à même de le croire à lire la suite.

Une autre opération encore présentant de laisser envahir l’île de tubes à vides « piégés » de manière à perturber toutes les communications radio basées sur ce type de composant (« Operation Smasher »).  Une autre suggestion ridicule avait aussi été faite dans un autre mémo, appelé « Operation Dirty Trick », au sein de « l’Opération Mongoose ».  Cela consistait à rejeter la faute sur Cuba, si d’aventure le voyage dans l’espace de Glenn se serait mal passé (ce qui a failli se produire, sa fusée de freinage n’ayant pas été éjectée du bouclier de sa capsule !!!).

Bien plus grave encore, la CIA préconisait aussi d’avoir recours à un terrorisme intérieur manipulé, avec dissémination d’attentats à la bombe, à Miami même :  «Nous pourrions développer une campagne de terreur cubaine communiste dans la région de Miami, dans d’autres villes de la Floride et même à Washington, » dit un seul document à partir de 1962 qui se lit comme suit. « La campagne de terreur pourrait être dirigée vers les réfugiés cubains qui cherchent refuge aux États-Unis.

Le point « a, » dans ce cas, signifie que les réfugiés cubains seraient visés par la violence. Violence faite pour ressembler aux actes de terroristes cubains radicaux fidèles au régime Castro.  « Nous pourrions couler une cargaison de Cubains en route vers la Floride (réelle ou simulée), » continuait le document.  « Nous pourrions encourager les tentatives sur la vie des réfugiés cubains aux États-Unis, même dans la mesure d’en blesser, afin que ce soit largement diffusé.

Faire exploser quelques bombes de pains de plastic dans les endroits entièrement choisis, l’arrestation d’agents cubains et la mise en circulation des documents fabriqués accusant la participation cubaine serait donc utile pour présenter l’idée d’un gouvernement irresponsable. «   En somme un des responsables de la CIA n’hésitait pas, à l’époque, d’assassiner ceux que le pays soutenait, dans le seul but d’en accuser Fidel Castro !!  Tuer leurs propres alliés !!!  Affligeant, sinistre et sidérant (ou précurseur ?) !!!  De la folie !

La Nouvelle-Orleans, second foyer anticastriste


L’autre approche encore est l’infiltration de ces groupes d’exilés pour les surveiller ou les contrôler.  L’idéal serait d’avoir quelqu’un pouvant passer pour un supporter de l’extrême droite anti-castriste d’un côté, et qui pourrait aussi, de l’autre, être un individu qui pourrait débarquer à Cuba avec une image « compatible » avec le communisme ambiant.  Un oiseau rare, en quelque sorte, qu’il faudrait nécessairement former.

C’est à la Nouvelle-Orléans que l’on va contacter Lee Harvey Oswald, là où il est né en fait.  En janvier 1954. Lee Harvey n’a alors que quinze ans, et on le retrouve dans une sorte de milice para-militaire, la « Civil Air Patrol » (ou CAP, plutôt d’extrême-droite, Oswald l’étant, en ayant souvent montré par exemple un racisme viscéral).  Un groupe formé, on le verra plus loin par un magnat du pétrole texan, aux idées d’extrême droite, nostalgique du fait qu’il n’avait pu devenir pilote en raison d’une mauvaise vue (ce qui ne l’empêchera pas de chasser en savane plus tard comme on va le voir).


Un groupe de jeunes recrues, donc, qui a comme instructeur David Ferrie, un pilote d’avion plutôt excentrique, homosexuel avéré à une époque où c’est encore perçu comme une tare, qui est aussi un agent de la CIA (ce serait lui qui aurait transporté les tireurs mafieux à Dallas, et les aurait exfiltrés après).

L’homme à une drôle d’allure : malade, se disant rongé par le cancer, il porte une perruque et a teint ses sourcils, ou plutôt les peint, ce qui lui donne une tête de clown véritable.


On possède un cliché révélé fort tardivement, pris par Chuck Frances, et transmis au site Frontline en 2003 seulement par John B. Ciravolo, des rencontres Oswald-Ferrie, où les pseudo-militaires faisaient un barbecue, une photo prise en 1955.

Tony Atzenhoffer, et Layton Martens, deux autres « cadets » du CAP authentifieront la photo, mais Ferrie niera toujours avoir rencontré Oswald !  Y compris devant le FBI le 25 novembre 1963, où il ne reconnaîtra qu’être entré en contact avec Sergio Arcacha Smith, autre figure d’extrême droite des exilés cubains.

Ferrie, un homme-clé à l’étrange allure



Ferrie, à l’allure si étrange alors qu’il avait été séminariste, dans sa jeunesse, et le tout premier témoin des liens entre Oswald et la CIA, figure également dans l’ouvrage de Garrison, mais à une place un peu spéciale, car lui aussi on l’a en effet retrouvé mort « suicidé », chez lui, avec deux lettres dactylographiées à ses côtés… non signées de sa main !

Garrison soupçonnera une mort au médicament Proloïd, ingurgité massivement et ayant provoqué un arrêt cardiaque.  La méthode parfaite pour se débarrasser d’une personne encombrante.  Une des méthodes utilisées par la CIA !  « La mort soudaine de David Ferrie était pour nous une catastrophe.



Je n’arrivais pas à oublier la remarque prophétique que Ferrie avait faite à Lou Lyon à propos des articles de journaux le concernant :  « Je suis un homme mort. »

Et je n’arrivais pas non plus à me sortir de l’idée qu’il s’agissait peut-être d’un meurtre.  De toute façon, nous venions de perdre notre meilleure chance de boucler l’affaire. 

Avec le concours, conscient ou non, de David Ferrie, qui nous orientait vers Clay Shaw et ses compagnons, nous aurions pu constituer un dossier en béton contre Shaw. Sans Ferrie, ce serait beaucoup plus difficile » écrit, dépité, Garrison (page 131 de l » édition française de France-Loisirs, en 1988), un courageux Garrison, dont on sait qu’il échouera dans son enquête.

En 1993, trente ans après les faits, surprise, on retrouvera le plan de vol de l’avion de Ferrie en date du 8 avril 1963.  Un avion qui était un petit Taylorcraft L-2 et non un DC-3.  Il avait déjà remplacé son petit Stinson Voyager, visiblement trop fatigué par ses nombreuses expéditions un peu partout..  A noter que ses deux avions étaient les versions civiles d’appareils d’observation militaire.  Outre Ferrie comme pilote, il y avait comme passagers, les dénommés Lambert, Diaz et « Hidell », voyageant de la Nouvelle-Orleans à Garland, au Texas.

Or Hidell était le pseudonyme employé communément par Oswald, notamment lors des achats de ses armes.  Une enquête où il avait croisé également l’ancien agent du FBI Guy Banister, anticommuniste notoire (membre de la très réactionnaire John Birch Society) devenu « Assistant Superintendent of the New Orleans Police Department« , avant de fonder sa société de détective privé et d’être le responsable également de « l’Operation Mongoose » (3) : une autre tentative de renverser Castro, approuvée en 1960 par Eisenhower, poursuivie par Kennedy, et supervisée par le général Lansdale (ci-dessus, le Herald-Times Reporter du 31 mai 1975, dans lequel Lansdale affirme que Kennedy était bien derrière les tentatives d’assassinat de Castro).

Le très étrange lien avec Bobby



Le bureau du « Newman Building » de Banister (ci-dessus) était dans le même bâtiment que le Cuban Revolutionary Council et le Crusade to Free Cuba Committee de Sergio Arcacha Smith, deux groupes anti-castristes à tendance dure !  Et celui qu’ouvrira plus tard Oswald… À la méme adresse !
Le parti du Front Démocratique Révolutionnaire (FRD) d’Arcacha Smith ayant comme « bénévole » David Ferrie !  Arcacha Smith étant lié en affaires et en amitié avec le multimillionnaire Haroldson L. Hunt, que l’on retrouve sans trop de surprises derrière cet excité cubain ayant besoin d’argent.


Très vite, pourtant, à peine arrivé à Miami, l’homme avait été surveillé par le FBI : un agent dépêché spécialement sur place, De Brueys, qui pratiquait couramment l’espagnol, avait ainsi pu apprendre qu’il avait contacté le 23 décembre 1960 l’entreprise Export Packers à la Nouvelle-Orléans pour l’obtention par « le FRD de bazookas et un petit bateau. »

Mais Smith avait d’autres chaperons, visiblement.  On remarquera tout d’abord que sa boîte postale était à Coral Gables, en Floride, juste à proximité du bureau du JMWAVE, la station locale de la CIA chargée du dossier Castro, et que sa surveillance était donc aisée (à Coral Gables, on trouvera ça aussi).


Garrison, qui avait donc bien levé un sacré lièvre en enquêtant sur les ramifications du réseau des cubains de la Nouvelle-Orléans demandera à voir témoigner Arcacha Smith, un refus de comparaître propre et net lui sera signifié par… John Connally, le sénateur blessé lors de l’attentat de Kennedy :  Smith étant alors incarcéré dans une cellule au Texas !  On n’aurait pas voulu en savoir davantage sur l’assassinat qu’on ne s’y serait pas pris autrement !  Difficile à comprendre, même cinquante ans après… et pourtant, l’explication était simple.

Tout ceci avait une explication en fait, et elle est lourde de sens: Les Kennedy avaient eux-aussi sous la main des anticastristes, alors qu’extérieurement ils prônaient un rapprochement avec Castro, avec à leur tête une vielle connaissance, Sergio Arcacha-Smith :  « jusqu’à l’époque où Arcacha a pris sa retraite de l’activisme anti-Castro et délaissé la Nouvelle-Orléans (sous un nuage de mauvaise gestion financière), il a toujours revendiqué avoir étroitement travaillé avec la direction clandestine du procureur général Robert Kennedy pour les mouvements anti-Castro.

Il décrira sa relation à RFK dans une interview strictement hors-micro avec l’éditeur de la revue Life, Richard Billings, en 1967.  « Off the record », a-t-il insisté « parce que je ne veux pas embarrasser M. Kennedy et ne pense pas qu’il serait juste, que nous appelions M. Bobby Kennedy (il meurt en 1968, un an après cet interview) à chaque fois que nous avions quelque chose à signaler ou pour lui demander conseil.  Il savait ce que je nous faisions tout le temps.  Mais s’il vous plaît ne l’écrivez pas, car c’est « off ».  C’est la façon dont ça se faisait.  Nous appelions M. Bobby Kennedy et il y répondait . » (Mémo interne de Dick Billings , Life Magazine, Avril 1967 cité dans le livre de Gus Russo , « Live by the Sword » (Baltimore : Bancroft Press , 1998), p 142 .. ).  Des décennies plus tard Arcacha le dira avec plus de précision, pour Gus Russo, « chaque fois que nous avions besoin, par exemple d’envoyer des armes dans les camps au Nicaragua, je devais appeler Bobby.  Le lendemain, il répondait. » (Russo, p.142).

Double jeu à la maison Blanche


Les exilés cubains prétendument pourchassés par les Kennedy, au même titre que les mafieux, étaient donc leurs alliés (qu’en conclure entre Kennedy et ces mêmes mafieux ?) ?  Passionnante découverte, dont les preuves étaient pourtant devant nos yeux depuis des mois en 1963 :  à la Nouvelle-Orléans, ce n’était même pas la peine de se cacher, le bureau de Banister étant sous les fenêtres… de l’ONI (l’Office of Naval Intelligence), autre service secret fort impliqué dans la manipulation des cubains exilés.


Des caisses de munitions étaient parfois déposées sur les trottoirs des deux associations, sous le regard des employés de l’ONI sans que cela ne choque personne.  Des préparatifs douteux se faisaient au grand jour.  Le jeu de dupes allait durer longtemps ; la mort de Kennedy n’ayant en rien refréné les ardeurs des opposants à Castro.  Aujourd’hui encore, certains exilés y croient toujours, nous dit Courrier International :  visiblement ils bénéficient toujours de la même mansuétude gouvernementale américaine, 50 ans après !




(1) La seconde crise débute le 23 août 1958, elle a commencé lorsque l’artillerie de l’Armée populaire de libération commence à bombarder les îles de Quemoy et de Matsu dans le détroit de Taïwan vingt-quatre heures après que le président des États-Unis Eisenhower eut proposé à Nikita Khrouchtchev le premier sommet soviéto-américain de la guerre froide, et une réduction des armements nucléaires. Mao Zedong ne voulait pas que la question de Taiwan reste dans l’ombre.  Ces attaques provoquent le déploiement de la Septième flotte américaine dans le détroit.  Après quelques semaines critiques pendant lesquelles les îles furent en danger sérieux, les Américains réussirent à établir une ligne de ravitaillement à Quemoy, y débarquant publiquement, entre autres, de l’artillerie susceptibles de lancer des charges nucléaires tactiques.




(2)  « Le président John F. Kennedy était un grand fan des romans de James Bond d’Ian Fleming.  En fait, le commentaire de Kennedy lors d’une conférence de presse sur son amour des thrillers de Fleming a fait beaucoup pour placer les romans de Bond au sommet des listes des best-sellers.  Une influence du genre de James Bond était l’acceptation que les agents de renseignements avaient une «licence pour tuer», l’attribut définissant de la désignation de Bond comme 007. Dans l’argot de l’officier de renseignement des années 1960 c’est devenu connu comme «une fin avec un préjudice extrême».  Dans le roman d’Ian Fleming, après avoir reçu une licence pour tuer, l’agent du service secret britannique James Bond se rend à Madagascar, où il découvre un lien vers « Le Chiffre », un homme qui finance des organisations terroristes.  Il y apprend que Le Chiffre prévoit de recueillir de l’argent dans un jeu de poker de haut vol, et le MI6 envoie Bond pour jouer contre lui, en tablant sur leur plus récent « 00 » pour renverser l’organisation de l’homme.  Les opérations de la CIA de 1953 à 1960 ont été considérées comme de « petites pommes de terre » (peu dramatiques) par le Président, confiées dans leurs détails opérationnels à Allen Dulles, mais toujours avec la compréhension claire que le patron devait être mis au courant si les choses devenaient sérieuses.  Comme cela arrive invariablement avec les opérations secrètes, ce ne fut pas toujours le cas.  L’approche plus circonspecte d’Ike a conduit certains subordonnés à planifier tout, afin d’assurer un cas de dénégation plausible au sommet.  Un résultat a été les tentatives d’assassinat inspirées par l’agence contre Fidel Castro et Patrice Lumumba, avec lequel le directeur de la CIA Dulles a peut être été connecté, mais sur laquelle la connaissance d’Ike ou le rôle ne peut pas être démontrée ».




(3) Selon Wikipédia et selon Noam Chomsky « en 1989, l’Opération Mongoose « gagne le prix de la plus grande entreprise isolée de terrorisme international au monde. Toujours selon l’auteur, elle avait un budget de 50 millions de dollars par an, employait 2 500 personnes dont environ 500 américains, et resta malgré tout secrète pendant 14 années, de 1961 à 1975.  Elle fut révélée en partie par la Commission Church au Sénat américain et en partie« par de bonnes enquêtes journalistiques ».  A noter que lors de la commission Church siégeait aussi le texan John Tower.  La commission révélera des techniques sophistiquées pour tuer Castro, tel cet étonnant pistolet lanceur de fléchettes paralysantes, qui n’était donc pas un engin de science-fiction ni de série TV genre « Mission Impossible ».  « En 1975, lors des audiences du Comité Church, l’existence d’une arme secrète d’assassinat est venu en lumière.  La CIA a mis au point un poison qui devait causer à la victime une attaque immédiate du cœur.  Ce poison congelé peut se présenter sous la forme d’une flèche, envoyée à haute vitesse par un pistolet.  Le pistolet était capable de tirer le projectile de glace avec assez de vitesse de façon à ce que la fléchette irait droit à travers les vêtements de la cible pour y laisser seulement une marque rouge minuscule.  Une fois dans le corps le poison fondrait, et serait absorbé dans le sang.  Attaque cardiaque instantanée !  Le poison avait été conçu pour être indétectable par les procédures d’autopsie modernes ».  Voilà qui expliquerait facilement quelques disparitions de l’après 22 novembre, il me semble, non ?






(4) les cubains ne feront pas mieux, puisqu’ils exposeront longtemps dans leur Museo del Aire, à la Havane, au moins jusque dans les années 90 un autre modèle 933 prétendument « capturé » lors de l’invasion (photo ci-dessous).



Or cet appareil (le 44-34535) avait derrière lui une toute autre histoire.  Sorti des chaînes de montage de L.B. Smith Aircraft Corp, de Miami (spécialisée dans le « custom » de B-26), le 12 juin, 1959, il avait acheté par l’ USAF pour devenir le N8020E, puis était passé chez Smith Latin Americana Inc, Wilmington, le 29 décembre 1961 et Madden & Smith Aircraft Corp, Miami le 25 janvier 1962, puis chez Hamilton Aircraft Co, Tucson, en Arizona le 5 novembre 1963; et être acheté ensuite par Aero Union Corp, Anderson, Californie, en novembre 1963 … et repartir en Arizona chez Greg Board/Aero Associates le 26 mars, 1965.




En juin, le voici acheté par le Portugal qui l’enregistre sous le numéro 7101; et qui le repeint en olive green, pour l’envoyer dans la « Esquadrilha » “Os Diabos » (ci-dessus).  Envoyé combattre en Afrique il est abandonné à Luanda, en Angola, en novembre 1975 et… récupéré par les forces cubaines sur place… pour se retrouver au Musée de la Havane en 1989 arborant encore un autre 933 !

On peut relire ceci:
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-folies-de-la-guerre-froide-148137


Partie 4

En 1959, l’un des nœuds des préparatifs de renversement de Fidel Castro se situe à la Nouvelle-Orleans, qui constitue l’une des bases fondamentales de ceux qui souhaitent devenir des insurgés cubains pour renverser le régime communiste cubain.

Certains exilés ont fait partie des opposants au régime précédent de Fulgencio Batista, mais se sont opposés à un moment au nouveau leader du pays et entretiennent depuis une haine irréversible envers lui.  Associés aux mafieux des casinos jetés dehors de l’île par ce même leader, ils constituent une source de recrutement de choix pour une action secrète menée par la CIA : disposant d’argent frais (ils ont fui avec leur magot ou sont alimentés par les chefs de la mafia cubaine) ils représentent une force non négligeable, capable de lever des centaines d’hommes, payés en qualité de mercenaires, chez qui le sentiment patriotique n’est pas toujours de mise (ce n’est pas la majorité en tout cas).

D’autres soutiens financiers leur parviennent, dont notamment celui du milliardaire américain Howard Hughes, à l’anticommunisme viscéral et dont les bases organisées militairement se situent en Floride et dans les Bahamas, sous les yeux des autorités qui tolèrent ces groupes paramilitaires.  Tous bénéficieront en effet d’une large mansuétude de la part des autorités américaines, même si parfois le clan Kennedy semblera se lasser de leurs frasques à répétition, les conjurés se montrant trop souvent incontrôlables…

Organisation et équipement


La piste de la Nouvelle-Orleans nous amène à des livraisons d’armes, pour les exilés cubains.  Des armes, c’est à dire aussi de l’argent.  Pour équiper des escouades d’activistes, il faut de l’argent, beaucoup d’argent, et les exilés en ont.

Enfin, surtout un.  Il s’appelle Rolando Masferrer, et présente un CV passablement chargé.  Cet ancien rival en politique de Castro (il a eu sa carte au parti communiste et a même été membre de la brigade Abraham Lincoln lors de la guerre d’Espagne !), qui avait même aidé Castro à tenter de renverser Trjuillo à St-Domingue, avait aussi dirigé à Cuba une organisation paramilitaire violente connue sous le nom des « Tigres de Masferrer« , chargée essentiellement de combattre elle aussi Batista.  Responsable également d’un organe de presse ; Masferrer avait été inculpé en 1959 par le tribunal révolutionnaire de Santiago de Cuba, avec ses deux lieutenants Rilde René Pérez et González Feria pour assassinat, trahison, blessures, vol et abus de biens sociaux.  Le procès avait mis en évidence la mort notamment du jeune Iglesias Mario Vega.  Echappé de l’île et pourchassé par Castro, il était arrivé le 7 janvier 1959 en Floride sur le yacht Olokun II, avec 26 autres exilés (…).  Cuba réclamant immédiatement son extradition, pour le fait surtout d’avoir subtilisé plus de 10 millions de dollars des caisses de l’Etat.  En fait c’est bien davantage : il en a emmené avec lui 17 millions dans ses bagages (une somme considérable pour l’époque), fondant avec un mouvement appelé les « 30 de septembre », ou Cuban Nationalist Movement, qui aura des liens avec l’autre mouvement anticastriste, Alpha 66 !

Des gens douteux autour de lui


Les États-Unis avaient bien sûr rejeté la demande des cubains ; et le 26 janvier il avait obtenu l’asile politique.  Le début d’un engrenage dangereux, tant le remuant Masferrer va poser problème avec son obsession de vouloir tuer Castro coûte que coûte, et en multipliant les actions de sabotage, tout d’abord, qui avaient la préférence de Bobby Kennedy, celui-ci soutenant secrètement ses actions (comme on a pu le voir à l’épisode précédent), voyant ainsi un moyen de harceler le leader cubain ans avoir à le supprimer.


Mais le gouvernement US semblait avoir surtout oublié les liens qu’entretenait Masferrer avec des mafieux, tel Fulgencio Batista, juste après le coup d’Etat 1952.

Le dictateur Batista était déjà lié aux gangsters italiens de la Cosa Nostra, à Meyer Lansky et Santos Trafficante, les propriétaires des grands casinos de Cuba, chassés, on le sait, par Fidel Castro.


C’est toute une frange douteuse qui s’est insinuée d’emblée chez les anticastristes.  Parmi les contacts réguliers de Masferrer, on compte en effet Santo Trafficante Jr (ci-dessus), et le terrible leader syndical des camionneurs Jimmy Hoffa, deux personnes que les frères Kennedy venaient de se mettre à dos les trois années précédentes en leur cherchant des poux.

Ce que confirme Manuel Rodriguez Orcarberro, de la DRE : « j’en étais à obtenir des fonds supplémentaires, j’en dirai ceci et pas plus, du Syndicat [du crime] de la Nouvelle-Orléans, pour Alpha 66. A  ce moment-là, Rolando Masferrer était le grand argentier clé, faute d’un meilleur intermédiaire, pour Alpha 66.  Le financement principal est venu du Syndicat, en raison des connexions de Masferrer avec ces personnes de retour de Cuba.

Il avait des liens avec Santos Trafficante, Jr., et d’autres éléments criminels. du crime organisé, purement et simplement.  Il avait également différents liens avec Jimmy Hoffa [le chef de file du syndicat de « Teamsters » affilié].  Dès 1962, je crois.  » (« L’homme qui en savait trop », Dick Russell, p. 333).  Selon des sources, Hoffa avait offert 50 000 dollars à Masferrer pour se débarrasser de Castro.

La CIA aux commandes, les armes cachées dans une île


Le Boston Traveler avait un excellent journaliste en la personne de John Raymond, qui tint à l’époque ses lecteurs des préparatifs des actions contre Cuba dans les moindres détails.  C’est lui qui interviewera notamment Alexander Rorke, comme leader sur place à Miami d’un des groupes anticastristes, mais en ignorant visiblement qu’il était de la CIA.

Le 2 mai 1963, voici ce qu’il décrivait (repris dans le San Francisco Chronicle du 30 avril 1963, titré « How Raiders Bombed Havana« ) alors que JFK venait de déclarer la guerre aux exilés en tentant d’en arrêter les actions, jugés désormais irresponsables par le gouvernement US : « il y a 160 000 cubains réfugiés à Miami sur une population normale d’un million.  Il sont divisés en près de 65 petits groupes, tous dédiés au renversement du régime de Castro.  Environ 15 de ces groupes ont apparemment encore un soutien financier solide, paraissent très organisés, et sont en train de fournir des armes à la guérilla cubaine ou organisent des raids sur la terre ferme.


Ces Freedom Fighters – connus comme étant les « aviateurs de Rorke » – sont le seul groupe d’américains.

Pour aider à freiner les raids de commandos sur l’île de Cuba, les Etats-Unis ont renforcé leurs navires et les avions de patrouille dans les Bahamas et le détroit de Floride.  Il s’agit notamment aujourd’hui de 16 bateaux de patrouille, de 4 grands navires, de 22 petites embarcations et de 18 avions.  » Sommes-nous censés rester assis ici et ne rien faire ?  » dit le jeune cubain dont le groupe a été souvent vu avec les combattants de la liberté.

Comme il parlait, il était occupé à bourrer des grenades de poudre noire.  Rorke et Jan Dorfman, un ex Bostonien venu pour répondre à l’appel de Sid Horshman devaient alors décoller pour les Bahamas. Rorke m’a dit qu’il voulait vérifier si certaines armes cachées sur l’une des petites îles situées à environ 50 miles au sud-est de Nassau à proximité de Exuma Sound y étaient toujours.


« Je pense que nous devrions aller les ramasser avant que quelqu’un ne les découvre » a dit Rorke, ajoutant  » Il y a trop de bateaux britanniques qui fouinaient ici ces derniers temps ».  Notre premier arrêt sera à Bimini en volant une demi-heure à l’Ouest de Valrn Beach. Nous avons atterri sur un timbre poste de piste d’atterrissage sur Norman Cay, où la police de Nassau a arrêtés dernièrement 17 cubains sur le bateau de Rorke, le Violynn III.


Notre pilote a posé le Beechcraft bimoteur lors d’un autre saut de puce, et nous avons retrouvé les armes – laissées pour la fin – dans une toile enterrées juste sous la surface de sable, avec deux bombes de 100 livres (…) il y avait des munitions dans des conteneurs métalliques de l’armée américaine, couvertes de graisse (les uns étant de petite machine peu coûteuse) et d’autres des fusils automatiques.  Ceux-ci seront empilés dans un bateau et transférés par avion et par bateau à l’autre Key.  « Ils vont être ramassées dans une semaine pour la livraison à Cuba », précise Rorke, alors que l’avion dévalait à nouveau la piste près d’une maison sur une île tellement petite que quelques cartes aéronautiques seulement montrent son existence ».


Le journal « Desert Sun », dans son N° 226, du 26 avril 1963 relatera le bombardement par Rorke des raffineries Esso et Shell de la Havane par le petit bimoteur, via des bombes artisanales de 100 livres.  Les deux gouvernements, Cubain et américain nieront cette attaque.

Sur l’île de l’admirateur d’Hitler !



Cette île, je vous en avais déjà parlé, c‘est celle de Carlos Lehder, trafiquant de cocaïne… et grand admirateur d’Hitler (et de John Lennon) !  L’associé d’alors s’appelle Georges Jung, qui le chargera au tribunal pour bénéficier d’une remise de peine.  Il deviendra le héros du film Blow, très représentatif de l’époque… Rorke avait en fait un double casquette, ce qu’on a pu vérifier récemment en scrutant les propositions de vente de photos historiques sur E-Bay.

L’une d’entre elle est un véritable trésor pour la période.  On distingue (ici, trois mercenaires dont Alexander Rorke en train de monter en urgence dans leur appareil.  Ce document est une rareté à conserver, car il indique qu’il montait alors à bord d’un appareil fort particulier: un énorme Consolidated PB4-Y2 Privateer, semblant totalement démuni de marquages.  Un avion-espion (en version photographique, il a été envoyé régulièrement au bord des côtes cubaines) utilisé par l’Office of Naval Intelligence (ONI), et que l’on retrouvera en fin de carrière comme avion d’incendie.  Des hommes habillés en civil montant à bord d’un tel engin de taille respectable ne pouvaient être que de la CIA.  Surtout si l’un d’entre eux prétendait avoir été au préalable journaliste de télévision !



Un vrai cimetière sous-marin d’avions


La base de la CIA en Floride étant sur l’aéroport d’Opa-Locka, reliant directement Retalhuleu, au Guatémala.  Aux abords de Norman Cay, un nombre conséquent d’épaves d’avions jonchent la côte, dont des DC-3 et des C-46 militaires, la plupart déguisés en appareils civils, ceux qui ont servi à Rorke et à ses amis pilotes de la CIA.


Parmi les contacts de Rorke, on note celui de Charles Willoughby (1), de son vrai nom Adolf Tscheppe-Weidenbach, fils d’un baron allemand devenu généralissime après avoir été formateur à Fort Benning, où il avait dès les années 30 professé des idées fort droitières.  MacArthur le surnommant pour cette raison « mon petit fasciste«  !


L’homme était fort proche également des industriels riches et fascisants ou des politiciens qu’étaient Billy James Hargis, grand ami du général Walker et aussi anticommuniste primaire que lui, l’organisateur de la « Christian Crusade« , membre de la John Birch Society, mais aussi de l’inévitable Haroldson L. Hunt, le milliardaire texan aux idées fascisantes, ou de John Rousselot, accusé par un agent du FBI d’avoir fomenté un complot contre les Kennedy avec Walker justement.  Encore un cocktail détonant de personnalités extrémistes autour de l’affaire !

Tentatives d’assassinats, sabotages répétés et apparition du nom Carcano



A peine installé depuis deux mois à Miami, le vindicatif Rolando Masferrer organise déjà un complot le 28 mars 1959, visant à assassiner Fidel Castro, avec l’aide d’Armentino Feria Perez et l’agent de la CIA Frank Sturgis, ainsi que d’autres personnels de la CIA et du FBI impliqués, tous sous la direction directe de Richard Bissell (et Richard Helms donc aussi nécessairement, tout comme devait l’être… Robert Kennedy).

Selon le capitaine Bradley Earl Ayers, un parachutiste de la CIA, c’était le général Victor Krulak en personne (ci-dessus sa biographie au titre évocateur), le spécialiste de la contre-insurrection du JCS, qui organisait directement les opérations attribuées à des groupes d’exilés qui étaient « planifiées et menées sous la supervision de la CIA … à partir de bases dans le sud de la Floride ».

Selon Ayers, l’homme qui les dirigeait au nom de la CIA était David Phillips, qui travaillait alors sous le pseudonyme de « Maurice Bishop« . Masferrer faisant aussi fait partie à la même époque de la Caribbean Legion dirigée par Cayo Confites, pour renverser Rafael Trujillo à St-Domingue et il prévoyait aussi de débarquer un jour à Haïti !  Rien ne semblait l’arrêter !  Le très remuant Masferrer s’était vite montré en effet intenable : en juin 1959, il s’en était pris à l’ambassadeur cubain à Miami, Alonso Hidalgo Barrios, qu’il avait agressé violemment.


Avec ses 17 millions, il achetait à tour de bras des bateaux et des armes, avec la bienveillance des américains, qui ainsi n’avaient pas à se soucier de l’intendance d’une armée fantôme à entretenir.  Son aisance à rassembler des mercenaires avait vite attiré l’attention du milliardaire Howard Hughes, jamais en reste quand il s’agissait de s’attaquer au fief communiste qu’il pouvait voir de sa nouvelle résidence des Bahamas.

En décembre 1960, le Miami Herald annonce en effet que Hughes « entretien et entraîne à Miami, dans un ranch, 53 mercenaires » (ceux de Masferrer, à gauche l’avion privé de Rorke qui transportait les armes et les mercenaires, un Beechcraft 18).

Il y a du travail, en effet : deux mois avant, une de leurs expéditions à échoué lamentablement : sur quatre bateaux partis harceler Cuba, un seul atteint la côte et trois américains (Allan D. Thompson, Anthony Zarba et Robert O. Fuller) ont été faits prisonniers et ont été probablement exécutés, à Nibujon, entre Baracoa et Moa Bay.


Au point de vue armement, le groupe de No Name Key, financé par Masferrer et Hughes, bénéficie de livraisons hétéroclites : le but étant de ne pas emmener d’armes spécifiquement américaines, ou provenant de l’armée américaine régulière (les armes voient toutes leurs numéros limés).

Un des mercenaires (que l’on retrouvera plus loin), Gerry Patrick Hemming, donnera un renseignement important sur leur provenance (c’était le 3ème occupant de l’avion qui disparaîtra plus tard le 24 septembre 1963 – avec Alexander Rorke, Jr et un ex-pilote de l’USAF Geoffrey Sullivan) : « Hall (Loren Eugene Hall ; lié à Ferrie, qui travaille avec ce groupe) a décollé avec Molina et Al, bientôt rejoints par un autre espion de Castro, qui utilisait le nom de Manuel Manolo Aguilar.



J ‘ai vite découvert que le FBI était derrière cette réunion de Larry Howard, Bill Seymour, et Al !. Dans leur avion, Hall et Aguilar n’ont pas eu de mots assez durs envers Joe Garman, Steve Wilson, et les autres membres du commando pour ce raid sur Cuba, et ceux qui se joignaient à cette étrange « Opération Kamikaze »‘ !

L’auteur révélant au passage la nature de l’armement emporté : Cependant, l’ex-sénateur sous Batista Rolando Masferrer, sous les ordres de la CIA, a promis de fournir des armes de son arsenal. Les contributions de Masferrer devaient, paradoxalement, inclure une partie de ses fusils italiens Mannlicher-Carcano 6.5 mm, dont beaucoup ont été stockés à la maison de la famille Fuller ».  Des fusils « Carcano » ?

Mais voilà qui nous fait tendre l’oreille : c’est un de ceux-là, justement, que l’on a attribué à Lee Harvey Oswald et comme étant celui avec lequel il aurait tué JFK !!!

Une mise au point douteuse



Les fameux fusils décrits par Hemming étaient effectivement venus d’Italie, via un brooker américain ayant pignon sur rue, et achetés également par la CIA et par Tracy Barnes (il a participé à l’éviction d’Arbenz avec Operation Success, les tracts de propagande conçus avec David Atlee Phillips, pour aider Castillo et c’est lui aussi qui supervisera le débarquement de la Baie des Cochons).

Des carabines issues des stocks de l’armée italienne (il y en avait 1/2 million d’exemplaires à vendre au sortir de la guerre !) révisées par Riva à Storo, près de Brescia et achetées en masse par Adam Consolidated, entre autres. 5200 exemplaires avaient quitté Gênes le 28 septembre 1960 et avaient été envoyés par cargo aux Etats-Unis (sur l’Elettra Fassio), enrobés de gel Cosmoline pour les protéger.


 En janvier 1962, l’armurier Klein en avait commandé 400 modèles de type Carcano 91TS de 36 pouces au grossiste Crescent Firearms.  L’armurier ne mettra pas la photo exacte en publicité, affichant le modèle « suprême » M91  à la place du M91TS (pour Truppe Special) : selon l’histoire officielle façon Warren, le premier lot déjà épuisé, Klein aurait vite remplacé ses 36 pouces par des 40 (le fusil dépasse donc tout juste le mètre de long), des M91/38, donc nettement moins répandus que les autres : le modèle qu’était censé avoir utilisé Oswald à Dallas ?  Or la commande massive de Klein ne portait pas sur des modèles de 40 pouces !!!

Un bon et un mauvais Carcano ?


L’engin, arrivé en masse, se retrouvait alors dans toutes les armureries à un prix défiant toute concurrence (moins de 15 dollars, soit une excellente affaire pour l’armurier qui l’avait été acheté entre un peu plus d’1 dollar et 3,60 dollars pièce !!!).

« En 1962, Barnes a été placé à la tête de la Division des opérations nationales.  Robert Morrow a prétendu plus tard que Barnes a recruté Richard Case Nagell et l’a envoyé à la Nouvelle-Orléans à l’été 1963.

Barnes a également demandé à Morrow d’acheter plusieurs armes : « On m’a dit spécialement d’en obtenir de bonnes, des Mannlicher-Carcano 7.35 mm.  Un 6.5 mm n’était pas un fusil précis du tout, et ne pas être considéré comme tel.  Je me souviens d’être allé chez les surplis de Sunny… à Towson, dans le Maryland.  Ils avaient un mur entier de Mannlichers, de Mauser, et d’autres fusils.  J’en ai choisi quatre, que je sentais était assez bons ».

Morrow a affirmé que les fusils ont été transportés par David Ferrie dans un avion privé et réceptionnés à la Nouvelle-Orléans ».  Les deux fusils italiens cités, s’ils se ressemblent beaucoup, sont donc très différents question efficacité : le 7.35 mm et le 6.5 mm Carcano n’ont pas du tout la même réputation : « tout cela peut être un peu difficile à suivre, mais pense le dire de cette façon : le fusil court et plus récent, le M38 de calibre 7.35 mm a été produit de 1938 à 1940.  La production d’une carabine plus courte en 6.5 mm M91/38 (le fusil présumé d’Oswald ) n’a pas commencé avant 1940 et s’est terminée à la fin de 1940 !


«

« Que lui est-il arrivé ? Quelqu’un peut-il trouver un autre fusil militaire avec une telle courte période de production ?  Qu’y avait-il de si mauvais dans ce 6.5 mm M91/38 (le fusil avec lequel Oswald a prétendument assassiné JFK).

Pourquoi a-t-il a été remplacé après seulement un an de la production ?  » note un forumeur curieux et dubitatif… qui précise qu’il y a donc bien « un bon » et « un mauvais » Carcano, en résumé, et qu’à l’entendre, les exilés cubains avaient hérité des « bons », et Oswald du « mauvais » !  Le calibre 7.35 étant le « bon » et le 6.35 le « mauvais »…

Les explications tirées par les cheveux de la commission Warren


On va assez vite s’en apercevoir une fois Kennedy tué, car selon les ineffables experts (du FBI !!!) appelés à la barre lors de la commission Warren, le fusil d’Oswald aurait bien été « un 7.35… rechambré en 6,5 » vont venir dire des experts « maison »….« Les experts du FBI ont fait une détermination indépendante du Mannlicher-Carcano et de son calibre par l’insertion d’une cartouche de 6,5 millimètres dans l’arme par un ajustement, et en faisant une prise d’empreinte soufrée de l’intérieur du canon de l’arme et sa mesure de la pression au micromètre.  D’aspect extérieur, l’arme semblait être un fusil en 7,35 millimètres, mais son mécanisme avait été rechambré avec un canon de 6,5 millimètres.

Etrange mise au point !  « Extérieurement, la seule différence entre le 7,35 mm M38 et 6,5 mm M91/38 est la hausse arrière » précise le même forumeur. « Le 7,35 mm M38 est équipé d’une hausse fixe, entaillée de zéro à 300 mètres tandis que le 6,5 mm M91/38 a été équipé avec la même hausse, mais allant de zéro à 200 mètres seulement (220 yards).


Il semble que les armuriers n’étaient pas aussi optimistes sur les capacités du 6,5 mm à longue portée comme ils l’étaient sur celles des 7,35 mm.  Cela est compréhensible, car la balle du 7,35 mm était de plus grand diamètre, mais avec 130 grains, elle était beaucoup plus légère que la 6,5 mm à 162 grains (le « grain » étant la poudre, et par extension le poids de la balle). En photo, trois balles de respectivement de gauche à droite 8mm, 7.35mm et 6.5mm).

Pourquoi donc avoir autant tenu à faire cette mise au point ?  Pour laisser entendre que le mauvais fusil aurait pu en devenir un bon ???  L’explication de cet étrange modification qu’aurait subit le fusil d’Oswald, selon les fameux experts ne tiendrait-elle pas plutôt dans la distance à atteindre avec le non moins fameux « troisième tir » fatal d’Oswald, celui remis le plus en cause ?… voilà pour la première apparition de « spécialistes » chargés de défendre à n’importe quel prix la thèse officielle du seul Oswald comme assassin.  On en retrouvera d’autres, au long de cette enquête.

Confusion sur la taille du fusil



Le fusil a été l’objet d’une autre remarque saisissante : il y a une belle confusion sur la commande qu’aurait fait Oswald, selon cet article signé Martha Moyer de mars 1996 : la Commission Warren parle d’un autre modèle que celui qu’aurait commandé Oswald.

« The rifle…was a bolt-action, clip-fed, military rifle, 40.2 inches long and 8 pounds in weight. Inscribed on the rifle were various markings, including the words « CAL. 6.5, » « MADE ITALY, » « TERNI, » [the city of the manufacturer: the Royal Arms factory] and « ROCCA » [the manufacturer of the bolt cocking piece]; the numerals « 1940 » and « 40 » [the year of manufacture]; [and] the serial number C2766…. The Rifle bore a very inexpensive Japanese four-power sight, stamped, « 4 X 18 COATED, » « ORDINANCE OPTICS INC., » « HOLLYWOOD CALIFORNIA…. »

Or à ce moment-là, la commande de « Hidell », le faux-nom d’Oswald, porte sur une publicité de fusil de chez Klein de 36 pouces et non de 40 !!!  Deux inspecteurs avaient retrouvé la publicité pour le fusil dans des magazines stockés dans le garage des époux Paine, les « amis » d’Oswald.  La publicité ne provenait pas du magazine « American Rifleman« , mais d’un autre, appelé « Guns and Ammo. »  Démonté, le modèle 36 ressemble surtout beaucoup plus au paquet qu’aurait amené Oswald à la Bibliothèque en le décrivant comme « barres à rideaux ».


Un enquêteur tardif retrouvera un bout de commande déchiré dans le garage d’Adrian Thomas Alba portant pour un 36 pouces.

La conclusion de Moyer étant sans détours : « en résumé, les longueurs de fusils de Klein ne peuvent pas être établies avec certitude, bien que les publicités de Klein avant février 1963, illustrent une arme de 36 pouces.  Mais pourquoi une entreprise de la taille de Klein tromperait-elle ses nombreux clients avec une fausse annonce pour une arme de 36 pouces alors que la compagnie n’avait qu’une arme de 40 pouces disponible ?

Quelqu’un a apparemment « organisé » des informations sur le fusil pour impliquer Lee Harvey Oswald dans l’assassinat du président John F. Kennedy ».  Car en ce cas, Oswald n’aurait même pas utilisé « son » fusil.  Un M38 « short rifle »au calibre 6.5 mm… a faible vélocité.  Alors que la fameuse photo de son jardin (on verra plus loin laquelle) montrait un fusil de… 40 pouces !



Toujours est-il que l’expédition de la Baie des Cochons a bien eu lieu, sous le mandat de Kennedy et même au tout début de celui-ci; et qu’elle s’est soldée par un échec retentissant.  Le 15, des avions partis du Nicaragua bombardent les aéroports et aérodromes de Santiago et de la Havane.  Cela démarre par une tentative de leurre : les B-26 requis extraits des surplus US , ont été peints aux couleurs des avions cubains, au plus grand mépris des règles internationales.  L’idée de la CIA qui est à la manœuvre est de faire croire à une rébellion des aviateurs contre Fidel Castro avec cette attaque surprise.



 La CIA tablait d’ailleurs sur une révolte intérieure contre Castro… qui ne se produira pas. Ce dernier a beau jeu de clamer à une attaque du style de Pearl Harbor !!!  C’est la « fameuse » brigade 2506 qui débarque le 17 avril  à Playa Larga et Playa Girón, deux plages de la Baie des Cochons: elle est très vite mise en déroute par les milices de Castro et de Che Guevara et par les quelques avions cubains encore en état de vol, dont certains, entraînés par des pilotes russes, se montreront il est vrai héroïques (en photo à gauche le LT Del Pino devant son T-33).  A droite, un des vieux « Tempest » à hélice des cubains, qui abattra des B-26.


Un lamentable fiasco de début de règne



L’échec est dû à plusieurs choses, raconte en 2011 Jacob Machover dans « Anatomie d’un désastre », décrit ici dans le Figaro : « Cinquante ans après, il est temps d’en finir avec la vision erronée que le monde a de cette opération de la Baie des cochons : ce n’est pas un débarquement américain.


Ils étaient tous Cubains et la plupart avait combattu Batista. » explique l’auteur qui tient à rappeler le contexte historique.  D’après lui, la mémoire de la résistance française était très présente chez les membres de la brigade 2506 qui ont débarqué sur la Playa Giron, quinze ans après la fin de la  seconde guerre mondiale.

Nous étions en pleine guerre froide.  Che Guevara revenait de Moscou avec des promesses de livraisons d’armes et d’avions militaires.  Cuba était devenu une affaire interne de la politique étasunienne . Lors de la campagne électorale présidentielle en 1960, la révolution cubaine avait été très présente ».




« Les combattants anticastristes croyaient en John F Kennedy, en ses promesses d’aides formulées durant la campagne électorale de 1960, plus précises que celles de Richard Nixon et certainement beaucoup plus effectives que les garanties du président Eisenhower» écrit l’universitaire ».

C’est cela surtout qui va rester : le ressentiment énorme contre un Kennedy qui les a laissés tomber ( les vestiges d’artillerie des combats), alors que lors des débats télévisés de 1960 il avait promis davantage de les aider que Nixon, qui faisait déjà beaucoup et effectivement dans le genre.. « Ce dernier pense que l’opération aurait pu réussir mais avance, dans son ouvrage, plusieurs raisons pour expliquer l’échec : d’abord la méconnaissance du terrain et de la réalité que vivait la population cubaine : quand ils débarquent, « les membres de la brigade 2506, convaincus qu’ils allaient être accueillis à bras ouverts par une population hostile au communisme, sont contraints de déchanter : Castro a su attiser le sentiment nationaliste des Cubains ».

En clair : la population soutenait la révolution. »  S’ajoute à cela une impréparation caractérisée de la CIA, de ses interprétations fallacieuses de l’état d’esprit des cubains, que Kennedy lui reprochera plus que vertement en limogeant aussitôt après ces « incapables« .  Créant un deuxième foyer de ressentiment et non des moindres contre lui.


« Ensuite, les autorités américaines ont décidé au dernier moment de changer le lieu du débarquement. Prévu dans la région de Trinidad, sur des plages d’accès facile, près des guérillas anti castristes des montagnes de l’Escambray avec lesquelles ils auraient pu se rapprocher, le débarquement s’opère finalement dans la baie des cochons, plus à l’ouest.  Une décision de dernière minute qui va tout compliquer.

Le terrain est si mal connu que les organisateurs du débarquement ignorent que Fidel Castro est en train d’y faire construire un complexe hôtelier et que le littoral est bordé de nombreux massifs coralliens ».  Mais il y a pire encore, il y a un Kennedy qui au milieu de la tourmente ne sait pas prendre la bonne décision, et qui surtout empêche une deuxième vague d’avions d’annihiler la résistance castriste, qui n’aurait pas tenu très longtemps sous les bombes. 

« Mais ce qui a été décisif, selon Jacobo Machover, ce sont les hésitations du président Kennedy qui annule une grande partie des opérations aériennes prévues en appui aux troupes débarquées.


 Une quasi trahison qui envoyait la brigade 2506 à un « casse pipe » voué à l’échec.  Ces atermoiements du président Kennedy s’expliquent aisément. En pleine Guerre froide, le Kremlin avait menacé, à mots à peine couverts, de représailles contre Berlin Ouest en cas de débarquements américains à Cuba.  Les exilés cubains de Miami pourtant, et surtout les membres de la brigade 2506, -qui avaient passé plusieurs mois à s’entrainer avec des membres de la CIA-, ne doutaient pas du soutien inconditionnel de Washington et de l’appui direct de l’armée américaine pour renverser le pouvoir castriste ».


 Deux groupes de personnes pouvaient déjà, à peine deux mois après son entrée en présidence, avoir envie de se venger sur sa personne.  Et même un troisième avec l’armée US, des généraux ayant été outrés par l’attitude de Kennedy à l’égard des combattants anti-castristes « lâchement abandonnés » : « ils ont combattu magnifiquement et n’ont pas été vaincus « , a souligné Jack Hawkins, un militaire multi-décoré de la seconde guerre mondiale, vétérinaire en Corée qui a aidé à les former.


« Ils ont été abandonnés sur la plage sans les fournitures et le soutien promis par leur sponsor, le gouvernement des États-Unis. » «Nous allons payer n’importe quel prix, supporter n’importe quel fardeau, supporter n’importe quel problème, soutenir n’importe quel ami, s’opposer à n’importe quel ennemi, pour assurer la survie et le succès de la liberté!» avait proclamé les commandants en chef Lynch et Hawkins juste trois mois plus tôt ».

Trois groupes de personnes influentes (et dangereuses), désireuses de se venger de Kennedy : ses quatre années démarraient fort mal, avec une élection pour beaucoup volée… grâce au bourrage d’urnes de la mafia, alors alliée de la famille Kennedy. A noter que Hawkins (ci-dessus) travaillait aussi pour la CIA. L’organisme condamnait ouvertement son propre président !!!

Kennedy, ou la CIA comme responsable de l’échec ?


En 2011 toujours, on découvrira d’autres secrets de ce lamentable fiasco, dont surtout celui la désobéissance de la CIA aux ordres présidentiels : « parmi les détails cachés au public toutes ces années il y a celui d’un fonctionnaire de la CIA qui a transféré des fonds du budget d’invasion pour «payer les types de la mafia» pour un complot d’assassinat contre Castro,  un complot si secret que le chef de la planification d’invasion, Jacob Esterline, n’avait pas avoué ce à quoi l’argent devait servir.  Malgré les instructions répétées de la Maison Blanche pour empêcher les forces américaines de participer directement afin de préserver la négation plausible de l’implication américaine, la CIA a finalement autorisé les pilotes américains à voler avec ses avions au-dessus des plages.


Les aviateurs avaient appris que, s’ils étaient abattus et capturés, ils devaient se présenter comme des mercenaires et que les États-Unis «nieraient tout».  Malheureusement, quatre aviateurs des États-Unis ont perdu la vie, et ce n’est qu’en 1976 qu’ils ont reçu des médailles lors de cérémonies que leurs familles ont été encouragées à garder secrètes (les cadavres de deux pilotes de B-26  l’Alabama Air National Guard recrutés par la CIA,  Thomas Willard Ray et Leo Francis Baker photographiés par les cubains :  leur avion abattu près de Playa Giron, ils avaient survécu au crash mais avaient été tués au sol par les cubains.


La double photo du haut les expose de leur vivant)...  Avant que Kennedy n’hérite du plan d’invasion de la Baie des Cochons de l’administration Eisenhower, le vice-président Richard Nixon a été un ardent défenseur de l’assassinat de Castro et avait exhorté la CIA à soutenir les «escadrons « hésistants »  et autres groupes d’action directe» opérant à l’intérieur et à l’extérieur de Cuba.  Peut-être le plus inquiétant de tous, le groupe de travail de la CIA chargé de l’assaut paramilitaire, ne croyait pas qu’il pourrait réussir sans que cela ne devienne une invasion ouverte soutenue par l’armée américaine.

L’évaluation faisait partie d’un mémoire préparé pour le président élu Kennedy et qu’il n’a jamais vu.  Kennedy a ensuite dit à un de ses aides que la CIA et les militaires ne croyaient pas qu’il résisterait à leur pression pour que les forces américaines s’engagent lorsque l’invasion était sur le point d’échouer ».

En somme, on a longtemps blâmé Kennedy alors que c’était la CIA elle-même qui avait tout fait foirer !!!  Le sort des quatre pilotes, longtemps caché au regard du public serait-il le point de départ de tout un système de dissimulation ?  Nous l’étudierons demain, grâce à l’ouvrage de Ross et Wise, si vous le voulez bien…

Nota : une très étrange coïncidence


Lors de cette fameuse invasion de la Baie des Cochons, un autre membre de la CIA était apparu.  Il s’agît de l’agent William (Rip) Robertson qui commandait le navire de ravitaillement Barbara J (2) et qui avait désobéi aux ordres en débarquant à Cuba avec la fameuse Brigade 2506.

Après l’expédition, il était devenu le membre du personnel de la station JM WAVE de la CIA à Miami.  En juin 1963, il a fait partie de l’expédition ratée de Pawley, avec John Martino, Eddie Bayo et Richard Billings, alors journaliste travaillant pour le magazine LIFE, tous débarqués secrètement à Cuba.  Or, selon certaines analysent de photo, on le retrouve sur Dealey Plaza, pendant l’assassinat de John F. Kennedy.

Robertson a ensuite été envoyé au Vietnam.  Il y est mort en 1970 du paludisme.  Les revenants de la Baie des Cochons, qui s’étaient estimés trahis par Kennedy, à juste raison, dira-t-on, souhaitaient ouvertement sa mort… mais étaient-ce les seuls à le vouloir ?



(1) Deux jours après l’assassinat de John F. Kennedy une opératrice de téléphonie à longue distance de Mexico recevait un appel téléphonique international quand elle a entendu une des voix disant:  « le plan Castro a été effectué, Bobby est le suivant. »  Le numéro de téléphone a été remonté et retrouvé. numéro qui appartenait à Emilio Nunez Portuondo, l’éditeur latino-américain du « Foreign Intelligence Digest » de Willoughby.



(2) Une explication sur le nom du navire : « comme le rapporte Russ dans Family of Secrets, il y a beaucoup de preuves comme quoi Bush utilisait sa large entreprise de forage pétrolier comme une couverture pour des opérations de la CIA, y compris dans les Caraïbes, dans les années 50 et 60.  En raison de ce qui semble avoir été l’implication de Bush dans l’opération d’invasion de la Baie des Cochons beaucoup ont supposé que les bateaux utilisés dans l’expédition ont été nommés par Bush lui-même.




Après tout, la compagnie de Bush, dont le siège est à Houston, a été appelé Zapata Offshore, et le nom de code pour la baie des Cochons était « Opération Zapata. » Les deux navires de transport utilisés dans l’opération étaient « The Houston » et le « J. Barbara « Et la femme de Bush, l’ancienne première dame, est bien sûr Barbara ».  L’auteur spécifiant plus loin qu‘elle ne semblait pourtant pas posséder de second prénom commençant par J, avec pour preuve un acte de famille de 1930.  Son nom complet est en effet  Barbara Pierce Welch Bush.  Pour  le Col. L. (Leroy) Fletcher Prouty, qui a appartenu à la CIA, en revanche, ça ne fait aucun doute, avec ces bateaux « repeints pour qu’ils ressemblent à des navires civils ». Selon lui les noms avaient bien été choisis par Bush senior.


NOTE : sur le Carcano, cette superbe mise au point

« Avant la liquidation finale du Ministère italien, des centaines de milliers de Carcano auparavant déclarés excédentaires avaient été achetés par l’International Firearms Company of Montreal. L’accord signé par la firme Adam était plus spécifique, pour payer 1,12 $ l’ unité pour les anciens modèles, et 3,60 $ l’unité pour les modèles plus récents, comme le fusil d’Oswald, un Carcano M91 / 38 qui avait été fabriqué à Terni en 1940.  Même neuf, le Carcano de 1940 était fabriqué avec des supports mal ajustés et du bois lisse; mais l’ensemble était un bijou de précision, avec « un design modifié de Mannlicher qui était bien usiné à partir d’un acier spécial tchèque de haute qualité. »  Avant de reconditionner les fusils – ou de raccourcir le canon des longs fusils – pour le marché américain, Adam avait contracté l’armurier italien Luciano Riva pour un prix unitaire de 1,72 dollar. En opérant d’une usine à Storo, près de Brescia (la maison des fabricants d’armes Beretta et Breda), Riva ramassait les quantités de fusils de l’entrepôt militaire à Terni (environ à 100 km au nord de Rome) pour les porter avec un camion sous escorte policière à 460 km au nord de Storo.  À la fin d’octobre 1960, Riva avait complété 12 expéditions en vrac, pour un total de 44 490 fusils reconditionnés envoyés en Amérique. Le modèle C2766 a été parmi les fusils remis à neuf chez Riva, pour se retrouver parmi les derniers des expéditions Riva envoyé à Adam. Soit 520 caisses – dont chacune contenait 10 fusils chacun scellés dans un gel de Cosmoline – qui ont quitté leur usine pour Gênes le 28 septembre 1960. Le 24 octobre, l’expédition de Riva est arrivée dans un entrepôt de stockage, à Harborside Terminal, dans le New Jersey. Alors que le Carcano était en train d’arriver, Oswald et sa famille d’origine russe ont entrepris un voyage semblable vers le Nouveau Monde.  Le 2 juin 1962, le navire hollandais SS Maad a navigué de Rotterdam à destination de New York. Comme le navire a procédé à quai à Hoboken, dans New Jersey, le 13 juin, Lee Harvey Oswald a passé moins d’un mile du C2766.  Neuf mois et la moitié d’un continent séparent les deux trajets ».


Partie 5

L’histoire des mercenaires Thomas Willard Ray et Leo Francis Baker, morts lors de l’opération de la Baie des Cochons avec deux autres pilotes de la CIA est à bien des égards le début de tout, ou presque.  Ça paraît surprenant, dit ainsi, mais c’est le cas.  Le début surtout des « fake news » dont on en entend aujourd’hui parler, sans se rendre dès bien compte que depuis 1960 c’est devenu l’univers commun des américains, manipulés tous les jours comme des lemmings.  Dans leur livre prophétique, David Wise et Thomas B.Ross ont relaté dans le détail cette lente descente vers l’enfer de la fausse information et ses ravages à tous les niveaux : auprès des familles bien sur des soldats décédés, tenues dans la plus parfaite ignorance du sort de leurs maris, de leurs frères ou de leurs enfants, mais aussi auprès de l’opinion publique qui ne sait pas encore qu’un cohorte de tâcherons engagés par l’Etat sont chargés de rédiger, dans la presse papier notamment, mais aussi pour la télévision qui est en train de prendre son essor, des versions largement expurgées des événements.  Chargés de réécrire l’histoire qui venait de se faire, dans un forme achevée de révisionnisme pervers journalier.  Cette même équipe évoquera à plusieurs reprises la propagande soviétique, en se gardant bien de la comparer à la sienne, bien entendu.

Avec l’affaire des 4 pilotes morts au dessus de Cuba, commençait en effet une longue, très longue période de mensonges qui ne cesseront de manière illusoire qu’avec l’affaire du Watergate, pour recommencer encore et encore juste après, pour aboutir à la fable entretenue d’un Ben Laden insaisissable (ah, les textes remaniés tous les deux jours de Schmidle (1) !!!) en passant par la terrible phase du 11 Septembre, véritable sommet du genre.  L’Amérique ment ouvertement depuis, dissimule des faits ou les réécrit, tout simplement, quoi qu’elle fasse. Ce qui ressort des documents lisibles des années après leur rédaction sont les larges retouches de noir masquant une partie de leur contenu.  La « déclassification » n’existe jamais totalement, les secrets demeurent longtemps, trop longtemps.  De voir une marionnette actuelle devenue président se plaindre des fausses informations véhiculées par la presse, c’est oublier que ces 50 dernières années, aux USA, c’est bien le pouvoir en place le principal vecteur de la désinformation dans le pays !

Tous originaires de Birmingham


Particularité étonnante des quatre pilotes décédés au dessus de la Baie des Cochons, ils habitaient tous la même ville, en Alabama, ont remarqué les deux auteurs.  » En 1963, quatre veuves dont les maris avaient péri à la baie des Cochons habitaient Birmingham, dans l’Alabama (la ville également du « Klan » qui n’affichait pas toujours un drapeau du Sud confédéré, mais bien le drapeau national comme on peut le voir ici à gauche !).

Tout au long de l’été brûlant de cette année-là, Birmingham fut partagée entre la frayeur et la violence.  Mais le climat d’angoisse dans lequel vivaient les veuves n’avait rien à voir avec les troubles raciaux dont la ville était le théâtre.  Une main invisible leur adressait à chacune, tous les quinze jours, un chèque de 245 dollars.  Et elles redoutaient que cette main invisible ne suspendît les paiements si elles parlaient trop.  Pour l’une des veuves, Mrs Margaret H. Ray, petite brune séduisante et douce, ces craintes s’étaient décuplées parce qu’elle avait entendu parler de la machine à détecter le mensonge, parce qu’elle s’imaginait que ses conversations téléphoniques étaient enregistrées, parce qu’elle se croyait sous surveillance.

Fantasmes d’une veuve affligée, seule au monde avec ses deux petits enfants?  Peut-être.  Mais, à y bien réfléchir, peut-être pas. Car le cas des quatre veuves de Birmingham est à certains égards une tragédie du vingtième siècle :  du George Orwell ou du Kafka transposé dans la réalité.  Les maris de ces quatre femmes s’appelaient : Thomas Willard Ray, Léo Francis Baker, Riley W. Shamburger Jr (2) et Wade Carroll Gray.  C’étaient les quatre aviateurs américains de la C.I.A. qui avaient péri le 19 avril 1961 au cours des combats aériens de la baie des Cochons. »

Des volontaires recrutés dans l’armée


Lorsqu’ils s’étaient envolés de Puerto Cabezas (cf « à la Vallée Heureuse ») le 19 avril, les 6 avions peints aux couleurs de l’armée cubaine avaient pour leader le B-26 de Billy « Dodo » Goodwin, major dans l’Air Guard de l’Alabama, et Gonzalo Herrera, un pilote cubain surnommé « El Tigre ».  Tous étaient volontaires, le lieutenant cubain Mario Zuniga, et son observateur ayant décliné la proposition.

L’avion de Riley et Wade’s touché à la fois par l’attaque d’un T-33 et la DCA cubaine s’est écrasé dans l’eau, une fin tragique aperçue par un des autres B-26. A près avoir fait plusieurs passes de bombardement, l’avion de deux autres pilotes fut lui aussi touché par la DCA, ils réussirent à se poser vivants sur la plage, mais ils furent ensuite été abattus par les cubains.

Un corps… congelé pendant 18 ans !


Le corps de Thomas Willard Ray, étrangement, sera conservé congelé dans une morgue avant d’être rendu à sa famille… 18 ans plus tard.

Castro le conservait comme preuve de l’évidence de l’attaque de la Baie des Cochons ! I l faudra attendre 1979 pour qu’un livre reconnaisse leur action, et 1982 pour que les familles reçoivent les médailles de bronze et d’argent de la CIA… sans que leurs noms ne soient toujours révélés au grand public.  Un général parlera d’eux néanmoins encore  comme étant des « mercenaires ».  Lorsque le texte parle de ‘l’été brûlant » de 1963, il faut entendre par là les énièmes soubresauts des problèmes raciaux de l’Etat, et des émeutes, dans une région demeurée l’une des plus ségrégationnistes du pays.  Son gouverneur, George Wallace  étant ouvertement… raciste, empêchant sur place les élèves noirs d’intégrer les écoles, malgré les directives fédérales.

Une tentative d’assassinat en 1972 le laissera paralysé.  Devenu chrétien Born Again, il regrettera plus tard ses dérives ségrégationnistes.

Un recrutement bien spécial


Comment avaient-il été recrutés, Ross et Wise nous l’expliquent un peu plus loin. Comme il fallait agir avec discrétion, on usa d’une société prête-nom : « en 1960, lorsque la C.I.A. reçut d’Eisenhower le feu vert pour enrégimenter des exilés cubains, elle commença à se mettre en quête de pilotes américains qui puissent servir d’instructeurs.

Étant donné que les Cubains seraient pourvus de B-26 et C-54, il était logique qu’on cherche des Américains ayant piloté ce type d’appareils pendant la guerre.



C’est ici qu’Alex Carlson et la Double Chek Corporation entrent en scène: la société et son président servirent simplement de couverture à la CIA pour le recrutement des pilotes.  Il fallait pourtant dénicher, des anciens combattants prêts à participer à une action clandestine (la garde nationale de l’air en Alabama, en Virginie et en Arkansas étaient les dernières unités à utiliser encore couramment les B-26 et les C-54) .

C’est là que la C.I.A. alla frapper.  Deux douzaines de pilotes passèrent contrat avec la C.I.A. par l’entremise de la Double Chek.

La plupart des pilotes recrutés venaient de l’Alabama et surtout de la région de Birmingham.  Le médecin de l’unité était originaire de Montgomery. »  L’idée, dès le départ, avait donc été de s’équiper des mêmes avions que les Cubains, des B-26, de les peindre pareil, pour faire croire à une diversion et une révolte interne des aviateurs soutenant Castro.



C’était faire fi du patriotisme de ces mêmes pilotes.  Les avions utilisés parmi les 6 ce jour-là provenaient des 8 B-26 fournis à la Fuerza Aérea Guatemalteca à l’été 1960.   On relèvera là-bas les numéros FAG 400, 404, 408, 412, 420, le 424 étant celui d’entraînement au départ.  La photo ci-dessus à gauche ne montre pas ce genre d’appareil, mais bien ceux des cubains, prise à Campo Libertad, au temps de Batista, dont un exemplaire noir du fameux « 931 » que les américains copieront… sur un modèle différent de B-26, à nez plein.  Celle de droite en haut de chapitre montre un B-26 de la CIA utilisé à la baie des cochons.  On notera les lourdes roquettes HVAR de 12.7 cm « Holy Moses » sous les ailes.

Entraînés au Guatemala



Les hommes sélectionnés par un général US plutôt charismatique et apprécié par ses hommes, s’entraînèrent discrétement à Retalhuleu, au Guatemala (ici le B-26 400 guatemaltèque passant discrètement du domaine militaire au domaine civil).  Tous avaient été choisis dans l’Air Guard de l’Alabama :  « le général Reid Doster, au sympathique visage de bouledogue, qui commandait la garde de l’air de l’Alabama joua un rôle capital dans l’opération de la C.I. A., à Retalhuleu (en 1963, Doster quitta la CI.A., reprit son commandement en Alabama et demeura personnellement en tête de la 117e escadrille de  reconnaissance de la Garde de l’Air).



Comme la Garde de l’Air de L’Alabama était placée sous l’autorité de la 9e Tactical Air Force installée sur la base de Shaw, en Caroline du Sud, Doster alla voir le major général David W. Hutchinson qui en était le commandant. I I demanda et obtint pour lui-même et une douzaine de ses hommes, un congé.  Ainsi, Doster et ses pilotes rejoignirent la C.I.A. en qualité de civils.  De chacun des pilotes américains la C.I.A. exigea par écrit et sous serment le secret absolu.

Pour Doster, elle se contenta de sa parole de général. Tous souscrivirent à l’engagement de ne jamais révéler l’existence des camps d’entraînement et à plus forte raison ce qu’on y faisait, pas plus que ce qui allait se passer à la baie des Cochons«

Une opération sous la responsabilité de la CIA

L’ensemble de l’opération a bel et bien été menée de bout en bout par la CIA, via Double Chek explique ici Quitoxic Joust :  en janvier 1961, des avions non marqués ont commencé à faire de fréquents vols de nuit à partir de longs terrains d’aviation inutilisés à Clewiston et à Opa-Locka, en Floride.  C’est en janvier que quatre membres de la garde nationale de l’Alabama, tous anciens pilotes du bombardier léger de la Seconde Guerre mondiale, le B-26, ont été recrutés.  Ces hommes ont été payés 2 250 $ par mois chacun, plus 200 $ par mois pour les dépenses, comme leurs survivants l’ont déclaré.  Au total, apparemment, environ 21 pilotes ont été embauchés pour former des Cubains.

Le gouverneur Orval E. Faubus de l’Arkansas (un sénateur opposé à la ségrégation) a révélé cette année que la plupart sont sortis de la Garde nationale aérienne de son état.  Les Flyers de l’Alabama ont été embauchés par un homme qui s’est identifié comme Alex E. Carlson de la Double Chek Corp., de 1045 Curtis Parkway, Miami Springs, en Floride [près de l’aéroport de Miami Springs et où le country club est aujourd’hui.  La rue a été nommée pour «Glenn H. Curtiss [qui] avait pensé la région désirable pour commencer une école de vol en 1916 avec son associé, James Bright.  Ensemble, ils ont acheté 17 000 acres de broussailles et pâturage qui des années plus tard deviendraient Miami Springs, Hialeah , Et Opa-Locka. « ].

Double Chek a été formé le 12 mai 1959, par Carlson avec un capital de 500 $ pour s’engager dans une grande variété d’activités commerciales. Après l’invasion Carlson a dit qu’il agissait simplement comme une agence d’emploi pour une préoccupation latino-américaine non identifiée ».

Le secret absolu avait été promis


Dés le départ, l’opération qui s’intitulait Opération Puma devait rester totalement secrète, même auprès des membres de la famille des pilotes. « Thomas Willard Ray avait trente ans quand il mourut; il était né à Birmingham le 15 mars 1931.  Il commença à fréquenter Margaret Hayden alors qu’il était encore à l’école secondaire de Tarrant.  Il servit dans l’armée de Pair de 1950 à 1952 et fut démobilisé avec le grade de sergent-chef.  En décembre de cette année-là, « Pete » Ray entra dans la Hayes International Corporation, importante société d’aviation dont la principale installation se trouvait à l’aéroport de Birmingham.

Ray devint inspecteur technique chez Hayes, mais il entretint ses qualités d’aviateur en pilotant des B-26 et des F-84 à la garde nationale de l’Alabama.  Le 5 février, Mrs Ray et les enfants allèrent s’installer dans la maison de la mère de Mrs Ray, à Birmingham.  Son mari partit le même jour.  Il ne dit pas pour quelle destination.  Il se borna à informer sa femme qu’elle pourrait lui écrire à l’adresse suivante : c/o Joseph Greenland, boîte 7 924, poste centrale, Chicago (Illinois).  Aucun Joseph Greenland ne figure sur l’annuaire téléphonique de Chicago en 1960, 1961 et 1962.  L’adresse était une boîte aux lettres de la C.I.A.; le fonctionnaire de la C.I.A. qui se fit appeler «Greenland » — Terre verte — fut sans doute incapable de résister à la tentation de choisir un nom de code inspiré par la végétation verdoyante tropicale de Cuba.

Margaret écrivait à son mari aux bons soins de Joseph Greenland, et il lui répondit par des lettres portant le cachet de différentes bases de l’armée de l’air.  Pete ne revint chez lui qu’une fois, le 10 avril, pour quarante-huit heures ; il était très bronzé.  Pendant son séjour, il ne dit pas à sa femme ce qu’il faisait; mais elle avait lu des articles de journaux et elle s’en doutait.  Elle lui confia ses soupçons. — Si tu as appris quoique ce soit, lui dit-il, n’en parle surtout pas, parce qu’ils envisagent de soumettre les épouses des pilotes à l’épreuve de la machine à détecter le mensonge.


Il expliqua qu’ « ils » étaient capables de le faire, pour s’assurer que les femmes de Birmingham n’avaient pas commis de « fuites de sécurité ». »  L’homme avait été recruté en début d’année 1961 seulement :  « en janvier 1961, Léo Baker se rendit à Boston pour assister aux obsèques de son père.  Il prévint Cathy qu’il attendait un coup de téléphone.

Peu après, à la fin de janvier, Barker partit; la communication téléphonique arriva après son départ.  Il ne dit pas à Cathy où il allait.  Mais il lui précisa qu’elle pourrait lui écrire aux bons soins de Joseph Greenland à l’adresse de Chicago. L’une de ses lettres avait été postée à Washington, mais d’habitude son courrier portait le cachet de la poste de Fort Lauderdale, en Floride ».

L’absence de support aérien


Leur échec fut aussi provoqué par l’absence de l’arrivée des Skyhawks de l’Attack Squadron 34 (VA-34) des « Blue Blasters » pourtant promis pour les protéger.  « Le mercredi 19 avril, il se portèrent volontaires tous les quatre pour piloter des B-26 au-dessus des plages afin de relever les pilotes cubains à bout de forces.  Ce qui arriva par la suite a déjà été raconté dans ce livre.

Peu avant le décollage, les quatre aviateurs de la C.I.A. furent informés qu’ils bénéficieraient d’une protection aérienne de la part d’avions à réaction de la marine basés sur un porte-avion (Après que le Président eut autorisé les appareils de la marine, leurs marques et insignes couverts de peinture, à voler pendant une heure au lever du jour, Richard Bissell avait communiqué la nouvelle à la Vallée Heureuse).  Mais par suite de la confusion des fuseaux horaires (3), les B-26 arrivèrent au-dessus de la baie des Cochons après le départ des chasseurs de la marine.

Comment les deux avions ont-ils été abattus?.  Différentes versions ont circulé, mais la plupart coïncident sur le sort de Shamburger et de Gray qui tombèrent à la mer, et de Ray et Baker qui s’écrasèrent au sol ».



Selon l’ouvrage  « False Flags, Covert Operations, & Propaganda de Robert B Durham », ce sont des renseignements rapportés par le survol de l’île par un avion U-2 ayant filmé les premiers dégâts du débarquement qui aurait fait revenir Kennedy sur sa décision de lancer plus longtemps les Skyhawks en soutien.  Selon Robert B.Durham, le jour de la toute première attaque, le 15 avril, aussi « un de ces attaquants a été endommagé par des tirs anti-aériens.

L’avion a été abandonné à environ 50 km au nord de Cuba, avec la perte de son équipage Daniel Fernândez Mon et Gaston Pérez, son autre compagnon B-26. également endommagé, a continué vers le nord et a atterri à Boca Chica (dans la station aérienne navale de Key West) en Floride.

L’équipage, José Crespo et Lorenzo Pérez-Lorenzo, se sont vus accorder l’asile politique et sont rentrés au Nicaragua le lendemain via Miami et via le vol quotidien d’un C-54 vol de la CIA de l’aéroport d’Opa-locka à l’aéroport de Puerto Cabezas.  Délibérément numéroté 933, le même qu’au moins deux autres B-26 ce jour-là pour des raisons de désinformation, il a été tenu à l’écart jusqu’au 17 avril’.

Une fabrication complète

Les cubains découvrirent sur le corps de Baker des documents qu’ils s’empressèrent de mettre sur place publique.  Mais ils étaient bien sûr tombés sur de faux documents : « Le pilote américain agresseur, dont le cadavre est entre les mains des forces révolutionnaires, s’appelait Léo Francis Bell » indiquait le communiqué après la chute du B-26.  « Il portait sur lui son permis de vol n° 08323-LM qui expire le 24 décembre 1962; sa carte de sécurité sociale n° 014-07-6921; sa carte grise de voiture délivrée au 100, Nassau Street, Boston 14, Massachusetts. L’adresse du pilote yankee est 48, Beacon Street, Boston.  Il mesure un mètre soixante-huit. »  (C’était la taille de Baker, note Ross et Wise, car c’était effectivement lui ; Bell était un faux nom paravent de la CIA !).  Impossible avec ce système de vérifier pour les familles qui était mort à Cuba.

Le mépris des familles


Une fois l’échec de l’opération constatée, notamment grâce aux photos ramenées par l’U-2, tout va être fait pour dissimuler aux familles, en un premier lieu, ce qui s’était exactement déroulé : « A un journaliste venu l’interviewer, Mrs Gray déclara que son mari n’était pas davantage un mercenaire.  Pendant la courte période de son absence, il touchait 1.990 dollars par mois ».



L’emprise de la désinformation gouvernementale fut forte dès le départ : pour éviter de parler d’avions d’attaque et de bombardement perdus en combat, on fit des pilotes tués des pilotes d’avions de transport ayant eu un accident :  « trois jours après son retour à Miami, Carlson annonça à la presse qu’à son avis le C-46 avait effectué une mission de soutien au cours de l’invasion cubaine.  Mais il précisa que cette mission n’avait pas été commandée par la principale organisation des exilés, le Front démocratique révolutionnaire.  » Il existe beaucoup de soi-disant fronts et de riches personnages, tous impatients de jouer leur rôle », annonça-t-il.

« L’associé de Carlson à Double-Chek, Raymond W. Cox, raconta aux journalistes de Miami que, à l’origine, la société avait été constituée en vue de l’achat d’un cheval de course.  Il ajouta qu’il ignorait tout des aviateurs ». Les veuves auront beau écrire à l’administration pour obtenir des éclaircissements, on ne leur répondra jamais ce qu’avaient pu faire exactement leur époux.  La chape de plomb complète.  La veuve de Thomas Willard se verra ainsi répondre que « les archives de nos services, ne contiennent rien ayant trait aux circonstances de l’accident de celui-ci qui, à l’époque, ne faisait plus partie des cadres de l’armée active ».  Alors qu’elles recevaient toujours de l’argent…

Un silence payé cher



Car pour maintenir le silence des familles, on continua donc à verser la solde des aviateurs :  « peu après le bref séjour de Carlson à Birmingham en mai 1961, commencèrent à affluer chez les quatre veuves des chèques mystérieux tirés sur la Hialeah-Miami Springs Bank et signés par Carlson.  Peu après, un changement intervint : les chèques émanèrent de la Bankers Trust Company de New York.  Ils arrivaient tous les quinze jours.

Les cinquante-deux premiers étaient de 225 dollars chacun.  Ensuite le montant s’éleva à 245 dollars, soit un peu plus de six mille dollars par an pour chacune des veuves.  Les chèques de la Bankers Trust étaient simplement signés par un employé de la banque et tirés sur un dépôt constitué à la banque.  Mais rien n’indiquait l’origine des fonds.  Il est toutefois évident que l’argent provenait de la C.I.A ».

Les critiques couvent


Mais le scandale couvait, en raison de la fort mauvaise gestion de l’affaire de l’avion soi-disant « échappé » de Cuba pour venir se réfugier en Floride. Une affaire de désinformation encore que la sagacité des journalistes avait su déceler très rapidement (voir  épisode précédent).  Le sénateur Mansfield fut le premier gêné par la tournure des événements.  « Il dit également que quelques personnalités du Congrès avaient été averties que quatre Américains avaient été tués pendant l’invasion; mais Mansfield ajouta qu’il ignorait comment les aviateurs avaient péri.

Le 4 mars 1963, à la suite de la révélation de Dirksen, Carlson répondit aux journalistes qui enquêtaient sur les chèques des veuves qu’un « groupe d’Amérique Centrale avait autorisé Double-Chek à prévoir un dépôt pour des paiements dans le cas où les hommes perdraient la vie.  Maintenant, les veuves reçoivent ces dédommagements. » (…) Ces quatre hommes, dit-il, « n’ont jamais été considérés comme des soldats de fortune.  Ils savaient que leur tâche comportait des risques, puisqu’il s’agissait d’une opération anti- castriste, mais ils étaient poussés par leurs sentiments personnels autant que par l’espoir d’une compensation intéressante. »

Kennedy coincé, se défile


Mais le feu convait, forçant Kennedy à intervenir publiquement :  « le surlendemain, 6 mars 1963, l’administration aux abois se décida à faire, indirectement une concession à la vérité.

A la conférence du Président les propos suivants s’échangèrent entre Kennedy et un journaliste. Question : Monsieur le Président, pouvez vous nous dire si les quatre Américains qui périrent à la baie des Cochons étaient des employés du gouvernement ou de la C.I.A. ? (cela commence à 3’36 ici dans la vidéo) Réponse : Eh bien ! je voudrais préciser qu’un bon nombre d’américains, au cours des quinze dernières années, ont servi leur pays de bien des manières différentes, et notamment à l’étranger. Quelques uns ont perdu la vie.

Le gouvernement des États-Unis n’a pas estimé conforme à son intérêt, en particulier étant donné la lutte que nous avons entreprise dans le monde contre cette doctrine qui parfois utilise les armes, d’entrer dans des détails.



Permettez moi de dire simplement ceci à propos de ces quatre hommes : ils servaient leur pays.  Pour le vol qui leur a coûté la vie, ils étaient volontaires.  Si, étant donné la nature du travail qu’ils avaient à accomplir, il m’est impossible de rendre publiques les conditions dans lesquelles ils ont trouvé la mort, comme cela l’aurait été pour des soldats ou des mutins, laissez moi vous dire encore que ces hommes servaient leur pays et, ainsi que je l’ai déjà dit, qu’ils étaient volontaires ».

L’aveu était de taille, sous couvert de la belle langue de bois.  Le 6 mars 1963, Kennedy avait (enfin) reconnu -à demi mot encore – que 4 pilotes américains étaient bien morts durant l’opération ratée et non pas dans un accident d’avion de transport survenu au Guatemala !  Il lui avait fallu deux années pour le reconnaître, l’invasion datant de 1961, rappelons-le !

Le début d’une longue saga de mensonges répétés

Mais il n’avait pas pour autant cité la CIA et ses magouilles.  L’administration Kennedy venait de s’enfermer dans ses propres mensonges, font adroitement remarquer les deux auteurs : « L’administration se trouvait placée devant un délicat dilemme.  D’une part, elle ne pouvait en avouer davantage sans courir le risque de se voir obligée de reconnaître qu’elle avait trompé Mrs Shamburger (cf la femme du troisième pilote US tué) et caché la vérité au public.

D’autre part, si elle divulguait le dossier relatif aux quatre aviateurs, une foule de questions explosives aurait été soulevée :  pourquoi les avions à réaction de la marine et les B-26 qui avaient été abattus ne s’étaient-ils pas trouvés ensemble au même moment au dessus des plages? Pourquoi alors que le Président avait déclaré le 12 avril 1961 que les forces armées des États-Unis » n’interviendraient pas « quelles que soient les circonstances », il était, sept jours plus tard, revenu sur sa décision et avait permis que les avions de la marine, leurs marques et insignes dissimulés, assurent pendant une heure la protection aérienne de l’opération.

Ces questions n’auraient certes pas manqué de causer quelque embarras à la Maison Blanche, mais c’étaient des questions politiques, qui ne touchaient en rien désormais à la sécurité du pays, et le silence fait autour des informations qui auraient pu les provoquer ne se justifiait pas.  Avant l’opération de la baie des Cochons, et à partir du moment où le Président s’était engagé à aider l’invasion, ce souci de sécurité était compréhensible. Immédiatement après l’affaire, peut-être était-il encore nécessaire de camoufler le rôle des aviateurs américains pour protéger la position politique des États-Unis.  Mais, en 1963, puisque le rôle des États-Unis et de la C.I.A. a été publiquement reconnu par Robert Kennedy, on imagine mal comment, au nom de la sécurité, l’histoire des quatre aviateurs pouvait être encore considérée comme un secret d’État.  Par le fait, l’administration se trouvait prisonnière de ses propres mensonges ».

Des histoires à dormir débout servies en pâture aux familles

Comme Kennedy n’avait pas tout avoué, on continua donc à mentir.  Aux familles, en priorité : « Carlson et McDowell restèrent une demi-heure avec Margaret dans la maison de sa mère, puis ils s’en allèrent.  Margaret leur laissa entendre qu’elle ne croyait pas un mot de leur histoire.  Le jeudi 4 mai, Carlson tint une conférence de presse à Birmingham.  Il annonça que les quatre aviateurs étaient portés manquants et présumés morts après que leur C-46 eût décollé d’un terrain d’Amérique Centrale pour effectuer un transport de marchandises.  Carlson expliqua qu’il était le représentant de la Double-Chek Corporation de Miami.  Il ajouta qu’au début d’avril la Double-Chek avait mis des Cubains anti-castristes en contact avec les aviateurs, mais il ne précisa point si les quatre aviateurs avaient participé à l’invasion.  On leur avait recommandé de n’utiliser la radio qu’en cas de nécessité absolue, expliqua Carlson.  Ils ont rendu compte qu’un moteur était tombé en panne et qu’ils perdaient de l’altitude ».

Des « moteurs » (?) , comme excuse, on utilisa le mot pour une autre veuve, sans beaucoup plus de tact :  « Moi aussi, dit-elle, j’ai reçu là visite de Carlson.  Il m’a dit que mon mari était mort, que je ne n’avais plus qu’à refaire ma vie.  Il m’a dit qu’on avait repéré l’un des moteurs  de l’avion, flottant dans l’eau : je ne savais pas que les moteurs flottaient. » Quant à Cathy Baker, elle déclara : – Ils savaient ce qu’ils risquaient ; pas moi ».  La perversité du système de la CIA, où même les familles ne devaient rien savoir !!!

Le principe de la CIA des société fictives et des boîtes postales vides

On continua longtemps en effet, jusqu’à descendre dans le veule et n’en faire que des mercenaires attirés par l’argent alors que c’était bien un général d’armée qui les avait recrutés au départ : »au cours de l’été 1963, dans un entretien privé à Miami Springs, il (cf : Carlson) répéta qu’il persistait à croire que les quatre hommes s’étaient engagés dans cette affaire uniquement pour de l’argent.  Il exhuma un épais dossier, après l’avoir consulté, déclara que Shamburger et Ray avaient été payés 2.200 dollars par mois, Gray, 1.500 et Baker 1.700.   Double-Chek a été contacté en 1960 par un « front » de l’Amérique Centrale.  Un moment plus tard, pourtant, il reconnut que les « recruteurs » qu’il refusa de désigner plus précisément, «ressemblaient à des hommes d’affaires américains ».  Ils lui auraient été recommandés par « quelqu’un, sur l’aéroport de Miami » et là aussi, il refusa de dévoiler l’identité du mystérieux personnage.  Il affirma, en outre, que sa compagnie avait été constituée pour gérer les biens d’un certain client.  « J’ai été désigné comme président, dit-il, pour protéger l’incognito de mon client. »

Ce client, selon lui, « venait de Tchécoslovaquie » et voilà d’où Carlson aurait tiré l’idée du nom de sa société. »  Ce fut certainement le pire mensonge de tous, laissant entendre que derrière cette action étrange il aurait pu y avoir un soupçon de manipulation du KGB !!!  Carlson n’avouera jamais rien de son rôle au sein de la CIA :  « Quant à l’histoire que Cox avait raconté à propos de l’achat d’un cheval de course, ce n’était que « du baratin ».  « Les recruteurs, poursuivit Carlson, sont venus me voir pour m’expliquer qu’ils avaient besoin de pilotes de ligne et ils m’ont demandé si je pouvais me servir, comme prête-nom, d’une société inscrite au registre du commerce.  J’ai cherché dans mes dossiers, j’ai sorti la  Double Chek, cette solution a paru les satisfaire ».  Rien de rien : selon lui il ne savait même pas d’où provenait l’argent accordé aux veuves :  « en ce qui concerne les chèques envoyés aux veuves, il ne savait rien. Au début, « Double-Chek avait un compte à la banque Hialeah, de Miami Springs, où ma signature est déposée.  Ensuite, dit-il, le « compte-dépôt fut transféré à la Bankers Trust de New York.  Je crois qu’il s’agit d’une grosse somme dont les intérêts servent à payer les veuves. »  Certes, les chèques continuaient à arriver de NewYork.  Mais c’était tout ce qui restait aux veuves ».

Et les auteurs de conclure amèrement que « trois ans après la baie des Cochons, les veuves de Birmingham n’avaient encore reçu aucun avis officiel du gouvernement des États- Unis au sujet de leurs maris, aucune notification écrite que leurs maris avaient trouvé la mort au service des États-Unis et en se battant pour les États-Unis.  Elles ne disposaient d’aucune pièce officielle à montrer à leurs enfants pour leur expliquer la mort de leur père ».

37 années d’attente pour les familles !!!


Il faudra attendre 1998, soit effectivement 37 années plus tard (!!!) pour que la fille de Ray reçoive le corps de son père, abattu à Cuba en 1961. « En décembre 1979, après que les Cubains eurent connaissance d’une mission personnelle de la fille de Ray, Janet Ray Weininger, pour trouver son corps – et après 19 mois de diplomatie minutieuse avec un gouvernement américain qui ne voulait toujours pas le réclamer comme un de ses propres – le gouvernement cubain a rendu le corps du pilote à l’Alabama.  La CIA n’a toujours pas reconnu publiquement qu’elle savait où se trouvaient ses restes. Cependant, le mois dernier, l’agence a publié un document confirmant que des pilotes américains avaient été abattus sur Cuba en 1961.

Et la semaine dernière, en réponse à des enquêtes détaillées sur l’affaire Ray dans le Times, les représentants de l’agence ont reconnu publiquement pour la première fois que le pilote de l’Alabama était l’un des leurs. « Thomas Pete ‘Ray a fait des contributions héroïques à la CIA et à ce pays, en servant avec une grande distinction », a déclaré Bill Harlow, porte-parole de la CIA.  « Compte tenu du temps écoulé et du déclassement récent des documents historiques de cette période, son affiliation avec la CIA peut maintenant être reconnue publiquement ».  Les documents obtenus par The Times provenant du gouvernement cubain, combinés aux mémos, câbles et rapports confidentiels récemment déclarés de la CIA sur la baie des Cochons, résolvent une grande partie de ce mystère extraordinaire de la Guerre froide des Alabamians perdus ».

L’échec de la CIA, mais rejeté sur Kennedy

L’affaire de la Baie des Cochons avait jeté le discrédit non pas sur la CIA, organisatrice en chef du fiasco, ni sur Eisenhower qui avait le premier autorisé l’envahissement de l’île si les communistes l’emportaient. Non, étrangement, ce sont les atermoiements de Kennedy durant la crise qui lui seront avant tout reprochés.  Les cubains, plutôt adroits, ayant tendance à enfoncer le clou, diplomatiquement, raconte ici History :  « en août 1961, des représentants de toutes les nations américaines se sont réunis à Punta del Este en Uruguay pour le Conseil économique et social interaméricain.

Lors d’un cocktail, le dirigeant révolutionnaire cubain Ernesto « Che » Guevara a parlé avec Richard Goodwin, alors conseiller et rédacteur de discours du président Kennedy.  Comme l’a noté Goodwin dans un mémo secret de la Maison Blanche déclassifié dans les années 1990, la conversation portait notamment sur la possibilité d’un «modus vivendi» ou d’un règlement provisoire entre Cuba et les États-Unis, de la base navale américaine de Guantanamo et les problèmes avec le gouvernement révolutionnaire de Castro.  Vers la fin de la conversation, Goodwin écrivit: «Le Che a ajouté qu’il voulait beaucoup nous remercier de l’invasion – qui avait été une grande victoire politique pour eux – car elle leur avait permis de se consolider – et les a transformés d’un petit pays lésé d’égal égal »…

A partir de là, si on y ajoute les éléments de 1962 et la crise de Cuba, perçue elle aussi par l’armée des généraux faucons comme une reculade, on comprend le ressentiment que pouvaient ressentir certains contre JFK… celui qui avait ouvertement menti et qui continuait à disséminer des « fakes news » sur la question de la Baie des Cochons…




(1) Celui qui a écrit et remanié plusieurs fois le texte « officiel » sur la mort de Ben Laden (dont plusieurs versions continuent à coexister) n’était autre que le propre  fils du lieutenant général Robert E. “Rooster” Schmidle Jr, responsable de la cyber Défense US !!!  C’est trop beau pour être vrai, pense-t-on : même pas, mais peu de gens l’ont remarqué.

(2) Ray était d’ascendance française : « Le 15 avril, Margaret était en train de coiffer une amie dans la maison de sa mère, quand cette amie lui montra un journal racontant l’attaque des B-26 contre Cuba. Les mains de Margaret se mirent à trembler.  Léo Baker, qui avait trente-quatre ans quand il périt, était originaire de Boston.  Petit, brun, joli garçon, on le prenait souvent pour un italien en raison de son physique, et aussi parce qu’il était propriétaire de deux boutiques de pizzas à Birmingham.  En réalité il était fils d’un mère française et d’un père originaire de Terre Neuve ».

(3) ça semble sidérant de bêtise mais c’est exact.  Cuba est en  UTC -5, comme Washington, mais pas le Guatemala à UTC – 6 heures.




(4) le 27 octobre 1962, Rudolf Anderson Jr, pilote de l’U-2 survolant Cuba est abattu par deux missiles SAM.  Ce sera le seul tué du conflit dit des « missiles de Cuba ».  Si son sort est bien connu, les fort dangereuses sorties au ras du sol des Crusader  RF-8G photos de la Navy le sont beaucoup moins.  Dans un film hollywoodien (Thirteen Days) on peut avoir une petite idée en quoi elles consistaient.  Ces pilotes-là, de la VFP-62 dont William Ecker et Bruce Wilhelmy, étaient aussi de vraies têtes brûlées !  Ils recevront tous là Distinguished Flying Cross, décernée par… JF Kennedy.



Document :

La fin d’un des deux pilotes raconté ici par Arnaldo Remigio, infirmier de l’armée cubaine : « L’atterrissage forcé est arrivé malheureusement pour l’équipage au milieu de quatre bataillons de milice bombardés et bombardés plus tôt pendant la journée par d’autres B-26 qui volaient dans la région, et les blessés, parmi les blessés et morts parmi les bataillons frappés, étaient incalculables : ils étaient dans une sombre humeur vindicative contre tout avion à portée de leurs armes. I l était difficile de croire qu’un être humain ait jamais survécu à cet atterrissage, spécialement à l’intérieur de la mer de flammes entourant l’avion, mais dans les guerres, les événements les plus incroyables sont des événements presque quotidiens, et hors de l’épave en flammes est sorti une image stupéfiante en haut de l’écoutille des pilotes, qui a sauté sur l’aile gauche, puis de là au sol en s’échappant des flammes.  




Il n’a pas perdu de temps à fuir loin de l’épave et les soldats autour du site d’atterrissage.  Il n’y avait pas d’endroit où aller, des centaines de nos troupes étaient déjà dans la région et le pilote n’aurait jamais pu aller ailleurs, mais son instinct d’échapper à la captivité était trop fort pour n’importe quelle logique dans le monde et il a continué à courir.  Les miliciens ont réagi promptement et ont couru derrière le brave pilote, qui s’approchait d’un champ de canne à sucre, où il pensait avoir une bonne possibilité d’échapper à la capture, au moins pour le moment, nos hommes aussi le savaient, donc ils étaient déterminés de le laisser aller et ils lui ont crié un avertissement  » Arrêtez ! …… Halte! …… ou nous allons tirer!  Le brave pilote américain s’est retourné vers les cent hommes et le destin, et en Espagnol parfait qui retentit parmi tous les bruits dans le champ il a hurlé: Va te faire foutre bâtard! ….. Je ne me rendrai jamais! ….. Vous devrez me tuer d’abord!  Il a tiré trois coups en un mouvement rapide sans atteindre de but, avec son revolver à silencieux, il savait qu’il était fait, et ne pouvait pas s’échapper et prenait sa vie dans ses propres mains, quand il a visé pour la dernière fois.  Un autre coup retentit de son fusil, et cent coups de feu de fusils retentirent, et il tomba sur le sol tué sur place ».  Son texte ne correspond pas aux faits.  Pour beaucoup, les deux pilotes ont été abattus dès leur sortie de leur avion.  Il contient néanmoins une photo des deux corps des pilotes, abattus ensemble et non séparément (ci-dessus).



TF121