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mercredi 28 juin 2017

Affaire Gregory : « C’est bien Bernard L. qui a tué Grégory, j’étais avec lui » Signé : Murielle Bolle !


Muriel Bolle le 21 juin 2017
Crédit : PATRICK HERTZOG / AFP


Les gendarmes sont arrivés à son domicile à 11 heures à bord de sept véhicules. Un monospace blanc aux vitres teintées, de la gendarmerie, est venu se coller à la porte du garage de Murielle Bolle, le temps de la faire monter dans le véhicule, en préservant au mieux sa discrétion. Les véhicules ont quitté la maison dix-huit minutes plus tard.

L’église de Lépanges-sur-Vologne


Cela aurait pu être un incroyable rebondissement, un coup de théâtre digne d’un thriller ésotérique façon Da Vinci Code. Cela s’est déroulé fin mai.  L’action se situe dans l’église de Lépanges-sur-Vologne, le village vosgien où habitaient les parents du petit Grégory lorsqu’il a été assassiné le 16 octobre 1984. Une paroissienne qui donne des cours de catéchisme ouvre la porte du lieu de culte. En attendant que les enfants arrivent, elle jette un coup d’œil sur un document situé à l’entrée.

Il s’agit d’une sorte de registre, qui se présente sous la forme d’un cahier d’écolier et ouvert aux fidèles qui peuvent écrire ce qu’ils veulent à l’intérieur. Du commentaire mystique jusqu’à des extraits de prière en passant par des observations pratiques destinées au curé de la paroisse.

La prof de catéchisme est interpellée par une inscription pas comme les autres. Elle comprend que les quelques mots griffonnés sur le registre ont un rapport avec l’affaire Grégory.

Distraite par les enfants qui arrivent pour suivre le cours de catéchisme, la paroissienne referme le livre, mais décide d’en parler le lendemain à l’ancien maire du village, présent à l’époque des faits en 1984. L’ancien élu confirme avoir reçu un appel de la paroissienne. “Deux jours plus tard, je suis allé voir de quoi il s’agissait. J’ai feuilleté le registre de l’église, et je suis tombé effectivement sur un mot, tracé avec une belle écriture.

L’ex-élu apporte le cahier aux gendarmes vosgiens qui découvrent alors l’inscription. On imagine facilement que leur rythme cardiaque a dû monter en flèche.

« C’est bien Bernard L. qui a tué Grégory, j’étais avec lui » 
Signé : Murielle Bolle !

(*Selon mes infos, l'ADN de Murielle Bolle n'apparaît absolument pas sur la page du registre)


Les militaires lisent, en effet, ces mots : « C’est bien Bernard L. qui a tué Grégory, j’étais avec lui ». Et c’est signé : « Murielle Bolle ». Bernard L., c’est Bernard Laroche, le premier suspect de l’assassinat de Grégory qui a été abattu le 29 mars 1985 par le père de l’enfant retrouvé mort dans la Vologne. Murielle Bolle, c’est sa belle-soeur, l’adolescente rouquine qui l’a accusé au début du mois de novembre 1984 d’avoir enlevé le petit garçon, avant de se rétracter devant les caméras de télé. Est-ce bien elle qui a rédigé ce nouvel aveu, une trentaine d’années après le crime ?

La prof de catéchisme qui a découvert cette inscription en forme de confession pense presque logiquement à un canular. Les gendarmes prennent, eux, immédiatement l’affaire au sérieux et alertent leurs homologues de la section de recherche de Dijon qui ont relancé des investigations depuis plusieurs mois sur l’affaire Grégory.

 Ces derniers débarquent dans les Vosges. Ils interrogent l’ex-maire de Lépanges et la prof de catéchisme. Ils saisissent également le cahier. La présidente de la chambre de l’instruction de Dijon, Claire Barbier, qui ne laisse rien au hasard, saisit alors très rapidement le professeur Christian Doutremepuich de Bordeaux, une pointure en matière d’expertise génétique.

Ce dernier passe au crible la page du registre où figure la phrase d’aveu. Il découvre au milieu, près de la reliure, un mélange de 6 ADN. Et parmi eux… celui de Murielle Bolle, recueilli par la justice en 2009 ! Cela parait complètement dément ! Une preuve scientifique qui tendrait à démontrer qu’elle est bien l’auteur de cette étonnante confession. Les enquêteurs tiennent peut-être ici, enfin, une bombe qui pourrait changer le cours de l’affaire. Une bombe qui mérite également d’être vérifiée.
C’est pourquoi l’ADN de Murielle Bolle est prélevé une seconde fois, mercredi 14 juin, le jour même des placements en garde à vue du couple Jacob et de Ginette Villemin. Cette fois, l’expertise donne un résultat diamétralement opposé : l’ADN découvert sur la page du cahier n’est pas celui de Murielle Bolle… Incompréhensible !

Comment la génétique, souvent présentée comme la reine des preuves, a-t-elle pu se planter ? La question reste sans réponse. Autre interrogation : qui a écrit l’inscription et pourquoi ? On peut imaginer qu’il s’agit d’une mauvaise blague. Elle ne fait en tout cas pas rire les gendarmes qui pensaient avoir un élément solide sur lequel interroger Murielle Bolle en garde à vue et ils se retrouvent avec du vent.  A moins que…

En novembre 1984, Murielle Bolle, alors âgée de 15 ans, avait mis en cause son beau-frère, Bernard Laroche, époux de sa sœur Marie-Ange, à quatre reprises, avant de se rétracter. Le 16 octobre 1984, à 16h30, il serait venu la chercher à la sortie de son collège en voiture, son fils Sébastien, 4 ans, étant assis à l'arrière. Puis, après un bref arrêt devant une maison de Lépanges, bourg où résidaient les Villemin, il aurait fait monter un enfant qu'elle ne connaissait pas. À un moment, Bernard Laroche serait à nouveau descendu de voiture, quelque part sur le territoire de la commune de Docelles, en compagnie de ce petit passager sans nom ; il serait revenu seul après quelques minutes - ce laps de temps n'a jamais été précisé.

Le 14 juin dernier, l'ADN de Murielle Bolle a été prélevé. Or, cette empreinte génétique, parmi des centaines d'autres, se trouvait déjà dans la procédure, plusieurs investigations ayant été menées sur ce terrain - en vain - au début des années 2000. Pourquoi ce prélèvement? Qu'a-t-il donné? Il aurait été dit à Mlle Bolle que son ADN avait été «égaré» mais, selon nos informations, ceci est inexact. Pour l'heure, les autorités se refusent à tout commentaire à ce sujet.

Dans leur considérable travail de synthèse remis aux autorités judiciaires fin mai, et dont Le Figaro a révélé la substance, les gendarmes de la Section de recherches de Dijon ont repris tous les procès-verbaux initiaux de 1984-1985. Selon eux, «Murielle fournit des déclarations fluctuantes avec des informations imprécises et variables». Ils envisagent deux scénarios. Selon le premier, Mlle Bolle, qui s'est toujours présentée en témoin passif, aurait pris une part beaucoup plus active au crime qu'elle ne le prétend. Problème: aucune déclaration, aucun élément matériel ne corrobore cette hypothèse.

Surtout, celle-ci semble en contradiction flagrante avec celle que les enquêteurs privilégient: les Jacob, mus par une haine obsessionnelle à l'encontre de leurs cousins Villemin, auraient demandé à leur neveu Bernard Laroche, dont ils étaient très proches, de kidnapper Grégory, sans que l'intéressé, qui leur aurait remis l'enfant, sache que le petit garçon de 4 ans était promis à la mort.

On peut lire dans la synthèse que «plusieurs éléments tendent à faire douter de la culpabilité du duo formé par Bernard Laroche et Murielle Bolle concernant l'assassinat du petit Grégory Villemin».

Parmi ceux-ci, les enquêteurs relèvent qu'il n'existe «aucune connexion entre Bernard et la commune de Docelles» ; qu'une fois revenu chez lui, M. Laroche «n'adopte pas le comportement de quelqu'un qui vient de commettre un crime sur un membre de sa famille: il court les magasins pour s'acheter du vin en promotion, retire ses gains au PMU en patientant 20 minutes (…) et passe une soirée tout à fait anodine chez sa tante Louisette» ; qu'il a été «promu contremaître» en septembre (…) et «n'a aucune raison de commettre un acte irréparable à ce moment-là de sa vie».

Absence de mobile

De surcroît, sa réaction le lendemain «est en inadéquation avec l'intention de tuer l'enfant»: en effet, quand son épouse, le mercredi 17 octobre 1984 vers 10h, lui montre le journal, il «réagit vivement» en s'exclamant: «Ah les salauds, c'est pas possible!». Un peu plus tard, Marie-Ange Laroche retrouve son mari chez sa tante Louisette, et constate qu'il «a pleuré», qu'il a «les yeux rouges alors qu'il n'est pas émotif». Il semble «tout retourné».

La synthèse souligne l'«absence de mobile chez Murielle Bolle», qui «connaît à peine Grégory (…) et ne côtoie pas» ses parents. Toutefois, le document évoque «la possible connaissance de Murielle concernant l'existence d'une tierce personne: lorsqu'elle croit que Bernard Laroche emmène Grégory chez un ami de son père, Murielle laisse entendre qu'elle se doute de l'existence d'une ou plusieurs personnes chargées de récupérer l'enfant. C'est peut-être Bernard qui le lui apprend, ce qui tend à expliquer que Bernard non seulement ne pensait pas que du mal serait fait à l'enfant mais qu'il y avait bien un relais derrière lui».

Contradictions

Il est vrai que le 2 novembre 1984, Murielle Bolle avait déclaré aux gendarmes: «Lorsque Bernard est revenu, il était accompagné d'un petit garçon. Je ne connaissais pas ce petit garçon (…) Il me semble qu'il portait un bonnet». Certes, Murielle Bolle avait croisé Grégory en juillet 1984, chez feu Michel Villemin, époux de Ginette, mais rien ne prouve qu'elle aurait pu le reconnaître le 16 octobre suivant, avec un anorak et un bonnet. Elle ajoute, et c'est cette phrase qui a fait tiquer les gendarmes en 2017: «J'ai pensé qu'il l'emmenait chez un ami de Jean-Marie. L'ami en question, je ne le connais pas».

Trente-deux ans plus tard, les analystes notent: «Comment ne peut-elle pas connaître l'enfant et penser que Bernard l'emmenait chez un ami de Jean-Marie (Villemin)? Elle savait donc qu'il était le fils de Jean-Marie. Chez qui pensait-elle que Bernard l'emmenait»?

C'est sans aucun doute la question que les gendarmes vont, entre autres, poser à Murielle Bolle durant cette ultime garde à vue, dont le temps est compté.


La tombe de Gregory avec en arrière-plan l’église de Lépanges-sur-Vologne
En 2004, les parents de Grégory ont fait exhumer le corps de leur fils enterré à Lépanges-sur-Vologne pour qu’il soit incinéré. Ils ont emporté avec eux les cendres en région parisienne. “Nous pensions depuis longtemps ramener Grégory avec nous, le sortir de cette tombe si loin, au pire endroit de notre malheur”,expliquera le couple au journal La Croix. A Lépanges, la tombe ne comporte plus aucune inscription.


*L'ADN de Murielle Bolle ne correspond pas

La présidente de la chambre de l’instruction de Dijon a alors mandaté un laboratoire bordelais, spécialisé dans les dossiers criminels. Une première expertise a été réalisée sur la page du registre : six ADN ont été identifiés, de source proche de l'enquête. Une comparaison est alors effectuée avec l'ADN de Murielle Bolle, recueilli par la justice en 2009. Le résultat est positif, mais dans ses conclusions, le laboratoire reste très prudent : l’échantillon d’ADN de Murielle Bolle est très peu fourni. Il ne compte en effet qu’une dizaine de segments, explique une source proche de l’enquête.

Les experts scientifiques demandent alors aux gendarmes de prélever de nouveau l’ADN de Murielle Bolle, en quantité plus importante, afin de compléter la première expertise. C’est ce qu’ils feront le 14 juin dernier, à son domicile vosgien. Lorsque la seconde expertise est menée, le laboratoire dispose alors d’une vingtaine de segments dans l’échantillon ADN de Murielle Bolle, contre une dizaine la première fois. Et cette fois-ci, le résultat est sans appel : l’ADN de Murielle Bolle ne figure pas sur le registre de l’église. Alors qui est l’auteur mystérieux du mot ? S’agit-il d’un canular ? Les investigations se poursuivent afin d’explorer entièrement cette piste.


TF121